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Les soldats ukrainiens dressent un sombre tableau des villes assiégées de la ligne de front

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Publié le 2025-11-06 08:21:00. Les villes ukrainiennes de Pokrovsk et Myrnohrad sont au cœur de violents combats terrestres et d’une intense guerre de l’information. Tandis que Kyiv reconnaît une situation difficile, Moscou affirme que les troupes ukrainiennes devraient se rendre.

  • Une bataille acharnée se déroule simultanément pour les villes de Pokrovsk et Myrnohrad, dans l’est de l’Ukraine.
  • La situation est qualifiée de « difficile » par l’état-major ukrainien, qui dément cependant un encerclement total, contrairement aux affirmations russes.
  • Plusieurs sources sur le terrain décrivent une situation précaire pour les forces ukrainiennes, avec des soldats craignant une chute des villes et un encerclement imminent.

Deux fronts distincts se jouent actuellement autour de Pokrovsk et Myrnohrad, dans la région de Donetsk : l’un sur le terrain, marqué par des affrontements intenses à l’arme légère et l’utilisation de drones, et l’autre, une guerre de propagande particulièrement active. L’état-major militaire ukrainien a admis une « situation difficile » dans le secteur de Pokrovsk, tout en réfutant la représentation russe d’une ville encerclée. Le ministère russe de la Défense, quant à lui, a déjà appelé les défenseurs ukrainiens de Pokrovsk à la reddition.

Si l’évaluation précise de la situation sur ces portions du front reste complexe à distance, deux éléments clés émergent. Premièrement, le poids stratégique et symbolique accordé par les dirigeants ukrainien Volodymyr Zelensky et russe Vladimir Poutine à ces petites villes de première ligne est indéniable. Le président Zelensky s’est récemment rendu sur le front près de Pokrovsk, tandis que les généraux de Poutine ont, selon ses propres dires, « concentré leur principale force d’attaque » dans ce secteur.

Deuxièmement, la carte de la guerre dessine un scénario où l’encerclement de ces villes apparaît comme une possibilité concrète à court terme.

Plusieurs témoignages militaires font état d’une position précaire pour les troupes ukrainiennes à Pokrovsk et Myrnohrad, face au risque d’un encerclement et de la chute des deux localités. Le média ukrainien « Hromadske » a recueilli les propos de plusieurs soldats concernés. L’un d’eux, un opérateur de drone nommé Valeriy, a dressé un constat radical : « Pokrovsk et Myrnohrad sont déjà foutus, en bref ». Son unité aurait dû se replier à trois reprises récemment près de Pokrovsk, face à l’avancée rapide des forces russes dans la ville.

Les autorités ukrainiennes reconnaissent l’infiltration de soldats russes dans la ville. Un officier supérieur interrogé par « Hromadske » estime que les forces russes contrôleraient environ 60 % de Pokrovsk. L’invasion aurait également touché les villes voisines de Myrnohrad et Rodynske, rendant la situation « merdique », selon ce même officier.

À Pokrovsk, les troupes russes parviendraient à plusieurs reprises à contourner les positions de l’infanterie ukrainienne, mettant ainsi en danger les opérateurs de drones. D’après « Hromadske », ces derniers seraient contraints de se défendre avec des armes conventionnelles, une situation inhabituelle puisqu’ils opèrent habituellement depuis leurs consoles. Le problème est double : si les opérateurs de drones doivent soudainement combattre au sol, ils ne peuvent plus assurer leur mission aérienne, qui est pourtant cruciale pour l’armée ukrainienne, largement en infériorité numérique dans ce secteur.

Un commandant cité par « Hromadske » plaide pour un repli stratégique de certaines zones, compte tenu de l’érosion des effectifs et du rétrécissement des voies d’approvisionnement. Cependant, l’idée d’abandonner Pokrovsk suscite des réserves. Un autre soldat, issu d’un état-major de brigade de défense, estime qu’une telle décision serait une erreur. En cas de chute de la ville, des opérateurs de drones russes pourraient s’y installer et pilonner les soldats ukrainiens à une trentaine de kilomètres. L’expert militaire autrichien Franz-Stefan Gady, qui a une expérience directe de la guerre des drones, partage cette préoccupation : « Un impact tactique immédiat de la chute de Pokrovsk serait l’expansion du contrôle de tir par drones », a-t-il écrit sur la plateforme Bluesky.

La potentielle perte de Pokrovsk aurait une autre conséquence majeure : cette ville constitue une artère principale d’approvisionnement pour Myrnohrad. La petite ville voisine est actuellement ravitaillée par cette voie, et sa chute aux mains de l’armée russe priverait Myrnohrad de ses vivres et munitions. Inversement, la chute de Myrnohrad serait également préjudiciable pour Pokrovsk, comme l’a souligné un soldat de la 38e brigade de marine dans un entretien accordé à « Hromadske » : « Si Pokrovsk tombe, il n’y aura plus de Myrnohrad. Si Myrnohrad tombe, il n’y aura plus de Pokrovsk ».

Certains critiques estiment que l’abandon stratégique des deux villes serait la meilleure option face à la menace d’encerclement par les troupes russes. Cette manœuvre permettrait aux soldats ukrainiens d’éviter la mort ou la capture et de se replier vers des positions défensives plus à l’ouest, même si cela impliquerait une nouvelle victoire pour Poutine. Le président Zelensky est accusé de retarder ce retrait pour des raisons politiques, dans une logique similaire à celle des villes précédemment perdues comme Bakhmut (tombée en 2023) et Avdiivka (en 2024). D’ailleurs, Pokrovsk aurait déjà perdu son statut de plaque tournante logistique, diminuant ainsi sa fonction militaire primordiale.

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