Publié le 10 octobre 2025 à 13h56. Berlin a autorisé l’accréditation de diplomates talibans pour diriger les consulats afghans, une décision qui suscite la controverse alors que l’Allemagne envisage de faciliter les expulsions.
- Le drapeau et le nom de l’ambassade d’Afghanistan à Berlin vont changer pour refléter le régime taliban.
- Des responsables allemands se sont rendus à Kaboul pour discuter directement avec les talibans des vols d’expulsion.
- L’Institut allemand des droits de l’homme met en garde contre une amélioration du statut des talibans et des expulsions vers l’Afghanistan.
Le consulat afghan à Berlin et à Bonn sera désormais dirigé par des représentants nommés par les talibans, marquant un changement symbolique avec le passage du drapeau noir-rouge-vert au drapeau blanc des insurgés, arborant une inscription noire. Le nom de la représentation diplomatique changera également, passant de « Ambassade de la République islamique d’Afghanistan » à simplement « Ambassade d’Afghanistan ». Ces informations ont été relayées par un haut responsable taliban lors d’une conversation avec des journalistes de la chaîne allemande ARD à Kaboul.
Cette évolution diplomatique intervient dans un contexte tendu en Allemagne, où le gouvernement fait face à une pression croissante concernant l’expulsion de demandeurs d’asile déboutés n’ayant pu être renvoyés dans leur pays d’origine. Les attaques perpétrées par certains de ces individus ont alimenté le mécontentement populaire et renforcé la position du parti d’extrême droite AfD, qui caracole en tête de certains sondages.
Jusqu’à présent, la plupart des pays, à l’exception de la Russie, refusent de reconnaître le régime taliban installé en Afghanistan depuis 2021, en raison de violations flagrantes des droits humains et des restrictions imposées aux femmes. Cette position a conduit à une rupture quasi totale des relations diplomatiques entre l’Allemagne et l’Afghanistan.
L’expulsion de personnes dont les recours légaux sont épuisés se heurte à de nombreuses difficultés pratiques, notamment la disparition de certains individus ou le manque de coopération des pays d’origine. Dans le cas de l’Afghanistan, des inquiétudes subsistent quant aux risques de torture pour les personnes renvoyées. C’est pourquoi l’Institut allemand des droits de l’homme a recommandé au gouvernement de ne pas procéder à des expulsions vers l’Afghanistan et d’éviter de renforcer le prestige du régime taliban par des négociations directes ou indirectes.
« N’améliorez pas la position des talibans. »
Institut allemand des droits de l’homme
Malgré ces mises en garde, l’Allemagne semble vouloir faciliter les expulsions. L’année dernière, le gouvernement précédent avait organisé l’expulsion de 28 Afghans ayant commis des infractions pénales. Cette année, 81 hommes « ayant un casier judiciaire » ont été renvoyés, avec l’aide du Qatar comme intermédiaire. Le gouvernement actuel va plus loin en engageant des discussions directes avec les talibans.
Le ministère allemand des Affaires étrangères a confirmé que des représentants se trouvaient à Kaboul pour des « discussions techniques » relatives à la gestion des vols d’expulsion et à l’admission des Afghans. Un accord aurait été conclu entre l’Allemagne et les talibans, sans que ces derniers n’obtiennent apparemment de contrepartie.
Cette démarche n’est pas sans susciter de vives critiques au sein de l’opposition allemande. Les Verts dénoncent une « diplomatie secrète avec les terroristes ».
Par ailleurs, le consul sortant d’Afghanistan à Bonn, s’exprimant dans une lettre, a exprimé son refus de collaborer avec les nouvelles autorités talibanes. Il alerte sur les menaces pesant sur la sécurité et la liberté des Afghans en Allemagne, en Europe, en Amérique du Nord et en Australie, des régions couvertes par le consulat d’Allemagne. « Au cours des quatre dernières années, nous avons protégé les informations personnelles et les documents de centaines de milliers de ressortissants afghans », a-t-il déclaré, affirmant que ces documents n’avaient jamais été remis aux talibans malgré les pressions.
Afin d’éviter toute remise de documents sensibles, le consul et son personnel ont décidé de transférer l’ensemble des archives et biens du consulat au ministère allemand des Affaires étrangères, en s’appuyant sur la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques. Il a qualifié l’accréditation des diplomates talibans par l’Allemagne de légitimation du régime.
Des juristes allemands soulignent cependant que le gouvernement fédéral dispose de peu de leviers pour s’opposer au changement de drapeau ou de nom de l’ambassade, hormis une rupture des relations diplomatiques, qui semble peu probable à ce stade.