Publié le 19 février 2026 à 17h39 (GMT+1). La Commission européenne se heurte à un lobbying intense alors qu’elle tente d’instaurer une préférence pour les produits fabriqués en Europe dans les marchés publics, une initiative destinée à contrer la concurrence de la Chine et des États-Unis.
- La proposition de loi sur l’accélération industrielle (IAA), censée définir le « made in Europe », pourrait subir un nouveau retard.
- Des seuils d’origine européenne sont envisagés pour certains secteurs clés, comme 70 % pour les véhicules électriques.
- Le Royaume-Uni exprime ses inquiétudes face à un éventuel protectionnisme européen.
Les efforts de la Commission européenne pour favoriser les entreprises européennes dans les appels d’offres publics suscitent une vive opposition et des manœuvres d’influence de la part des États membres et des partenaires internationaux. L’objectif affiché est de renforcer la compétitivité de l’industrie européenne face à la montée en puissance de la Chine et des États-Unis, mais la mise en œuvre de cette préférence européenne s’annonce complexe.
Selon des sources proches de la Commission, la loi sur l’accélération industrielle (IAA), qui doit préciser les critères définissant un produit « made in Europe », risque de ne pas être présentée comme prévu le 26 février. Cette stratégie avait déjà été reportée une première fois en novembre 2025. Un projet de texte, dont Euronews a eu connaissance, identifie les secteurs stratégiques prioritaires – chimie, automobile, intelligence artificielle et spatial – et propose des seuils d’origine européenne spécifiques : 70 % pour les véhicules électriques, 25 % pour l’aluminium et 30 % pour les plastiques utilisés dans la fabrication de fenêtres et de portes.
Ces propositions ont provoqué des réactions contrastées. Les pays nordiques et baltes craignent qu’une application trop stricte de la règle du « made in Europe » ne décourage les investissements étrangers et ne limite l’accès des entreprises européennes aux technologies de pointe développées à l’étranger. Ils plaident pour une approche plus souple.
La Commission européenne semble pencher vers une position plus ouverte, privilégiant une préférence européenne accordée aux partenaires partageant les mêmes valeurs et s’engageant en faveur d’une réciprocité en matière de marchés publics. Cette approche, soutenue notamment par l’Allemagne, vise également à encourager les contributions aux « objectifs de compétitivité, de résilience et de sécurité économique de l’Union européenne », selon des informations divulguées la semaine dernière par Euronews.
Le Royaume-Uni s’inquiète d’un tournant protectionniste
Le Royaume-Uni est l’un des partenaires les plus préoccupés par une possible dérive protectionniste. Les responsables britanniques soulignent l’interdépendance des économies européenne et britannique.
« Ce n’est pas le moment de remettre en question ce qui fonctionne déjà. »
Responsable britannique
L’Union européenne reste le principal marché d’exportation pour l’industrie automobile britannique, et de nombreux constructeurs européens produisent des véhicules au Royaume-Uni, qui était en 2024 la deuxième destination des exportations de l’UE après les États-Unis. La chancelière britannique Rachel Reeves a souligné la semaine dernière que près de la moitié des échanges commerciaux du Royaume-Uni se font avec l’Union européenne, soit un volume comparable à celui de ses échanges avec le reste du monde combiné.
Londres estime également que la profondeur de ses marchés de capitaux pourrait aider l’UE à mobiliser les investissements nécessaires à la relance de son industrie, à condition que le bloc ne ferme pas son marché.
La Commission européenne examine actuellement ses options et ambitionne de présenter une proposition avant le sommet européen de mars, consacré à la compétitivité. La pression s’intensifie également en interne, avec l’opposition de la Direction générale du commerce, traditionnellement attachée à la défense d’un marché européen ouvert.
Paris, fervent défenseur d’une stratégie « made in Europe », estime que ce concept a gagné suffisamment de terrain à Bruxelles pour devenir une réalité, et que le débat porte désormais sur les modalités de sa mise en œuvre. Stéphane Séjourné, le chef de l’industrie européenne chargé de ce dossier, a déclaré mardi que la préférence européenne « implique un changement considérable dans la doctrine économique européenne ».
« Il n’est donc pas surprenant qu’il faille du temps et des efforts pour parvenir à une version commune et intelligente. »
Stéphane Séjourné, chef de l’industrie européenne