À Washington, le Congrès s’active ce week-end pour tenter de mettre fin à un blocage budgétaire qui paralyse le gouvernement fédéral depuis plus d’un mois. Tandis que les négociations piétinent, des millions d’Américains subissent les conséquences de cette impasse politique, qui affecte notamment les programmes d’aide alimentaire et les compagnies aériennes.
Pour la première fois depuis le début de la crise, les sénateurs ont été convoqués ce samedi et dimanche dans l’espoir de trouver un terrain d’entente bipartite. Pourtant, à la veille de cette session exceptionnelle, l’issue restait incertaine, l’impasse partisane s’élevant à 39 jours.
Le président Donald Trump a fermement réitéré samedi sa position, exprimant sur les réseaux sociaux son scepticisme quant à un accord imminent avec les démocrates sur la question des crédits d’impôt liés à l’Affordable Care Act (souvent surnommé « Obamacare »), qu’il a qualifié de « pire système de santé au monde ». Il a par ailleurs suggéré que le Congrès pourrait envisager un financement direct des citoyens pour leur permettre de souscrire une assurance maladie.
Face à cette situation, un groupe de démocrates modérés a proposé une nouvelle approche : rouvrir le gouvernement en échange d’un vote futur sur les subventions de l’Obamacare. Cette initiative a reçu un accueil favorable de la part de certains républicains. La sénatrice du New Hampshire, Jeanne Shaheen, à la tête de ces discussions, a souligné vendredi soir la nécessité pour les démocrates de « trouver une autre voie », après le rejet par les républicains d’une précédente offre de leur chef de file, Chuck Schumer. « Nous y travaillons », a-t-elle déclaré.
Ces sénateurs modérés, incluant une dizaine de membres du Parti démocrate et des républicains plus centristes, explorent des projets de loi visant à financer partiellement le gouvernement – notamment l’aide alimentaire, les programmes pour les anciens combattants et le fonctionnement du pouvoir législatif – et à prolonger le financement du reste de l’administration jusqu’en décembre ou janvier. L’accord reposerait sur la promesse d’un vote futur sur les questions de santé, sans pour autant garantir l’extension des subventions.
Cependant, il n’est pas certain que ce compromis obtienne le soutien suffisant des démocrates. De plus, Donald Trump n’a pas montré d’ouverture quant à une extension des aides à la santé, et le président de la Chambre, Mike Johnson, s’est également montré réticent à s’engager sur un vote concernant les soins de santé cette semaine.
Du côté républicain, le besoin de cinq voix supplémentaires au Sénat pour approuver le financement du gouvernement pourrait être comblé par ce groupe de démocrates modérés. Par ailleurs, certains républicains se disent ouverts à une prolongation des crédits d’impôt liés au COVID-19, tout en souhaitant réviser les conditions d’éligibilité aux subventions. « Nous avons eu des discussions très positives avec de nombreux démocrates », a confié le sénateur du Dakota du Sud, Mike Rounds.
Dans un autre registre, Donald Trump a exprimé le souhait que les républicains mettent fin rapidement au confinement et abolissent l’obstructionnisme législatif au Sénat, procédure qui exige 60 voix pour faire avancer la plupart des textes. L’objectif serait ainsi de court-circuiter les démocrates. Le vice-président JD Vance a d’ailleurs soutenu cette idée, estimant que les républicains attachés à l’obstructionnisme avaient « tort ».
Toutefois, les dirigeants républicains semblent avoir rejeté cette demande. John Thune, chef de la majorité républicaine au Sénat, a plutôt indiqué explorer un paquet législatif bipartite, dans la lignée de la proposition des démocrates modérés. Le contenu précis des engagements de Thune concernant la santé reste cependant flou.
Ce nouveau paquet de projets de loi remplacerait une législation déjà adoptée par la Chambre des représentants, mais rejetée à 14 reprises par les démocrates depuis le début de la crise. Le texte actuel ne prolongerait le financement gouvernemental que jusqu’au 21 novembre.
Pour les démocrates, la décision s’annonce complexe. Un vote de test sur cette nouvelle législation pourrait intervenir dans les prochains jours. Ils devront alors choisir entre maintenir leur position pour obtenir un accord plus conséquent sur les aides arrivant à expiration en janvier, au risque de prolonger les effets du blocage, ou opter pour la réouverture du gouvernement en misant sur une promesse de vote futur sur la santé, sans garantie de résultat.
Après une réunion de leur groupe jeudi, la majorité des démocrates semblait privilégier l’attente d’un accord avec Donald Trump et les dirigeants républicains. Le sénateur démocrate d’Hawaï, Brian Schatz, a reconnu que les démocrates n’étaient « évidemment pas unanimes », mais a souligné qu’« sans avancées sur la question de la santé, il est très peu probable que le vote aboutisse ». Le sénateur indépendant du Vermont, Bernie Sanders, membre du groupe démocrate, a quant à lui appelé les démocrates à rester fermes, forts des résultats électoraux récents, et à exiger une prolongation des subventions.