Home International Le pessimisme des Américains à l’égard de l’économie transcende les clivages politiques | économie américaine

Le pessimisme des Américains à l’égard de l’économie transcende les clivages politiques | économie américaine

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Publié le 16 octobre 2025. Neuf mois après le début du second mandat de Donald Trump, le moral des Américains est au plus bas. Malgré une économie en croissance et un marché boursier performant, la majorité des citoyens expriment un pessimisme grandissant quant à leur situation financière et à l’avenir du pays.

  • 53 % des Américains estiment que l’économie se dégrade, un chiffre peu amélioré depuis avril.
  • Près de 60 % jugent que le coût de la vie a augmenté depuis le début de l’année.
  • Le pessimisme touche particulièrement les zones rurales et les personnes n’ayant pas de diplôme universitaire, bastions électoraux de Trump.

Selon un récent sondage réalisé par The Guardian, plus de la moitié des Américains (53 %) estiment que l’économie se détériore. Ce sentiment de déclin est à peine moins marqué qu’en avril dernier, où 58 % partageaient cette opinion, alors que les marchés financiers étaient encore sous le choc des tarifs douaniers imposés par l’administration Trump. Le constat est similaire pour le coût de la vie, jugé plus élevé par près de 60 % des personnes interrogées, tandis que 47 % estiment que le marché du travail s’est dégradé.

Bien qu’une part importante des sympathisants républicains (seulement 24 %) exprime une opinion négative sur l’économie, les chiffres sont nettement plus alarmants chez les indépendants (60 %) et les démocrates (67 %). Fait notable, les indicateurs d’inquiétude semblent gagner du terrain au sein même de la base électorale de Donald Trump. Ainsi, la moitié des Américains vivant en milieu rural, qui avaient majoritairement voté pour Trump en novembre dernier (69 % contre 29 %), se montrent désormais plus pessimistes quant à la situation économique du pays depuis le début de l’été.

Ce pessimisme généralisé commence à affecter les aspirations personnelles. Plus d’un tiers des ruraux américains (38 %) expriment une vision moins optimiste quant à leur capacité à réaliser le « rêve américain » par rapport à il y a quelques mois, contre seulement 25 % qui se déclarent plus confiants. Paradoxalement, les citadins, souvent dépeints par Trump comme vivant dans la peur de la criminalité, se montrent plus optimistes que pessimistes (41 % contre 28 %). De même, parmi les Américains n’ayant pas de diplôme universitaire, un bastion de l’électorat trumpiste, le pessimisme l’emporte sur l’optimisme dans une proportion de 38 % contre 26 %. À l’inverse, les Américains diplômés du supérieur se montrent plus enclins à l’optimisme (43 % contre 26 %).

Ces données confirment des tendances observées par d’autres institutions, comme l’indice de confiance des consommateurs de l’Université du Michigan, qui a connu une nette détérioration depuis le début de l’année. Ce malaise généralisé contraste avec la réalité économique immédiate du pays. Malgré un léger ralentissement, l’économie américaine affiche une croissance régulière et le taux de chômage, bien qu’en légère hausse, reste proche de ses plus bas historiques.

Le fossé est particulièrement frappant entre le pessimisme ambiant et la performance spectaculaire de la bourse. L’indice S&P 500 a grimpé d’environ 13 % cette année, soutenu par une forte vague d’investissements et l’engouement pour l’intelligence artificielle (IA). Pourtant, 37 % des sondés estiment que leur sécurité financière se dégrade, tandis que seulement 25 % constatent une amélioration.

Certains commentateurs attribuent ce décalage à la nature même de la révolution technologique actuelle. Si lors de la bulle internet, l’enthousiasme portait sur les innovations futures, l’IA soulève aujourd’hui des craintes quant à la disparition d’emplois et même, pour certains, quant à l’avenir de la civilisation humaine.

D’autres explications, plus terre-à-terre, méritent d’être considérées. La prospérité actuelle repose en grande partie sur un groupe très restreint de sept entreprises technologiques qui investissent massivement dans le développement de modèles d’IA. Au-delà de ce cercle, l’investissement des entreprises est plus modéré, et la création d’emplois, bien que le chômage ne soit pas en hausse, reste faible ces derniers mois.

Enfin, la politique de Donald Trump a eu des répercussions directes sur certains secteurs de l’économie. Les tarifs douaniers imposés à la Chine ont conduit Pékin à restreindre l’accès aux minéraux de terres rares et à réduire ses achats de soja américain, pénalisant ainsi les agriculteurs du Midwest. Par ailleurs, le propre ministère du Travail de l’administration Trump a émis un avertissement, soulignant que la politique restrictive en matière d’immigration entraîne une pénurie de main-d’œuvre dans des secteurs vitaux, menaçant ainsi l’approvisionnement alimentaire.

Au-delà des aspects purement économiques, la rhétorique de Donald Trump, souvent axée sur l’indignation et le ressentiment, ne contribue certainement pas à apaiser les tensions. Le président dépeint régulièrement un tableau sombre de la situation américaine, dénonçant les importations bon marché, la déstabilisation des communautés par les migrants, le « lavage de cerveau » dans les universités, la criminalité dans les villes démocrates et une Réserve fédérale jugée récalcitrante.

On pourrait s’attendre à ce qu’un dirigeant politique ayant promis de sécuriser la frontière se félicite d’une baisse historique des arrivées d’immigrants. D’autant que, selon le sondage Guardian, seuls 11 % des Américains considèrent l’immigration comme le principal risque pour l’économie, un chiffre inférieur à celui qui pointe l’inégalité des revenus (12 %).

Cependant, cela ne correspondrait pas au style de Donald Trump, qui maintient une rhétorique de siège, affirmant que les États-Unis sont envahis par des criminels étrangers. Le déploiement de la garde nationale dans les villes démocrates et la menace d’une présence militaire accrue sur le territoire américain contribuent à un climat général de tension, dans lequel l’Américain moyen peut légitimement nourrir une vision sombre de l’avenir.

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