Home International Le véritable coût des roses parfaites d’Équateur : comment le commerce mondial des fleurs empoisonne les travailleurs | Développement mondial

Le véritable coût des roses parfaites d’Équateur : comment le commerce mondial des fleurs empoisonne les travailleurs | Développement mondial

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La haute vallée de Cayambe, en Équateur, vibre au rythme d’une économie florissante mais controversée. Si la culture de roses a permis à la région de s’intégrer au marché mondial, elle soulève des inquiétudes croissantes quant à son impact sur la santé des travailleurs et l’environnement.

Patricia Catacuamba et son mari, Milton Navas, incarnent ce paradoxe. Autrefois éleveurs laitiers, ils se sont lancés dans la production de roses il y a cinq ans, une nécessité pour survivre face aux difficultés économiques. « La diversification n’est pas seulement une stratégie, c’est la survie ici », explique Catacuamba, devant une serre de 4 500 mètres carrés où s’épanouissent cinq variétés de roses à 3 300 mètres d’altitude.

L’Équateur est devenu un acteur majeur du marché mondial des fleurs coupées, se positionnant en 2024 comme le troisième exportateur mondial avec plus de 2 milliards de tiges vendues chaque année, derrière les Pays-Bas et la Colombie. Les roses représentent 66 % de la production florale totale du pays, concentrée à 75 % dans la région de Cayambe, selon Expoflores, l’association nationale des producteurs et exportateurs de fleurs. Cette production génère des revenus supérieurs à ceux du café ou des bananes.

Cependant, cette croissance économique s’accompagne d’un coût. Des universitaires et des militants équatoriens s’interrogent sur les conditions de travail et l’utilisation massive de pesticides. Une étude récente de l’organisation environnementale autrichienne Global 2000 a révélé la présence de résidus de 79 pesticides différents dans 16 bouquets de roses examinés, dont 49 sont potentiellement dangereux pour la santé humaine. En moyenne, chaque bouquet contenait des traces de 14 pesticides, certains étant interdits dans l’Union européenne en raison de leur toxicité.

« C’est une bataille difficile », souligne le Dr José Suarez, de l’Université de Californie à San Diego. « De nombreux pesticides qui ont été abandonnés ou interdits en Europe continuent d’être largement utilisés aux États-Unis. » L’agriculture équatorienne semble suivre ce modèle, ce qui est préoccupant pour les communautés rurales.

Une étude de 2024 menée auprès des travailleurs de la floriculture équatorienne a révélé que 61 % d’entre eux présentaient des symptômes compatibles avec une pneumopathie, attribuée à l’exposition aux pesticides. Des problèmes de peau, des cas de leucémie, de fausses couches, de maladies chroniques et de troubles neurologiques ont également été signalés.

« Les risques liés à l’utilisation massive de produits agrochimiques s’étendent au-delà des travailleurs et affectent des communautés rurales entières », insiste le Dr Suarez. Ses recherches ont montré que l’exposition aux pesticides peut entraîner une inflammation accrue chez les adolescents et affecter leurs performances neurocomportementales.

Dans une grande plantation de Cayambe, les ouvriers travaillent sans protection adéquate malgré les fortes vapeurs chimiques. Ils reçoivent un salaire mensuel moyen de 482 dollars (environ 350 livres sterling), le salaire minimum du pays, et sont souvent contraints d’effectuer des heures supplémentaires non rémunérées.

L’accès à l’eau est également une source de préoccupation majeure. Navas surveille attentivement les coupures d’irrigation, qui peuvent atteindre 12 heures par semaine, tandis que les grandes plantations en aval puisent dans les mêmes canaux.

« L’eau définit tout », affirme Navas. « Combien de temps dureront les récoltes, combien d’animaux survivront, comment des communautés entières survivront sur les pentes en contrebas. »

Malgré les défis, Catacuamba et Navas continuent de cultiver leurs roses, conscients des enjeux économiques et environnementaux. Ils déposent un bouquet de roses sur la table de la cuisine, des fleurs imparfaites mais cultivées sans produits chimiques, un symbole de leur lutte pour un avenir plus durable.

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