Home Accueil Les enfants crient « 6-7 » dans la classe. Voici ce que cela signifie

Les enfants crient « 6-7 » dans la classe. Voici ce que cela signifie

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Un énigmatique « 6-7 » fait le tour des cours de récréation et des salles de classe aux États-Unis, provoquant à la fois l’amusement des jeunes et l’exaspération des adultes. Cette expression, devenue un véritable phénomène chez les adolescents, a même conduit certains établissements scolaires à l’interdire.

À l’origine de cette tendance, une chanson du rappeur de Philadelphie Skrilla, dont le titre est « Doot Doot (6 7) ». Le rappeur, de son vrai nom Jemille Edwards, a confié au Wall Street Journal que le sens profond de cette expression n’était pas l’objectif premier. La chanson, initialement destinée à rester confidentielle, a été rendue publique fin 2024, marquant le début de son appropriation par la jeunesse.

« 6-7 » s’invite dans les salles de classe

Le manque de signification explicite du « 6-7 » semble paradoxalement avoir contribué à sa diffusion fulgurante. Les élèves le reprennent spontanément, souvent accompagné de gestes et d’éclats de rire, créant un engouement qui déconcerte les adultes. Jennifer Trujillo, enseignante au collège Giano à West Covina, a d’abord été intriguée par les réactions de ses élèves avant de solliciter sa propre fille de 15 ans, qui n’a pu lui fournir d’explication claire : « Maman, personne ne sait. »

Cette tendance a même traversé l’Atlantique, apparaissant dans des épisodes récents de séries populaires comme « Abbott Elementary » et servant de fil rouge à un épisode de « South Park ». Les réseaux sociaux regorgent de vidéos d’adolescents s’appropriant le « 6-7 », comme celle d’un groupe célébrant bruyamment une commande chez In-N-Out en scandant le nombre.

« On ne réalise pas à quel point on dit « 67 » ou « 6-7 » dans la vie de tous les jours jusqu’à ce qu’un groupe de collégiens vous le rappelle », confie Jennifer Trujillo. Elle compare cette effervescence à l’impact du segment « le mot du jour » dans l’émission pour enfants des années 1980, « Pee-wee’s Playhouse », qui suscitait une joie collective.

Desarie Alvarez, 13 ans et présidente étudiante en huitième année au collège Giano, décrit une « ambiance ludique » née de cette expression, qui a pris une dimension virale sur le campus ces derniers mois. Bien que le caractère amusant du « 6-7 » lui échappe, elle s’y est habituée, à l’instar de ses camarades.

Face à ces manifestations répétées, certains enseignants, particulièrement aux États-Unis, ont été amenés à discipliner leurs élèves, voire à interdire l’expression lorsque les interruptions devenaient trop fréquentes. Carlos Ochoa, le proviseur du collège Giano, admet que certains professeurs sont agacés par ces distractions, mais il souligne que la majorité opte pour une approche plus souple. Certains laissent les élèves exprimer leur enthousiasme pour « sortir ça de leur système », tandis que d’autres tentent de désacraliser l’expression en l’utilisant eux-mêmes. « Notre culture d’école est de prendre du recul face à ce genre de phénomène, car il est impossible de le combattre », explique Ochoa, qui, après 13 ans de direction, se prépare déjà à la prochaine vague de tendances.

La longévité inattendue du « 6-7 »

Une tendance virale naît, culmine et disparaît souvent en quelques jours ou semaines. La persistance du « 6-7 », lancé l’année dernière par Skrilla mais n’ayant pris son essor que récemment grâce aux réseaux sociaux, est jugée inhabituelle. L’influenceur de basketball Cam Wilder a notamment contribué à sa popularisation en mars dernier avec une vidéo montrant des adolescents prononçant le « 6-7 ». Plus récemment, le joueur de basketball LaMelo Ball, dont la taille est de 6 pieds 7 pouces (environ 2,01 mètres), a repris la musique et synchronisé ses lèvres sur le « 6-7 » dans des vidéos TikTok.

Karen North, professeure de médias sociaux et de psychologie à l’USC, suggère que l’implication involontaire des enseignants a pu réactiver la tendance. « Les collégiens et les élèves du primaire adorent voir les enseignants s’énerver et tenter d’interdire quelque chose, surtout quand cette chose est impossible à bannir », analyse-t-elle. Elle note qu’un élève pourrait argumenter qu’il n’enfreint pas une règle en applaudissant simplement lorsqu’il rencontre les chiffres 6 et 7 dans le monde, ou s’il est amené à les utiliser dans un contexte pédagogique, comme en cours de mathématiques.

Un code générationnel ?

Selon Karen North, le « 6-7 » fonctionne comme un « code secret » entre jeunes, créant un sentiment d’appartenance et de complicité. Ce phénomène relève presque du jeu, les enfants réalisant que les adultes sont constamment exposés aux chiffres 6 et 7 dans leur quotidien. « En tant que personne titulaire d’un doctorat, si un enseignant me disait ‘tu n’as pas le droit de dire 6-7 dans ma classe’, je serais obsédée à trouver des occasions de le dire », illustre-t-elle.

Elle rappelle que chaque génération développe ses propres expressions et codes. Ce qui fut autrefois « groovy » devient ensuite « le feu ». La différence majeure aujourd’hui réside dans la rapidité avec laquelle les médias sociaux peuvent amplifier ces tendances, tout en potentiellement en écourtant leur durée de vie. Avant le « 6-7 », l’expression « skibidi », issue d’une vidéo animée, a connu un succès éphémère.

Peut-être, suggère Jennifer Trujillo, ces expressions absurdes et ludiques sont-elles la manière pour cette génération de rappeler à tous de « décompresser ». Face aux défis actuels tels que le harcèlement scolaire ou les tensions politiques, se focaliser sur deux simples chiffres pourrait être le signe que la jeunesse invite à une pause et à un peu plus de légèreté.

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