Publié le 2024-02-29 18:35:00. L’Assemblée nationale vénézuélienne a adopté à l’unanimité une loi d’amnistie générale, une mesure sans précédent qui pourrait libérer des centaines de prisonniers politiques, dans un contexte de tensions exacerbées suite à l’arrestation de Nicolás Maduro par les États-Unis.
- Une loi d’amnistie générale a été approuvée au Venezuela, couvrant les crimes commis entre 2002 et 2025.
- L’amnistie exclut les violations graves des droits de l’homme, les crimes contre l’humanité et certains délits spécifiques comme le trafic de drogue et la corruption.
- Cette décision intervient après l’annonce d’un « nouveau moment politique » suite à la capture de Nicolás Maduro et met fin à une grève de la faim menée par les familles de prisonniers.
L’Assemblée nationale du Venezuela a approuvé ce jeudi une loi d’amnistie générale, une initiative portée par Delcy Rodríguez, proche collaboratrice de Maduro. La promulgation de cette loi a été quasi immédiate après son adoption. « Il faut savoir demander pardon et il faut aussi savoir recevoir le pardon », a déclaré Rodríguez depuis le palais présidentiel de Miraflores, à Caracas.
Ce texte vise à couvrir les crimes et délits commis au cours des 27 dernières années de chavisme. Cependant, l’article 9 de la nouvelle législation précise que l’amnistie ne s’appliquera pas aux infractions graves telles que les violations des droits de l’homme, les crimes contre l’humanité, les homicides intentionnels, les blessures graves, le trafic de drogue et les délits de corruption.
La loi exclut également les individus impliqués dans des actions armées ou des tentatives de déstabilisation du Venezuela, notamment ceux qui seraient soutenus par des « États, des sociétés ou des personnes étrangères ». Cette formulation pourrait potentiellement exclure des figures de l’opposition comme María Corina Machado, qui a été accusée d’appels à des interventions étrangères.
María Corina Machado, prix Nobel de la paix, se trouve actuellement aux États-Unis après avoir passé plus d’un an à se cacher. Elle a promis de retourner au Venezuela dès que les conditions de sécurité le permettront.
L’amnistie s’étend aux actes et délits commis durant les crises politiques qui ont secoué le pays entre 2002 et 2025, incluant le coup d’État manqué contre Hugo Chávez en avril 2002, la grève pétrolière de fin 2002 et début 2003, ainsi que les manifestations de 2013, 2017 et 2024.
Une commission spéciale a été nommée pour élaborer et mettre en œuvre les « mécanismes » nécessaires à l’application de la loi. Cette commission aura pour mission de garantir le respect des dispositions de la loi d’amnistie.
Cette adoption unanime marque une rupture significative avec la position historique du régime chaviste, qui a toujours nié l’existence de prisonniers politiques au Venezuela. En approuvant cette loi, les autorités vénézuéliennes reconnaissent implicitement que de nombreuses arrestations étaient motivées par des considérations politiques et des conflits de pouvoir.
Cette proposition d’amnistie s’inscrit dans le cadre du « nouveau moment politique » annoncé par Delcy Rodríguez, suite à la capture de Nicolás Maduro lors d’une opération militaire américaine le 3 janvier.
Selon le Forum Pénal des ONG, 644 prisonniers politiques étaient détenus au Venezuela avant cette loi, après la libération de plus de 400 personnes dans le cadre d’un processus initié le 8 janvier.
L’annonce de l’adoption de la loi d’amnistie a mis fin à une grève de la faim menée par les proches de prisonniers politiques, qui dura six jours. Sur les dix femmes qui avaient entamé la grève le 14 février, une seule, Narwin Gil, continuait son protestation au moment de l’annonce.
La grève de la faim s’était déroulée devant les locaux de la police nationale, dans le secteur connu sous le nom de zone 7 à Caracas, où les familles avaient installé un campement depuis le début du processus de libération en janvier. Les proches ont suivi la séance de l’Assemblée nationale via un téléphone portable.