La réouverture partielle du poste-frontière de Rafah, unique point de passage entre la bande de Gaza et l’Égypte, suscite un mélange d’espoir et de frustration. Si certains Gazaouis peuvent enfin rentrer chez eux ou accéder à des soins médicaux en Égypte, le nombre de personnes autorisées à traverser reste extrêmement limité, laissant des milliers d’autres dans l’attente.
Depuis le 2 février, des images de retrouvailles émouvantes ont circulé en ligne, montrant des Palestiniens accueillis par leurs familles et des journalistes en larmes. Cette réouverture, inscrite dans le plan de paix gazan signé le 9 octobre, permet à certains de quitter Gaza pour des traitements médicaux urgents. Cependant, selon un rapport de l’ONU datant d’octobre 2025, seuls 14 hôpitaux sur 36 restent opérationnels dans la bande de Gaza, après plus de 700 attaques contre des centres de santé depuis le début des opérations en octobre 2023.
Malgré la reprise partielle des opérations, le passage de Rafah reste extrêmement lent. L’EUBAM, mission européenne chargée d’observer et d’assister les autorités palestiniennes, estime qu’entre 80 et 100 personnes seulement traversent la frontière chaque jour, réparties entre ceux qui retournent à Gaza et ceux qui partent chercher des soins. Environ 20 000 Gazaouis attendent de pouvoir bénéficier de soins médicaux à l’étranger, ce qui, au rythme actuel, nécessiterait plus d’un an pour les acheminer.
« Mon fils n’a pas encore été sélectionné. Combien de temps devra-t-il attendre ? », s’inquiète Khadija (pseudonyme), la mère d’Ibrahim, un garçon de 10 ans devenu paraplégique suite à un bombardement en 2025. Ibrahim a également perdu un bras et a besoin de soins de rééducation prolongés et d’une nouvelle prothèse, indisponibles à Gaza. Sa famille espère qu’il pourra bientôt traverser la frontière pour poursuivre son traitement en Égypte, où son père l’attend déjà.
Du côté égyptien, le journaliste Hamza Chalan attend également son retour à Gaza, qu’il a quitté en mai 2024, peu avant la prise de contrôle du poste-frontière par Israël. Il a été l’un des premiers à s’inscrire pour un retour volontaire auprès de l’ambassade palestinienne au Caire, mais se heurte à des difficultés financières et à des craintes concernant les contrôles de sécurité.
« On m’a dit qu’il y a des groupes armés qui fouillent dans vos bagages et vous interrogent », témoigne-t-il. « La traversée est très risquée, mais ici, on risque de toute façon la mort par mille coupures. » Il souligne également les difficultés pour les journalistes de ramener leur matériel de travail.
La situation à Rafah reste donc précaire, avec un nombre limité de passages et des risques importants pour ceux qui tentent de traverser. Le plan de paix prévoit un retrait progressif des forces israéliennes de la bande de Gaza, mais à ce stade, les violations du cessez-le-feu sont mutuellement imputées par le Hamas et Israël, qui continue de bombarder les zones situées en dehors de la « ligne jaune ».