Publié le 2025-10-17 09:43:00. L’Europe et l’Amérique latine appellent à renforcer leur alliance face à un monde marqué par l’unilatéralisme et l’autocratie. Lors des « Journées d’Amérique latine » à Bruxelles, les acteurs politiques ont plaidé pour un nouvel ordre multilatéral centré sur les peuples et la planète, en abordant des défis communs tels que la dette, le trafic de drogue et la sécurité alimentaire.
- L’Amérique latine et les Caraïbes ont été déclarées « région de paix » face aux tensions mondiales.
- Un appel à renforcer la coopération bilatérale et à adopter des mesures concrètes avant le sommet UE-CELAC de 2025.
- Les défis communs incluent la lutte contre le trafic de drogue, la réforme du système financier international et la gestion de la dette.
Dans un contexte mondial marqué par les tensions géopolitiques, notamment en Europe de l’Est et au Moyen-Orient, et par des conflits commerciaux, l’Amérique latine et les Caraïbes ont été officiellement désignées comme une « région de paix ». Cette initiative, portée par Mario Lubetkin, ministre des Affaires étrangères de l’Uruguay, vise à promouvoir la stabilité socio-économique dans une période où l’unilatéralisme et l’autocratie semblent gagner du terrain. C’est l’un des messages clés des « Journées d’Amérique latine » qui se sont tenues à Bruxelles.
La conférence, réunissant des représentants du bloc social-démocrate du Parlement européen, a souligné la nécessité d’une stratégie commune pour faire face à un environnement international complexe. Iratxe García Pérez, présidente du groupe S&D, a insisté sur l’importance de défendre le multilatéralisme et les droits de l’homme face aux attaques du populisme et de l’extrême droite. « Des deux côtés de l’Atlantique, nous devons unir nos voix pour œuvrer en faveur d’un monde différent, plus juste et égalitaire », a-t-elle déclaré.
L’idée centrale qui a émergé de cette rencontre de deux jours, comme l’a souligné María Joao Rodríguez, présidente de la FEPS (Fondation pour les études européennes progressistes), est le renforcement de l’alliance entre l’Europe et la région Amérique latine et Caraïbes. L’objectif est de façonner un nouvel ordre multilatéral, plaçant les peuples et la planète au cœur des préoccupations.
Des propositions concrètes pour le prochain sommet UE-CELAC
À l’approche du Sommet UE-CELAC prévu en Colombie du 9 au 10 novembre 2025, plusieurs propositions spécifiques ont été élaborées. Elles seront présentées aux chefs d’État et de gouvernement des deux continents.
Parmi les recommandations clés, Leire Pajín, vice-présidente d’EuroLat (Assemblée euro-latino-américaine), a évoqué la création d’un mécanisme de suivi des résultats entre les sommets. Ce mécanisme devrait intégrer non seulement les gouvernements, mais aussi la société civile.
Le manque de suivi des engagements passés et la faible participation des organisations de terrain ont été pointés du doigt comme des critiques récurrentes. « Nous gardons à l’esprit que la région a toujours opté pour la paix, mais aussi pour la réforme des Nations Unies et le multilatéralisme, » a précisé Leire Pajín. Elle a appelé à un « agenda commun d’engagements concrets », incluant la réforme du système financier international, essentielle pour le climat et le développement économique et social. La modernisation de l’accord avec le Mexique et la ratification du Mercosur ont également été citées comme priorités.
Un consensus autour de la dette, du trafic de drogue et de la sécurité alimentaire
La construction d’une alliance solide entre les deux blocs, malgré la diversité des situations en Amérique latine et dans les Caraïbes, repose sur l’identification de points communs. L’Uruguay, qui assurera la présidence tournante de la CELAC en 2026, ainsi que celle du Mercosur, jouera un rôle central dans la mise en œuvre des engagements. « Pour ce qui relève de notre responsabilité, pour l’Amérique latine et les Caraïbes, nous allons nous concentrer sur les points communs, pour faire avancer l’agenda birégional, » a affirmé le ministre uruguayen.

Ces points communs incluent la lutte contre le trafic de drogue et le terrorisme, la sécurité alimentaire dans un nouveau contexte de paix, et une nouvelle approche de la coopération internationale. Mario Lubetkin a souligné l’importance de l’implication de la société civile, du secteur privé et du monde universitaire pour progresser. « Ce n’est qu’avec la coopération de tous les acteurs que nous pourrons avancer, » a-t-il insisté.
Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) rappelle que même si les pays développés atteignaient l’objectif de consacrer 0,7 % de leur PIB à l’aide au développement, cela ne couvrirait que 10 % des ressources nécessaires à l’Agenda 2030. C’est pourquoi Leire Pajín a mis l’accent sur la mobilisation de ressources privées et sur l’agenda de l’annulation de la dette pour les pays de la région. L’Europe, l’Amérique latine et les Caraïbes devraient également unir leurs forces pour l’élection de la prochaine présidence de l’ONU et lors de la COP30, afin de « récupérer l’étendard de la paix dans un monde qui ne veut pas l’abandonner ».