Publié le 2025-10-10 12:45:00. Alors que la saison de la WNBA connaît un engouement sans précédent, des pratiques de paris sportifs sexistes émergent, basées sur des suppositions pseudo-scientifiques concernant les cycles menstruels des joueuses, suscitant l’indignation et la préoccupation.
- Des parieurs en ligne fondent leurs stratégies sur des hypothèses concernant les cycles menstruels des joueuses de la WNBA, une tendance qualifiée d' »argent du sang ».
- Ces pratiques, considérées comme sexistes et pseudo-scientifiques par les experts, se développent parallèlement à l’augmentation de l’intérêt pour la ligue.
- La WNBA bat des records d’affluence, attirant un public de plus en plus large, y compris une proportion croissante d’hommes.
Le spectacle des rencontres de la Women’s National Basketball Association (WNBA) prend parfois des tournures surréalistes pour ses athlètes. Entre le survol inattendu d’objets peu conventionnels, des encouragements à caractère tribal et des parieurs qui font des pronostics sur des fonctions corporelles, une journée typique dans la vie d’une joueuse moderne peut s’avérer surprenante. La dernière indignité en date concerne une stratégie de paris sportifs qui gagne du terrain cette saison, alors que la finale oppose les Las Vegas Aces aux Phoenix Mercury. Des milliers de parieurs en ligne se livrent à des pronostics sur les performances potentielles des joueuses, en se basant sur des « prédictions » – ou plutôt des suppositions – relatives à leurs cycles menstruels. Certains n’hésitent d’ailleurs pas à nommer cette pratique « l’argent du sang », preuve de l’audace du phénomène.
L’une des figures emblématiques de cette tendance, connue en ligne sous le pseudonyme de FadeMeBets, a accumulé des milliers de « likes » et de partages sur Instagram pour sa méthode de pari basée sur le cycle menstruel. Il affirme avoir eu raison dans 11 de ses 16 prédictions liées aux règles, atteignant une précision d’environ 68,75 %. « C’est à la fois plutôt bien et plutôt mal, car cela amène plus de monde à regarder la WNBA », reconnaît FadeMeBets, qui a souhaité conserver l’anonymat pour des raisons de confidentialité, « mais, d’un autre côté, ce sont généralement toutes les joueuses qui en pâtissent. »
Cette saison de la WNBA a véritablement marqué les esprits, avec une fréquentation record dans les stades, une audience télévisuelle en hausse et une multiplication des moments viraux. La ligue a d’ailleurs annoncé avoir dépassé les 2,5 millions de spectateurs plus tôt cet été, un chiffre historique. Parallèlement, des athlètes de premier plan comme Angel Reese, Paige Bueckers et Caitlin Clark ont contribué à cette dynamique, devenant de véritables célébrités. Ce nouvel intérêt pour la ligue se traduit par une audience masculine plus importante que féminine, et l’essor des paris sportifs a vu certains spectateurs miser non seulement sur les matchs, mais aussi sur les cycles des joueuses. Une approche que les experts jugent non seulement pseudo-scientifique, mais également sexiste.
« Toutes les femmes ne sont pas identiques. Certes, il y a le cycle traditionnel de 28 jours, mais celui de chacune est différent et varie d’une personne à l’autre, d’un mois à l’autre », explique Amy West, médecin du sport. « Quelqu’un peut-il prédire cela ? Quelqu’un qui n’est pas très proche de la personne qui a ses règles ? C’est assez idiot, en réalité. »
Des méthodes au bord de la folie
FadeMeBets admet que la prédiction des performances des joueuses de la WNBA sur la base de suppositions relatives à leur cycle menstruel relève davantage de l’intuition que de la science. Ses vidéos de prédiction commencent souvent par une phrase au ton menaçant : « Nous avons une victime, les gars. » Par cette formule, il désigne la ligne de pari – le montant fixé par les bookmakers qui détermine le gain potentiel –, et non la joueuse elle-même. Il partage ensuite ses pronostics quant à savoir si une joueuse donnée est en période de règles, d’ovulation, ou dans sa phase lutéale tardive, qui suit l’ovulation et précède les menstruations. À titre d’exemple, il a déclaré à propos de Caitlin Clark cet été : « Elle est en fin de phase lutéale tardive, c’est-à-dire diminution du cardio, diminution de la force, diminution du système aérobie, elle sera fatiguée plus souvent que lors d’un match normal. »
FadeMeBets avait alors conseillé à ses spectateurs de « miser le moins » sur Clark pour ce match, anticipant qu’elle marquerait moins de points que le total prédit par les parieurs sur les applications de paris sportifs. Une prédiction qui s’est, dans ce cas, avérée exacte.