Publié le 2025-11-05 18:21:00. Le Qatar met en garde l’Union européenne : une nouvelle directive sur la durabilité des entreprises pourrait l’inciter à réorienter ses exportations de gaz naturel liquéfié (GNL) vers d’autres marchés. Les États-Unis partagent ces préoccupations, qualifiant la législation de « menace existentielle ».
- Le Qatar, troisième fournisseur de GNL de l’UE au premier trimestre 2025, pourrait détourner ses livraisons.
- La nouvelle Directive sur le devoir de diligence en matière de durabilité des entreprises (CSDDD) impose des contraintes jugées trop lourdes.
- Les États-Unis se joignent au Qatar pour demander une révision de cette directive, craignant un impact sur leurs exportations.
La tension monte entre Doha et Bruxelles suite à l’adoption d’une nouvelle réglementation européenne. Le ministre d’État qatari chargé de l’Énergie et PDG de QatarEnergy, Saad Sherida Al Kaabi, a clairement indiqué que son pays pourrait reconsidérer ses relations énergétiques avec l’UE. Cette menace intervient après que le Qatar et les États-Unis ont conjointement adressé des lettres aux dirigeants européens le 22 octobre, critiquant la portée de la nouvelle législation.
La CSDDD, acronyme de la Corporate Sustainability Due Diligence Directive, vise à imposer des exigences strictes en matière de droits de l’homme et d’environnement à l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement des grandes entreprises actives dans l’Union européenne. Elle prévoit également des sanctions financières potentiellement très lourdes, pouvant atteindre jusqu’à 5 % du chiffre d’affaires mondial total d’une entreprise en cas de violation constatée. Pour Saad Sherida Al Kaabi, ces dispositions représentent une « menace existentielle » pour les activités de QatarEnergy. Il a martelé :
« Si je perds 5 % de mes revenus en allant en Europe, je n’irai tout simplement pas en Europe. Je ne bluffe pas. »
Saad Sherida Al Kaabi, Ministre d’État chargé de l’Énergie et PDG de QatarEnergy
Selon le dirigeant qatari, la législation européenne entrerait en contradiction avec les lois nationales du Qatar ainsi qu’avec les accords internationaux, tels que l’Accord de Paris sur le climat, qui reconnaissent à chaque État le droit de définir ses propres objectifs climatiques.
La position ferme du Qatar prend d’autant plus de poids que les États-Unis expriment des inquiétudes similaires. La lettre commune envoyée aux dirigeants européens le 22 octobre par les deux puissances énergétiques souligne que la CSDDD menace la capacité des producteurs américains, qataris et d’autres acteurs mondiaux à maintenir et développer leurs exportations de GNL vers l’Europe. En réponse à ces critiques, la Commission européenne avait indiqué travailler à une résolution politique et à un éventuel assouplissement de certaines dispositions. Cependant, la récente mise au point du Qatar suggère que cette recherche d’un « règlement politique » est loin d’être acquise.
Il est à noter que cette directive avait déjà suscité des débats au sein même de l’UE. Au printemps dernier, le président français Emmanuel Macron avait proposé son annulation, estimant que des contraintes et une responsabilisation excessives risquaient de compliquer inutilement l’activité des entreprises. Une position partagée par le chancelier allemand Friedrich Merz.