Home International Les chrétiens et les musulmans nigérians rejettent la menace interventionniste de Trump | Le président américain affirme avoir un plan d’attaque pour arrêter « le massacre des chrétiens »

Les chrétiens et les musulmans nigérians rejettent la menace interventionniste de Trump | Le président américain affirme avoir un plan d’attaque pour arrêter « le massacre des chrétiens »

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Publié le 04/11/2025 04:01:00. Donald Trump a menacé d’une intervention militaire au Nigeria suite à des allégations de persécution des chrétiens, une position fermement rejetée par les autorités nigérianes et les voix religieuses du pays, qui appellent à privilégier le dialogue et le droit international.

Les Nigérians, toutes confessions confondues, ont fermement dénoncé les menaces du président américain Donald Trump d’une intervention militaire au Nigeria, déclenchées par des accusations de massacres présumés de chrétiens. Ces déclarations ont trouvé un écho favorable auprès de certaines franges de la droite européenne et américaine.

Ce week-end, Donald Trump a annoncé sur les réseaux sociaux avoir demandé au Pentagone de préparer un plan d’attaque potentiel. Interrogé par un journaliste à bord d’Air Force One, il a laissé entendre que diverses options étaient envisagées, allant du déploiement de troupes au sol à des frappes aériennes. « Ils tuent des chrétiens, et ils les tuent en grand nombre. Nous n’allons pas permettre que cela se produise », a martelé l’ancien président américain.

Dans un message particulièrement virulent publié sur sa plateforme Truth Social, Donald Trump a réitéré sa demande au Pentagone d’élaborer un scénario d’attaque, un jour après avoir qualifié le christianisme de « menace existentielle » au Nigeria. Il a prévenu que si le Nigeria ne mettait pas fin aux violences, les États-Unis frapperaient « rapidement, brutalement et avec force ».

Conflits intercommunautaires et gestion des terres

Dickson Auta, un dirigeant de la communauté chrétienne, a souligné auprès de l’AFP : « Des chrétiens sont tués, et nous ne pouvons nier que des musulmans le sont également ». Danjuma Auta, âgé de 56 ans et originaire de l’État du Plateau, où chrétiens et musulmans coexistent depuis longtemps, a témoigné d’une recrudescence de la violence dans la région. Des émeutes à caractère sectaire avaient notamment éclaté dans la capitale, Jos, en 2001 et 2008.

Ces dernières années, l’État du Plateau et d’autres régions du centre du Nigeria ont été le théâtre d’affrontements violents entre agriculteurs, majoritairement chrétiens, et éleveurs peuls, de confession musulmane. Ces conflits, souvent liés à la terre et aux ressources, ont causé de nombreux morts et dévasté des localités.

Les attaques moins médiatisées, visant des éleveurs ou leurs troupeaux, ne font généralement pas la une des journaux nationaux ou internationaux. Bien que ces violences soient souvent interprétées sous l’angle ethnique et religieux, les experts s’accordent à dire que leurs racines profondes se trouvent dans une mauvaise gestion des terres et dans des défaillances du maintien de l’ordre dans les zones rurales.

Dans le Plateau, certains habitants, épuisés par la violence, utilisent le terme « génocide », mais davantage dans un registre ethnique que religieux. Parallèlement, des groupes séparatistes du sud-est du pays dénoncent un prétendu « génocide chrétien ». En début d’année, le cabinet de conseil Moran Global Strategies aurait activement relayé cette thèse auprès de membres du Congrès américain, distribuant des brochures sur la « persécution » des chrétiens.

Le Nigeria prône le dialogue et une rencontre entre chefs d’État

Le Nigeria est également confronté à un conflit jihadiste de longue date dans le nord-est et à des groupes armés semant la terreur et multipliant les enlèvements dans le nord-ouest. La population du nord du pays étant majoritairement musulmane, les victimes de ces violences sont en grande partie musulmanes également.

« Même ceux qui propagent cette histoire de génocide chrétien savent que ce n’est pas vrai », a affirmé Abubakar Gamandi, un responsable musulman du syndicat des pêcheurs de l’État de Borno, épicentre du conflit avec Boko Haram.

Chukwuma Soludo, gouverneur chrétien de l’État d’Anambra, a également rejeté l’idée d’une intervention américaine, rappelant que Washington « doit agir dans le cadre du droit international ». Suite aux déclarations de Donald Trump, la présidence nigériane a suggéré qu’une rencontre entre les dirigeants des deux pays pourrait permettre de désamorcer la situation.

Daniel Bwala, porte-parole du président nigérian Bola Tinubu, a commenté le style de communication de Donald Trump. Il a suggéré que le message de l’ancien président américain visait à provoquer une rencontre afin de trouver un « front commun » dans la lutte contre l’insécurité.

L’Union européenne (UE) a déclaré lundi « prendre note » des propos de Donald Trump concernant une « éventuelle action » contre le Nigeria. « Nous réaffirmons notre attachement à la liberté de religion et de conviction et à la protection de toutes les communautés, en particulier des minorités » au Nigeria, a indiqué Anouar El Anouni, porte-parole du service des affaires étrangères de la Commission européenne, tout en plaidant pour une « coexistence pacifique au-delà des différences géographiques, ethniques, politiques ou religieuses ».

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