Publié le 2025-10-06 07:30:00. Face à un marché européen fragmenté par des obstacles internes, l’Espagne plaide pour une intégration économique renforcée afin de soutenir la compétitivité de ses entreprises. Le ministre de l’Économie appelle à des mesures concrètes pour libérer le potentiel du marché unique et faire face au repli protectionniste mondial.
Les entreprises espagnoles se tournent traditionnellement vers l’Amérique latine, y voyant un marché plus accessible et stratégique que l’Europe elle-même. En Uruguay, par exemple, les investissements espagnols ont atteint près de 4,5 milliards d’euros au cours de la dernière décennie, dépassant les dépenses combinées dans tous les pays de l’Union européenne, malgré une économie polonaise dix fois plus importante. Cette situation révèle un manque à gagner significatif pour le marché unique européen, freiné par des barrières internes qui entravent l’expansion des entreprises sur le continent.
Alors que le cadre commercial international se fragilise et que l’ordre géopolitique mondial se redessine, l’Europe ne peut se permettre l’immobilisme. Malgré un marché intérieur de plus de 450 millions de consommateurs, les obstacles auto-imposés agissent comme de véritables tarifs douaniers, privant les entrepreneurs des avantages de l’échelle européenne. L’Espagne insiste sur la nécessité d’une unité économique authentique et coordonnée pour sauvegarder prospérité et mode de vie européens.
L’intégration et la compétitivité sont indissociables. Il est désormais impératif de simplifier le quotidien des entreprises, d’ouvrir de nouvelles opportunités et de faciliter l’accès au financement. L’Union européenne doit passer de la parole aux actes avec une stratégie pragmatique pour éviter de prendre du retard. Des actions rapides et progressives s’imposent.
Trois mesures clés pourraient apporter une amélioration immédiate. Premièrement, la création d’une passerelle numérique unique simplifierait les démarches administratives pour les entreprises, notamment les PME. Ce profil digital leur permettrait de soumettre leurs rapports, d’interagir avec les administrations et de solliciter des financements européens ou nationaux, réduisant ainsi la friction réglementaire. Cette initiative s’inscrit dans la vision d’un « 28e État membre » rationalisé, visant à contourner les lourdeurs des législations nationales.
Deuxièmement, il est essentiel d’ouvrir le marché des marchés publics européens. Un portail intelligent, alimenté par l’intelligence artificielle, pourrait agréger les appels d’offres à l’échelle de l’Union, simplifier les processus de soumission et connecter les entreprises au-delà des frontières sur un marché estimé à 2 billions d’euros. Cette mesure permettrait de réduire la fragmentation et d’encourager la création de coentreprises entre acteurs de différents États membres.
Troisièmement, l’accès au financement doit être amélioré. La reconnaissance mutuelle des notations des PME émises par les États fournirait aux entreprises un accès élargi aux prêts bancaires et aux marchés de capitaux. Une plateforme de titrisation européenne mutualiserait les actifs au-delà des frontières, réduisant les coûts et orientant les capitaux vers les entreprises moyennes et les PME.
Des avancées existent déjà, sur lesquelles il est possible de capitaliser. En juin, sept pays, dont l’Espagne, ont soutenu une initiative européenne visant à orienter l’épargne vers les entreprises de l’UE, facilitant ainsi l’identification de produits d’investissement porteurs. L’initiative « Finance Europe », pilotée dans le cadre du laboratoire européen de compétitivité, permet aux groupes d’États membres de tester des idées pratiques en coordination avec la Commission européenne.
Ce cadre peut servir de tremplin pour accélérer la mise en œuvre des mesures proposées, instiller un sentiment d’urgence et contrer le discours négatif qui pèse sur les perspectives européennes. L’inaction ne ferait qu’accroître la frustration et éroder la crédibilité de l’UE en tant que championne du libre-échange.
L’accord commercial conclu avec les États-Unis cet été rappelle la nécessité pour l’Europe de s’appuyer sur ses forces, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de ses frontières. Pour continuer à définir les règles du commerce mondial, l’UE doit consolider son marché unique et cesser d’agir comme une simple collection d’États aux agendas divergents.
À une époque marquée par le protectionnisme et le nationalisme économique, l’UE doit exploiter son envergure continentale. Il est temps d’assumer notre propre destin et de capitaliser sur notre atout le plus puissant : l’Europe elle-même.