Publié le 2024-11-08 14:35:00. Le numérique transforme le marché du travail africain, offrant de nouvelles opportunités aux femmes, mais aussi des défis spécifiques liés à l’accès aux technologies, à la formation et à la protection sociale.
- Les plateformes de travail à la demande, comme Uber, Fiverr ou des acteurs locaux comme Onesha, permettent aux femmes africaines d’accéder à des revenus, mais leur participation reste limitée.
- Un écart numérique important persiste entre les hommes et les femmes en Afrique, entravant l’accès des femmes aux opportunités offertes par le travail en ligne.
- Des mesures politiques ciblées, telles que la réduction des coûts d’accès à Internet et le soutien à la formation, sont nécessaires pour rendre le travail à la demande plus inclusif.
Les technologies numériques redéfinissent le paysage professionnel en Afrique, et les femmes sont parmi celles qui en bénéficient le plus. Une étude a révélé qu’au Nigeria, trois ans après le déploiement de l’internet mobile, la participation des femmes au marché du travail a augmenté, et la proportion de ménages vivant dans une extrême pauvreté a diminué de 7 %. Cette transformation est en grande partie due à l’essor des plateformes de travail à la demande, qui mettent en relation des travailleurs potentiels avec des clients à la recherche de services variés, allant de la livraison à domicile aux tâches administratives.
Ces plateformes fonctionnent grâce à une infrastructure algorithmique qui connecte l’offre et la demande de services à court terme. Elles se caractérisent par une structure de gouvernance, des règles précises pour l’exécution des tâches et un système de paiement. Si certaines sont des multinationales bien connues, comme Uber, Fiverr ou Upwork, d’autres sont des initiatives régionales, nationales ou locales, telles que Onesha au Kenya, Asqua et Findworka au Nigeria, ou Move, une application de covoiturage basée au Rwanda. Les travailleurs à la demande concluent un accord avec la plateforme pour fournir des services en échange d’une rémunération négociée, sans lien direct avec le client, et bénéficient d’une flexibilité dans le choix de leurs horaires et de leurs missions, dans le respect des règles de la plateforme.
On distingue deux types principaux de plateformes : celles qui proposent des emplois géolocalisés (microtâches, transport, livraison, services à domicile) où la plateforme définit souvent les conditions de travail et sélectionne les prestataires, et celles qui offrent des opportunités en ligne, accessibles depuis n’importe où dans le monde (parfois appelées « crowdwork »). Dans ce dernier cas, le rôle de la plateforme varie en fonction de la sélection des travailleurs, des conditions de travail et de la rémunération. Certaines utilisent un système d’enchères, tandis que d’autres standardisent les tâches et fixent un tarif par mission.
Malgré ces opportunités, les femmes restent sous-représentées dans le travail en ligne. En 2023, elles ne représentaient que 27 % de la main-d’œuvre du « gig economy » en Afrique subsaharienne. Cette disparité est en partie due à un écart numérique de 37 % entre les hommes et les femmes en matière d’accès aux technologies, l’un des plus importants au monde. Les coûts financiers et sociaux liés à l’accès au numérique affectent les femmes de manière disproportionnée.
Par ailleurs, les femmes travaillant en ligne expriment davantage que les hommes un besoin de formation pour améliorer leurs compétences. 36,6 % des femmes considèrent la formation comme un besoin majeur, contre 26,1 % des hommes. Ce résultat souligne non seulement le fossé numérique, mais aussi des obstacles structurels et sociétaux, tels qu’un manque de culture numérique et des programmes d’études inadaptés aux besoins spécifiques des femmes. L’accès au crédit pour l’acquisition d’équipements (ordinateurs, smartphones) et à l’assurance maladie sont également des préoccupations majeures pour les travailleuses à la demande.
Les inégalités structurelles existantes sur le marché du travail se transposent souvent dans l’environnement numérique. Les femmes sont confrontées à la ségrégation professionnelle, à des écarts de rémunération et à un risque accru de harcèlement. Une étude menée au Kenya a révélé qu’un quart des travailleuses du secteur localisé ont subi du harcèlement, principalement des violences verbales et des retenues de paiement. Les femmes qui concilient travail rémunéré et tâches domestiques non rémunérées signalent également un sentiment d’isolement et de fatigue.
Les algorithmes des plateformes peuvent également désavantager les femmes. Par exemple, les tarifs majorés pendant les périodes de forte demande peuvent être inaccessibles aux femmes, soit en raison des risques liés à la sécurité nocturne, soit en raison de leurs responsabilités familiales. Des études ont également mis en évidence des biais sexistes dans les évaluations des clients, les femmes recevant systématiquement des notes moins favorables que les hommes.
Une étude de la Banque mondiale révèle que les femmes sont plus susceptibles que les hommes de rechercher un revenu complémentaire et de souligner le manque d’alternatives d’emploi dans leur région. Le travail à la demande représente souvent une opportunité attrayante en raison de sa flexibilité et du manque d’options adaptées dans l’économie formelle. Certaines plateformes proposent même des incitations pour encourager la participation des femmes dans des secteurs traditionnellement masculins, comme le transport.
Pour rendre le travail à la demande plus inclusif, les gouvernements africains peuvent agir sur plusieurs fronts : réduire les coûts d’accès à Internet (l’Afrique ayant les tarifs les plus élevés au monde), soutenir les programmes de formation pour améliorer les compétences numériques des femmes, stimuler la demande de travailleurs du numérique grâce à des initiatives de gouvernement électronique, et adapter la législation du travail pour garantir la protection contre la discrimination et le harcèlement. Il est également important d’encourager ou d’exiger que les plateformes agréées utilisent des systèmes de surveillance tiers pour garantir l’équité en matière de rémunération et de conditions de travail, comme le propose la Fairwork Foundation.
En combinant ces efforts, il est possible de maximiser les opportunités pour les femmes dans le secteur en pleine croissance du travail numérique en Afrique, tout en atténuant les risques.