Publié le 18 février 2026 19h45. Les autorités russes mettent en garde contre les risques de compromission des communications militaires via l’application Telegram, justifiant ainsi des restrictions croissantes sur la plateforme, tout en accusant Telegram de ne pas coopérer dans la lutte contre les contenus illégaux.
- Les services de renseignement étrangers seraient capables d’accéder aux échanges Telegram des troupes russes en Ukraine.
- Moscou accuse Telegram d’ignorer 150 000 demandes de suppression de contenus illégaux, notamment de la pédopornographie et des publicités pour des drogues.
- Ces restrictions suscitent des inquiétudes quant à leur impact sur le commandement et le contrôle des forces russes sur le terrain.
Le ministère russe du Développement numérique alerte sur une vulnérabilité croissante de l’application Telegram, largement utilisée par les militaires russes en Ukraine. Selon Maksut Shadayev, les agences de renseignement russes ont accumé des preuves confirmant que des services de renseignement étrangers ont désormais accès aux conversations menées via cette plateforme. Il n’a pas précisé l’identité des pays impliqués dans ces opérations d’écoute.
« Alors que Telegram était initialement considéré comme un service assez anonymisé et était utilisé par nos militaires au début de l’opération militaire spéciale, il existe désormais de nombreuses preuves confirmées par nos agences que les services de renseignement étrangers ont accès à la correspondance Telegram », a déclaré le ministre à la Douma d’État.
Cette révélation intervient alors que les autorités russes ont commencé à ralentir le transfert de fichiers multimédias sur Telegram, sans pour l’instant restreindre les messages textuels. L’objectif affiché est d’inciter les militaires à migrer vers des messageries alternatives, jugées plus sûres.
Parallèlement, le ministère accuse Telegram de ne pas prendre suffisamment de mesures contre les contenus illégaux. Roskomnadzor, l’organisme de surveillance des communications, affirme avoir adressé 150 000 demandes de suppression de contenus interdits, notamment de la pédopornographie et des publicités pour des drogues illégales, sans obtenir de réponse satisfaisante. Selon les autorités, 150 000 délits liés à la fraude ont été commis via l’application, dont 30 000 cas impliquant des actes de sabotage et de terrorisme.
Telegram, basé à Dubaï, et son fondateur Pavel Durov ont toujours nié partager des données utilisateur ou des messages privés avec les gouvernements. Durov a accusé les autorités russes de vouloir forcer les utilisateurs à se tourner vers Max, une messagerie alternative développée par le gouvernement russe, que les critiques considèrent comme un outil de surveillance et de censure politique.
Les restrictions imposées à Telegram ont suscité des critiques au sein de la Douma d’État et parmi les blogueurs pro-guerre, qui craignent qu’elles ne perturbent les communications des forces russes en Ukraine, où Telegram est devenu un outil essentiel pour le commandement et le contrôle. Le Kremlin a cependant minimisé ces inquiétudes.
« Je ne pense pas qu’il soit possible d’imaginer que les communications de première ligne soient maintenues via Telegram ou un autre messager »
Dmitri Peskov, porte-parole du Kremlin
Malgré ces tensions, Telegram reste extrêmement populaire en Russie, comptant 93,6 millions d’utilisateurs qui l’utilisent quotidiennement pour s’informer, communiquer professionnellement et suivre les actualités gouvernementales.