Publié le 12 octobre 2025. Un célèbre portrait d’enfance de Marie-Antoinette, longtemps considéré comme une représentation fidèle de la future reine de France, serait en réalité celui de sa sœur aînée. De nouvelles recherches remettent en question l’identification de cette œuvre majeure du XVIIIe siècle.
Le tableau, réalisé en 1762 par le peintre suisse Jean-Étienne Liotard, a pendant des décennies modelé la perception de l’enfance de Marie-Antoinette. Cependant, le professeur Catriona Seth, de l’Université d’Oxford, avance aujourd’hui une hypothèse audacieuse : l’œuvre représenterait plutôt Maria Carolina, la sœur aînée de l’archiduchesse autrichienne, qui deviendra elle-même reine de Naples.
Cette réinterprétation repose sur des indices minutieux, notamment la présence d’une broche distinctive portée par le modèle. Le professeur Seth, lors de ses recherches pour son dernier ouvrage consacré aux portraits de Marie-Antoinette, a analysé la collection du Musée d’Art et d’Histoire (MAH) de Genève. Elle a constaté que la médaille figurant sur la broche appartenait à un ordre de chevalerie spécifique, conféré aux frères et sœurs. Or, Marie, étant la plus jeune, n’a reçu la sienne que près de quatre ans après la réalisation présumée du portrait.
Ce détail a conduit le professeur Seth à suspecter une inversion : « J’ai pensé qu’il devait y avoir un changement avec l’enfant plus jeune dans l’un des autres portraits étant Marie-Antoinette, plutôt que Maria Carolina », explique-t-elle. L’œuvre initialement attribuée à Maria Carolina, et le dessin désormais considéré comme le portrait de Marie-Antoinette, serait donc inversé.
Dans le dessin désormais supposé représenter la jeune Marie-Antoinette, une fillette de sept ans tient une navette de tissage et fixe le spectateur d’un regard déterminé. Cette posture avait été interprétée comme le signe avant-coureur d’un destin important pour la future reine. La nouvelle identification suggère que cette image ne serait pas la sienne.
Le dessin en question la montre désormais portant des boucles d’oreilles distinctives et tenant une rose. Le professeur Seth a par la suite découvert un portrait plus tardif de Marie-Antoinette arborant les mêmes boucles d’oreilles, et la rose est un motif récurrent dans ses représentations tout au long de sa vie, renforçant cette nouvelle attribution.
Marc-Olivier Wahler, directeur du MAH, a salué cette découverte : « Bien que ces portraits remarquables aient été exposés à plusieurs reprises au cours des 250 dernières années, ce sera très spécial de voir Marie-Antoinette telle qu’elle était réellement, plutôt que de la confondre avec sa sœur. »
Marie-Antoinette, née en Autriche en 1755, fut envoyée en France pour épouser le futur roi Louis XVI. Elle fut guillotinée en 1793, à l’âge de 37 ans, aux côtés de son époux, en pleine Révolution française.