Le Pérou est plongé dans une nouvelle crise politique à quelques semaines de l’élection présidentielle d’avril. Le Congrès a destitué mardi José Jeri, l’actuel président par intérim, en raison d’allégations de corruption, accentuant l’instabilité chronique qui frappe le pays.
Jeri, 39 ans, était en poste depuis octobre dernier, après avoir été élu par ses pairs suite à la destitution de Dina Boluarte. Il sera remplacé par un autre membre du Congrès, qui assurera la fonction présidentielle jusqu’à l’investiture du prochain chef de l’État, prévue le 28 juillet.
L’enquête qui a conduit à la destitution de Jeri porte sur des rencontres non divulguées en décembre avec deux hommes d’affaires chinois. L’un d’eux détient des contrats gouvernementaux, tandis que l’autre est visé par une enquête pour exploitation forestière illégale. Jeri a nié toute malversation, affirmant que ces rencontres étaient liées à l’organisation d’un événement culturel péruvo-chinois. Cependant, les accusations de corruption ont suffi à convaincre le Congrès de le déclarer « moralement incapable » d’exercer ses fonctions, une clause constitutionnelle souvent utilisée au Pérou pour destituer les présidents.
Cette destitution intervient dans un contexte de grande instabilité politique. En moins de dix ans, le Pérou a connu sept présidents, dont seulement deux ont été élus au suffrage universel. Les autres ont accédé au pouvoir en tant que vice-présidents remplaçant des présidents déchus, ou ont été désignés par le Congrès. Cette situation reflète les tensions entre le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif, ainsi que la fragilité des institutions politiques péruviennes.
Malgré cette succession de crises, l’économie péruvienne est restée relativement stable, grâce à des politiques économiques prudentes. En 2024, le ratio dette publique/produit intérieur brut s’élevait à 32 %, l’un des plus bas d’Amérique latine, et le pays continue d’attirer les investissements étrangers, notamment dans les secteurs minier et des infrastructures. Toutefois, des observateurs s’inquiètent de l’influence croissante du Congrès, qui a adopté des lois menaçant l’indépendance du pouvoir judiciaire.
Les législateurs se réuniront mercredi pour élire un nouveau président par intérim. L’élection présidentielle du 12 avril s’annonce serrée, avec plusieurs candidats en lice, dont Rafael López Aliaga, un homme d’affaires conservateur, et Keiko Fujimori, qui se présente pour la troisième fois à la présidence. Si aucun candidat n’obtient la majorité absolue au premier tour, un second tour aura lieu en juin.