Hollywood, sanctuaire des rêves et des illusions, semble revivre les heures sombres de la chasse aux sorcières. La résonance d’une nouvelle « liste noire » se fait entendre, rappelant les affres de la « Peur Rouge » des années 1950, une période où la suspicion suffisait à ruiner des carrières. Aujourd’hui encore, le spectre de cette persécution hante les studios, alimenté par des récits qui, étrangement, continuent d’émerger, tel un écho persistant dans l’industrie cinématographique.
Au cœur de cette tourmente passée, le sénateur Joseph McCarthy menait des interrogatoires visant à débusquer les sympathisants communistes, y compris parmi les talents de Hollywood. Si certains artistes avaient l’art de dissimuler leurs opinions d’extrême gauche, voire n’en avaient aucune, d’autres ont payé un tribut particulièrement lourd. Accusés, à tort ou à raison, d’affinités communistes, ils ont vu leur carrière s’effondrer, certains contraints à l’exil temporaire, d’autres confrontés à de longues périodes de chômage. Quelques-uns ont même connu la cellule pour leurs « crimes de pensée », à l’instar du scénariste Dalton Trumbo, qui écopa de dix mois de prison et dont le parcours fut ensuite relaté dans un documentaire en 2007 et un film en 2015.
Le cinéma contemporain n’est pas en reste pour revisiter cette période. Le film de 2021 d’Aaron Sorkin, « Being the Ricardos », mettait d’ailleurs en scène un sous-texte lié à la « Peur Rouge ». Si le consensus médiatique actuel, y compris celui des grands groupes audiovisuels, considère l’ère McCarthy comme un chapitre sombre de l’histoire américaine, une nouvelle liste noire semble se dessiner à Hollywood. Et face à elle, la presse semble souvent démunie, haussant les épaules face à son existence.
Les artistes aux opinions conservatrices subissent aujourd’hui une mise à l’écart systématique, un « annulement » ou une simple indifférence professionnelle, les privant de nouvelles opportunités. Parmi les exemples les plus frappants, on peut citer le nominé aux Oscars James Woods et l’acteur Kevin Sorbo. D’autres figures publiques de droite préfèrent, quant à elles, rester silencieuses sur leurs convictions, se retrouvant souvent au sein du réseau « Friends of Abe ». Ce cercle discret permet aux artistes de droite de créer des liens, de partager leurs expériences et d’échanger sur les persécutions professionnelles qu’ils rencontrent.
Le magazine spécialisé Variety tire lui-même la sonnette d’alarme, signalant la possible émergence d’une nouvelle liste noire. Le média, connu pour ses enquêtes approfondies, a récemment consacré un article à David Ellison, le nouveau PDG de Paramount. L’enquête explore les affinités d’Ellison avec le courant « MAGA » et sa volonté d’investir massivement pour redynamiser la structure historique de Paramount. Cela inclurait l’éviction d’acteurs jugés, selon Variety, « ouvertement antisémites, ainsi que xénophobes et homophobes ».
Ces révélations coïncident avec la réaction de Paramount face à des artistes tels que Javier Bardem et Emma Stone, qui avaient signé une lettre appelant au boycott des projets cinématographiques liés à Israël, dénonçant un « génocide » présumé dans la bande de Gaza. Paramount ne serait, selon les prédictions du magazine, guère disposé à collaborer avec ces acteurs. Le reportage mentionne également un boycott potentiel concernant une future adaptation cinématographique de « Call of Duty », sous l’égide de Paramount.
Le réalisateur de ce projet, Peter Berg, a récemment exprimé son soutien à Donald Trump lors d’une intervention sur le podcast « The Joe Rogan Experience », déclarant : « Je pense que Trump fait des choses formidables ». Une déclaration qui, dans le contexte actuel, pourrait aisément placer un artiste sur une liste noire, sauf peut-être chez Paramount. Une fois de plus, une publication majeure constate la manière dont Hollywood traite les artistes conservateurs, sans manifester le moindre signe d’indignation ou d’inquiétude. Peter Berg, apparemment, n’aurait pas le droit d’approuver la moindre politique de Trump.
Cette situation, relayée sans fard par les médias, suscite l’indignation. Il est inacceptable que des artistes soient privés de la liberté d’exprimer des opinions partagées par une part significative de la population. Si certains acteurs conservateurs, forts d’une longue carrière et d’une solide base de fans comme Dennis Quaid, Kelsey Grammer, Sylvester Stallone, Jon Voight et Tim Allen, parviennent à naviguer malgré cette nouvelle liste noire, d’autres, moins établis, sont loin d’avoir la même chance.
L’exemple de Cheryl Hines, actrice reconnue pour son rôle dans « Curb Your Enthusiasm », est édifiant. Lors de la promotion de ses mémoires « Unscripted », elle a confié que son mariage avec Robert F. Kennedy Jr., ancien secrétaire à la Santé et aux Services sociaux sous l’administration Trump, avait considérablement nui à sa carrière d’actrice, sans parler de ses amitiés professionnelles.
Il est regrettable que des stars de premier plan n’interviennent pas pour défendre leurs confrères et consœurs aux opinions divergentes, surtout lorsqu’ils ont connaissance de ces nouvelles listes noires. S’interrogent-ils sur l’uniformité politique que l’on constate sur les plateaux de cinéma et de télévision ? Le hasard n’explique pas une telle homogénéité.
Il est d’autant plus navrant de constater que les grands médias relatent ces faits sans émotion apparente. Cette attitude n’est d’ailleurs pas nouvelle, puisque Variety avait déjà, par le passé, reconnu l’existence d’une liste noire conservatrice, sans manifester plus d’emportement.