Publié le 19 février 2026 01:51:00. L’annonce d’une possible acquisition de Warner Bros. par Netflix suscite de vives inquiétudes parmi les exploitants de salles de cinéma, qui réclament des garanties fermes pour préserver l’avenir des sorties en salles et l’équilibre de l’industrie cinématographique.
- Netflix a fait une offre d’environ 83 milliards de dollars pour Warner Bros., une proposition qui sera soumise au vote des actionnaires en mars.
- Les exploitants de cinémas craignent que Netflix ne réduise considérablement la durée des sorties en salles, privilégiant le streaming au détriment des revenus du box-office.
- L’organisation professionnelle Cinema Unie a alerté les législateurs sur les conséquences potentiellement néfastes d’une concentration de la production et de la distribution de films sur une seule plateforme.
La perspective d’une acquisition de Warner Bros. par Netflix redessine les contours du paysage hollywoodien et inquiète les professionnels du cinéma. Au-delà des négociations financières et des questions juridiques liées à l’antitrust, c’est l’avenir même des salles obscures et de l’expérience cinématographique qui est en jeu.
Cinemark Holdings Inc., l’une des principales chaînes de cinémas aux États-Unis, se montre particulièrement sceptique. Son PDG, Sean Gamble, a récemment estimé que l’engagement de Netflix de maintenir une fenêtre de diffusion en salles de 45 jours ne devait être considéré que comme un « objectif » et non comme une promesse contraignante.
« Un langage ambitieux ne suffit pas à justifier un investissement continu dans les écrans, le personnel et le marketing. »
Sean Gamble, PDG de Cinemark Holdings Inc.
Les exploitants craignent que Netflix ne reproduise le schéma observé lors de précédentes sorties de films en salles, où la diffusion en streaming suivait rapidement la projection en cinéma, limitant ainsi les recettes au box-office. Ils redoutent que les sorties événementielles de Warner Bros. ne soient raccourcies ou redirigées vers le streaming, fragilisant ainsi l’ensemble de l’industrie.
Les enjeux dépassent les simples considérations économiques. Les cinémas jouent un rôle essentiel dans de nombreuses communautés, attirant une clientèle qui profite également des commerces et restaurants à proximité. Les cinémas indépendants, en particulier, dépendent des performances des grands films de studio pour assurer leur viabilité.
Cinema Unie, l’organisation professionnelle représentant des milliers de cinémas, a mis en garde les législateurs contre les risques d’une concentration excessive de la production et de la distribution de films sur une seule plateforme de streaming. Un rapport présenté à la commission judiciaire du Sénat souligne que la réduction des fenêtres de diffusion en salles pourrait avoir des répercussions négatives sur les économies locales. Témoignages de représentants de l’industrie ont également été recueillis.
Dans ce contexte, l’intérêt de Paramount Global pour Warner Bros. Discovery est perçu comme une opportunité par les exploitants. Un acheteur traditionnel comme Paramount pourrait être plus enclin à préserver des fenêtres de diffusion en salles plus longues, contrairement à un acteur privilégiant le streaming.
Le co-PDG de Netflix, Ted Sarandos, a affirmé à plusieurs reprises que son entreprise accordait de l’importance aux sorties en salles et prévoyait de maintenir une offre cinématographique solide. Cependant, les professionnels du secteur restent prudents, soulignant que des assurances verbales ne constituent pas une garantie suffisante.
L’évolution du marché cinématographique au cours de la dernière décennie, accélérée par la pandémie et les nouvelles habitudes de consommation, a déjà entraîné une diminution significative de la fréquentation des salles. Une prise de contrôle de Warner Bros. par Netflix pourrait accentuer cette tendance et redéfinir la manière dont les films sont distribués et consommés.