Home International Le système de santé du Botswana, financé par les diamants, a échoué : il doit être réformé et reconstruit | Douma Gédéon Boko

Le système de santé du Botswana, financé par les diamants, a échoué : il doit être réformé et reconstruit | Douma Gédéon Boko

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Le Botswana a tiré les leçons d’une crise sanitaire majeure survenue l’année dernière, marquée par des pénuries de médicaments qui ont mis en lumière les faiblesses d’un système de santé publique pourtant considéré comme solide. Face à cette situation, le gouvernement s’engage désormais à renforcer ses capacités nationales et à diversifier ses sources de financement pour garantir un accès équitable aux soins.

L’alerte a été donnée lorsque des patients se sont retrouvés sans traitement, non pas par manque d’engagement des professionnels de santé, mais en raison de dysfonctionnements systémiques. Cette crise a révélé une dépendance excessive aux revenus tirés de l’exportation de diamants, qui, en période de ralentissement économique, a eu un impact direct sur le financement du secteur de la santé.

Si les revenus du diamant ont permis au Botswana de bâtir un système de santé universel, avec une clinique accessible à moins de cinq kilomètres pour la majorité de la population, ils ont également masqué des problèmes latents. Des prix de médicaments gonflés, des chaînes d’approvisionnement inefficaces et une externalisation croissante des services ont fragilisé le système au fil des années.

« En cas de pénurie, c’est vers le gouvernement que les gens se tournent. La responsabilité démocratique ne peut être sous-traitée », souligne le gouvernement. La baisse des revenus a rendu ces faiblesses impossibles à ignorer et a conduit à une remise en question de la stratégie de recours excessif au secteur privé.

Le gouvernement botswanais a annoncé une série de réformes pour renforcer la résilience de son système de santé. L’hôpital privé le plus important du pays sera nationalisé afin de soulager la pression sur les établissements publics. L’organisme national d’achat de médicaments sera restructuré pour gagner en autonomie et réduire les délais bureaucratiques. Un centre national de renseignement sur la santé sera également mis en place pour anticiper la demande et prévenir les pénuries.

Par ailleurs, l’adoption prochaine d’une loi sur l’assurance maladie permettra de garantir un financement stable et de réduire la vulnérabilité du système aux fluctuations des marchés des matières premières. Ces réformes, selon le gouvernement, détermineront si les citoyens pourront accéder aux soins dont ils ont besoin, qu’il s’agisse d’antibiotiques pour un enfant ou de dialyse pour un patient.

Cependant, le Botswana reconnaît qu’aucun pays de 2,5 millions d’habitants ne peut garantir à lui seul son autonomie en matière d’approvisionnement pharmaceutique. C’est pourquoi le pays plaide pour une production accrue de médicaments en Afrique, en tirant parti de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).

La ZLECAf, qui regroupe 55 pays dans un marché unique, offre une opportunité unique de développer des industries pharmaceutiques régionales, à l’image de ce qui s’est passé en Europe et en Asie il y a plusieurs décennies. La création d’une économie régionale suffisamment vaste pour attirer les investissements et la possibilité pour les gouvernements de privilégier les fournisseurs africains dans les marchés publics pourraient transformer les budgets de santé en un moteur de développement industriel.

La mise en œuvre de la ZLECAf reste cependant inégale et nécessite un engagement fort des gouvernements africains, tant sur le plan législatif qu’institutionnel. Le Botswana insiste sur le fait que l’ambition continentale ne peut se concrétiser que si chaque pays assume ses responsabilités à l’échelle nationale.

« La résilience ne se crée pas uniquement par les dépenses ; elle se construit grâce à des capacités publiques, que seuls les gouvernements peuvent maintenir », conclut le gouvernement botswanais, soulignant que la crise a révélé l’importance de ne pas dépendre uniquement des revenus du diamant pour assurer la pérennité du système de santé.

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