Publié le 21 février 2024 19:57:00. La cérémonie de clôture de la Berlinale a été marquée par des prises de position fortes de plusieurs lauréats en faveur de la Palestine, dénonçant les actions israéliennes à Gaza et critiquant la position du gouvernement allemand, suscitant des réactions vives et un appel au respect de la liberté d’expression.
- Plusieurs gagnants ont qualifié les actions d’Israël à Gaza de « génocide ».
- Abdallah Al-Khatib, lauréat du prix du meilleur premier long métrage, a critiqué la « complicité » de l’Allemagne.
- La directrice du festival, Tricia Tuttle, a défendu la liberté d’expression et la complexité des débats.
La 74e édition de la Berlinale, qui s’est achevée ce samedi soir, a été le théâtre de vives tensions politiques. Plusieurs cinéastes et acteurs ont profité de la cérémonie de remise des prix pour exprimer leur solidarité avec la Palestine et dénoncer les bombardements à Gaza. Ces prises de parole ont suscité des réactions contrastées au sein de l’assistance et ont mis en lumière les difficultés rencontrées par le festival pour naviguer dans un contexte international particulièrement sensible.
Abdallah Al-Khatib, réalisateur palestinien, a été l’un des plus vocaux. En recevant l’Ours d’argent du meilleur premier long métrage pour son film Chroniques du siège, il a déclaré :
« Je suis heureux d’être ici pour recevoir ce prix, mais je suis palestinien, je dois donc profiter de ce moment pour parler de la Palestine. J’ai subi beaucoup de pression pour participer à la Berlinale pour une seule raison : me tenir ici et dire que les Palestiniens seront libres et qu’un jour, nous aurons un grand festival de films au milieu de Gaza, au milieu d’autres villes palestiniennes. »
Abdallah Al-Khatib, réalisateur. Il a également appelé à un festival solidaire avec les populations vivant sous siège et sous occupation, où « la politique précéderait le cinéma, la résistance l’art, la liberté la beauté et l’humanité la culture ».
D’autres lauréats ont également pris position. Marie-Rose Osta, une autre gagnante, a dénoncé « un génocide renforcé par les pouvoirs de veto et l’effondrement du droit international », soulignant que « les enfants de Gaza, de toute la Palestine et de mon Liban n’ont pas de super pouvoirs pour les protéger des bombes israéliennes ». Tom Courtenay, récompensé pour son rôle secondaire, a quant à lui déploré ce qu’il a perçu comme un désengagement de l’Amérique envers l’Europe.
La cérémonie a été marquée par un moment de tension lorsque l’animatrice, Désirée Nosbusch, a été interpellée par des membres du public appelant à soutenir les critiques à l’égard d’Israël et du gouvernement allemand. Elle a rappelé que les opinions exprimées par les artistes ne reflétaient pas nécessairement celles de la Berlinale, tout en appelant au respect mutuel. Emin Alper, lauréat de l’Ours d’argent, a adressé un message de solidarité aux populations de Palestine, de Turquie et d’Iran, affirmant qu’elles « ne sont pas seules ».
L’actrice Sandra Hüller, récompensée pour son interprétation dans Rose, a remercié les lauréats pour avoir « dit la vérité ». La directrice du festival, Tricia Tuttle, a conclu la cérémonie en réaffirmant l’engagement de la Berlinale envers la « complexité » et la liberté d’expression.
Cette édition de la Berlinale a été précédée par une polémique suite aux déclarations du président du jury, Wim Wenders, qui avait suggéré que les cinéastes devraient éviter de s’engager politiquement. Ses propos avaient suscité une levée de boucliers, plus de 100 acteurs et cinéastes, dont Tilda Swinton et Javier Bardem, signant une lettre ouverte critiquant la position du festival sur le conflit israélo-palestinien. Le festival a publié une déclaration pour tenter d’apaiser les tensions, et Tricia Tuttle a défendu la liberté d’expression dans de multiples interviews.
La Berlinale a débuté sous le signe de l’émotion, avec une Tricia Tuttle « en larmes » reconnaissant une édition « chargée d’émotion » et un Wim Wenders appelant au dialogue, à la compassion et au respect. Ils ont tous deux reconnu avoir traversé une période difficile ensemble.