Publié le 22 octobre 2025. Le prince Andrew est au cœur d’une nouvelle polémique concernant la gestion de ses finances. Des appels à une plus grande transparence montent, notamment concernant le bail de Royal Lodge, et le rôle du Crown Estate. La Chambre des communes pourrait être amenée à se pencher sur la question.
Le leader libéral démocrate, Sir Ed Davey, a déclaré que le prince Andrew devrait être appelé à témoigner devant les députés. Cette requête fait suite à des demandes croissantes de transparence concernant les finances royales et le Crown Estate, l’organisme indépendant qui gère le bail du manoir de Royal Lodge à Windsor, occupé par le duc d’York.
Sir Ed Davey a proposé la mise en place d’une commission spéciale chargée d’examiner le fonctionnement du Crown Estate. Le Premier ministre, Sir Keir Starmer, a quant à lui souligné l’importance d’une évaluation rigoureuse de toutes les propriétés relevant de la Couronne. Le palais de Buckingham n’a pas encore répondu aux sollicitations de commentaires.
Bien qu’aucune disposition n’empêche formellement un comité de la Chambre des communes d’inviter le prince Andrew à comparaître, une telle audition d’un membre de la famille royale serait inédite. Il reste incertain si le comité aurait les moyens de contraindre le prince à se présenter.
L’attention s’est intensifiée autour du prince Andrew, déjà retiré de la vie publique en tant que membre actif de la famille royale. Ces nouvelles révélations surviennent peu après qu’il a renoncé à ses titres, sous la pression croissante liée à ses liens avec le défunt Jeffrey Epstein, un délinquant sexuel.
Une information révélée par la BBC a confirmé que l’accord concernant Royal Lodge stipule que le prince Andrew n’a versé qu’un loyer annuel symbolique pour la propriété, et qu’il pourrait même être dispensé de cette obligation dans le cadre de son arrangement avec le Crown Estate. Cet accord impliquait des paiements forfaitaires conséquents, notamment pour les rénovations, effectués d’avance. D’un montant avoisinant les 8 millions de livres sterling (environ 9,4 millions d’euros), ces versements auraient permis au prince de s’affranchir de ses obligations locatives pour la durée du bail de 75 ans.
Il est également précisé que si le prince venait à quitter le domaine avant la fin du bail, il pourrait récupérer une partie des sommes versées. Cette restitution, dont le montant diminue avec le temps, pourrait atteindre, selon le taux actuel, environ 186 000 livres sterling (environ 219 000 euros) par année restante jusqu’en 2028.
Lord Curry, ancien commissaire du Crown Estate, a estimé auprès de la BBC Radio 5 Live que l’organisme est « tenu par l’honneur d’honorer ce bail » et qu’une enquête serait une « perte de temps et d’argent ». Il a ajouté : « Ils ne peuvent rien faire concernant le bail sans revenir sur ses termes, et ce serait inapproprié ».
Le Crown Estate est une entreprise immobilière dont la propriété revient au monarque, mais qui opère de manière indépendante. Ses bénéfices sont reversés au Trésor britannique et servent de référence pour déterminer le financement public accordé à la famille royale via la Subvention Souveraine.
La baronne Margaret Hodge, ancienne présidente de la commission des comptes publics, a qualifié l’accord de Royal Lodge de « pourri ». S’exprimant sur BBC Radio 4, elle a déclaré : « Le Royal Lodge est géré par le Crown Estate, qui a le devoir de maximiser les revenus qu’elle collecte, car ceux-ci vont au contribuable ». Elle a également déploré le manque de transparence entourant les finances royales, source selon elle de scepticisme et de questionnement.
Outre leurs revenus privés, la famille royale dispose de trois sources de financement principales. La Subvention Souveraine, financée par les contribuables, couvre les fonctions officielles, l’entretien des palais royaux occupés et le programme de rénovation de Buckingham Palace. Les duchés de Lancaster et de Cornouailles génèrent respectivement des revenus pour le Roi et le Prince de Galles. Les rapports financiers de la famille royale détaillent la Subvention Souveraine, tandis que les duchés, qualifiés de domaines privés sur leurs sites respectifs, font l’objet de rapports distincts.
La baronne Hodge a exprimé son opinion selon laquelle ces duchés devraient être considérés comme publics, ayant été « donnés par l’État à la famille royale dans le but de subvenir à ses besoins ». Il est à noter que le Prince de Galles et le Roi s’acquittent volontairement de l’impôt sur le revenu de ces duchés, bien que cela ne leur soit pas légalement imposé. Le soutien financier du Roi au prince Andrew a été suspendu l’année dernière.
Plus tôt ce mois-ci, le prince a annoncé qu’il ne ferait plus usage de son titre de duc d’York. Une proposition de loi visant à permettre au Roi de supprimer les titres de noblesse est actuellement examinée, et si elle était adoptée, elle permettrait de déchoir formellement le prince de son duché. Ce projet de loi avait déjà été présenté en 2022 et nécessiterait le soutien du gouvernement pour devenir une loi.
Par ailleurs, aux États-Unis, Stephen Lynch, un haut responsable du comité de surveillance de la Chambre des représentants, a indiqué à la BBC que le comité « serait extrêmement intéressé d’entendre le prince Andrew concernant son implication dans tout cela ». Le comité, qui enquête sur les documents relatifs à l’affaire Epstein, a rendu publics certains documents ces derniers mois et M. Lynch s’est montré confiant quant à l’émission d’une invitation formelle. Annie Farmer, une des accusatrices d’Epstein, a déclaré qu’elle ne se faisait pas d’illusions quant à une coopération du prince Andrew, mais a ajouté qu’il pourrait « faire quelque chose de différent et dire : j’ai des informations que je veux partager parce que je pense qu’elles pourraient être utiles ».