Le Sénégal se prépare à durcir sa législation contre les relations homosexuelles, avec un projet de loi prévoyant le doublement des peines maximales, jusqu’à dix ans d’emprisonnement. Cette initiative intervient après une vague d’arrestations et dans un contexte de montée de l’homophobie, suscitant de vives inquiétudes quant aux droits humains.
Le projet de loi, adopté en conseil des ministres le 18 février 2026 et présenté à l’Assemblée nationale par le Premier ministre Ousmane Sonko, modifie le code pénal pour stipuler que « tout acte sexuel ou à caractère sexuel entre deux personnes de même sexe constitue un acte contre nature ». La peine encourue pour ce type d’acte passerait de cinq à dix ans de prison.
Ousmane Sonko a également annoncé que le texte pénaliserait toute personne accusant une autre d’infractions homosexuelles « sans preuve », en réponse à la propagation de messages homophobes sur les réseaux sociaux ces dernières semaines. Une peine de trois à sept ans de prison est également prévue pour « quiconque s’engage dans un plaidoyer » en faveur des relations homosexuelles.
La police sénégalaise a annoncé le 9 février l’arrestation de 12 hommes, dont deux personnalités publiques et un journaliste, en vertu des lois anti-LGBTQ existantes. Les médias locaux ont depuis fait état d’un total d’une trentaine d’arrestations.
Ce durcissement de la législation intervient dans un contexte de tensions croissantes autour des questions LGBTQ+ au Sénégal. Le plaidoyer en faveur des droits LGBTQ+ est fréquemment dénoncé comme une tentative d’imposer des valeurs étrangères. Des associations religieuses ont organisé des manifestations pour exiger des sanctions plus sévères.
Le Premier ministre Sonko avait promis, avant d’accéder à ses fonctions en 2024, de faire des relations homosexuelles une priorité pénale, une promesse critiquée par les militants et l’opposition.
Human Rights Watch a exprimé sa vive préoccupation, soulignant que ces arrestations « ont intensifié les inquiétudes concernant la criminalisation des relations homosexuelles dans le pays et la sécurité des personnes vivant avec le VIH et/ou sida ». L’organisation appelle le gouvernement sénégalais à « honorer ses obligations de respecter et de protéger (…) les droits du peuple » en libérant les personnes arrêtées et en abrogeant les lois discriminatoires et homophobes.
Les médias sénégalais ont récemment confondu des affaires de relations homosexuelles avec des affaires d’abus sexuels sur mineurs, notamment dans le cadre d’une enquête ayant mené à l’arrestation de 14 personnes accusées de violences sexuelles. Le projet de loi présenté au Parlement concerne à la fois les relations homosexuelles et les abus sexuels sur enfants, prévoyant la peine maximale en cas d’agression sur un mineur.
La date du vote parlementaire sur ce projet de loi n’a pas encore été annoncée.