Publié le 12 février 2026 22:12:00. Face à des blocages persistants dans les réformes économiques européennes, les dirigeants de l’Union envisagent de recourir à une coopération renforcée, une forme d’Europe à plusieurs vitesses, pour accélérer les décisions et ne plus être freinés par l’unanimité.
- Les chefs d’État et de gouvernement européens ont fixé à juin comme date limite pour parvenir à un accord global sur les réformes économiques.
- Si aucun progrès significatif n’est constaté d’ici là, la coopération renforcée, impliquant au moins neuf pays, sera privilégiée.
- Cette approche a déjà été utilisée dans des domaines comme le prêt à l’Ukraine, la création du Parquet européen et l’harmonisation du droit du divorce.
La perspective d’une Europe à deux vitesses, longtemps débattue, prend de l’ampleur alors que les frustrations liées à la lenteur des réformes s’accumulent. Lors d’une retraite de travail organisée au château d’Alden Biesen, en Belgique, les dirigeants européens ont exprimé leur impatience face à la nécessité d’agir vite pour renforcer la compétitivité de l’Union face à ses concurrents, notamment les États-Unis et la Chine.
Le président français Emmanuel Macron a souligné l’urgence de la situation à sa sortie du château :
« Ce que nous avons décidé aujourd’hui, c’est que d’ici juin, il faudra finaliser l’ordre du jour. Si en juin nous n’avons pas de perspectives concrètes et de progrès concrets, nous poursuivrons la coopération renforcée. »
La coopération renforcée, prévue par les traités de l’UE, permet à au moins neuf États membres de progresser sur des initiatives spécifiques sans l’accord de tous les 27. Cette option a pris une importance particulière en décembre dernier, lorsque l’UE a débloqué un prêt de 90 milliards d’euros à l’Ukraine malgré l’opposition de la Hongrie, de la Slovaquie et de la République tchèque.
Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, a insisté sur la nécessité de dépasser les blocages :
« Souvent, nous avançons à la vitesse des plus lents, et la coopération renforcée évite cela. »
Elle a précisé que deux dossiers législatifs pourraient bénéficier de cet outil : la première phase de l’ Union de l’épargne et de l’investissement, visant à mobiliser l’épargne privée pour des projets stratégiques, et le 28ème régime, qui vise à harmoniser le droit des sociétés dans toute l’UE.
Selon la présidente von der Leyen, une coopération renforcée pour l’Union de l’épargne et de l’investissement pourrait être envisagée dès juin en cas de « manque de progrès suffisants » de la part de tous les États membres.
António Costa, président du Conseil européen, a toutefois exprimé sa préférence pour une approche unitaire :
« C’est notre premier objectif. Si cela ne fonctionne pas, bien sûr, le traité de Lisbonne propose plusieurs solutions. L’une d’elles est une coopération renforcée. »
Von der Leyen a fait écho à ce sentiment, affirmant qu’elle privilégiait une solution à 27.
L’impatience de voir des résultats concrets est partagée par plusieurs dirigeants. Le chancelier allemand Friedrich Merz a évoqué un « fort sentiment d’urgence » pour opérer des changements, notamment en ce qui concerne la préférence « Made in Europe » et les euro-obligations. La Première ministre danoise Mette Frederiksen a quant à elle déclaré qu’une Europe à deux vitesses était désormais une option envisageable, soulignant qu’il était inacceptable que « quelques pays empêchent l’Europe de faire ce qui est bon pour l’Europe ».
L’ancien président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, a également plaidé pour une approche plus flexible lors du sommet, recommandant d’explorer la coopération renforcée pour accélérer les progrès dans des domaines clés tels que l’Union de l’épargne et de l’investissement, le marché unique et les prix de l’énergie.
Si l’idée d’une Europe à deux vitesses suscite des controverses, elle n’est pas nouvelle. La zone euro et l’espace Schengen sont déjà des exemples de différenciation au sein de l’UE. Outre ces structures formelles, des coalitions informelles se forment régulièrement pour défendre des intérêts communs, comme le groupe des « Quatre frugaux » ou les « Amis de la cohésion ». Récemment, six ministres des Finances (Allemagne, France, Italie, Pays-Bas, Pologne et Espagne) ont lancé une nouvelle coalition (E6) pour promouvoir une action rapide et décisive dans des domaines stratégiques.