Publié le 20 février 2026 à 08h30. L’Assemblée nationale vénézuélienne a adopté à l’unanimité une loi d’amnistie historique destinée à libérer des centaines de prisonniers politiques emprisonnés sous les régimes chavistes successifs, une mesure saluée comme une étape cruciale vers la réconciliation nationale en pleine négociation avec Washington.
- Une loi d’amnistie a été approuvée à l’unanimité par le Parlement vénézuélien, ouvrant la voie à la libération de prisonniers politiques.
- La loi couvre les crimes et délits commis au cours des 27 dernières années, mais exclut les violations des droits de l’homme et les crimes contre l’humanité.
- Des proches de détenus ont entamé une grève de la faim pour exiger une libération totale et inconditionnelle des prisonniers.
L’adoption de cette loi, promulguée quasi immédiatement par la présidente par intérim Delcy Rodríguez, marque un tournant potentiel dans la crise politique et humanitaire qui frappe le Venezuela depuis des années. Rodríguez a souligné l’importance du pardon, déclarant :
« Il faut savoir demander pardon et il faut aussi savoir recevoir le pardon. »
Delcy Rodríguez, présidente par intérim du Venezuela
Selon l’ONG Foro Penal, 448 personnes ont déjà été libérées dans le cadre d’un processus entamé avant la proposition d’amnistie, mais 644 autres demeurent incarcérées. La loi vise à couvrir toute personne poursuivie ou condamnée pour des faits survenus durant les 27 années de chavisme, à condition que ces actes soient désormais considérés comme légaux ou couverts par la loi. Un point qui a suscité des débats et retardé l’approbation du texte, notamment autour de l’article 7, finalement modifié et approuvé à l’unanimité après plus de deux heures et demie de négociations.
Le président de l’Assemblée nationale, Jorge Rodríguez, frère de la présidente, a exprimé ses regrets quant aux événements qui ont conduit à cette situation :
« La seule chose que je regrette, c’est que des événements aussi regrettables et catastrophiques aient dû se produire pour que nous recherchions et promouvions tous la fraternité, l’unité et la paix dans la République. »
Jorge Rodríguez, président de l’Assemblée nationale
La loi prévoit également des dispositions pour les personnes en exil, leur permettant de se faire représenter par un mandataire devant les tribunaux. Cependant, certains articles suscitent des inquiétudes. L’article 8 énumère les événements couverts par l’amnistie, du coup d’État contre Hugo Chávez en 2002 aux manifestations contestataires de 2024, tandis que l’article 9 exclut explicitement les violations des droits de l’homme et les crimes contre l’humanité, conformément à la Constitution.
L’amnistie ne s’étend pas non plus aux personnes accusées d’avoir encouragé ou participé à des actions armées contre le Venezuela, notamment avec le soutien d’États étrangers. Cette exclusion pourrait concerner des figures de l’opposition comme María Corina Machado et Leopoldo López, accusés d’appels à l’intervention étrangère. Une commission spéciale a été créée pour examiner ces cas au cas par cas. Machado se trouve actuellement aux États-Unis, tandis que López est en exil en Espagne depuis 2020.
Des experts indépendants des Nations Unies ont rappelé que l’amnistie doit s’appliquer à toutes les victimes de poursuites illégales et s’inscrire dans un processus global de justice transitionnelle. En attendant, des dizaines de familles de détenus campent devant les prisons depuis le 8 janvier, suivant l’évolution de la situation avec espoir et appréhension. Une grève de la faim, entamée par dix femmes, a pris fin avec l’adoption de la loi, mais les militants insistent sur la nécessité d’une libération totale et inconditionnelle des prisonniers.