Des milliers de Tunisiens ont manifesté ce mercredi dans le sud du pays pour exiger la fermeture d’une usine chimique jugée responsable de graves problèmes de santé et de pollution. La colère des habitants de Gabès, confrontés à une recrudescence de maladies et d’empoisonnements, s’est intensifiée ces dernières semaines, pointant du doigt les déchets émanant d’un complexe de transformation de phosphate.
Alors que le cortège, estimé à plusieurs milliers de personnes, approchait de l’imposant site industriel du Groupe Chimique Tunisien, une entreprise publique, les forces de l’ordre ont fait usage de gaz lacrymogène. Si une partie des manifestants s’est dispersée, des groupes de jeunes ont persévéré, exprimant leur fureur, tandis que des individus s’évanouissaient, selon un correspondant de l’AFP présent sur les lieux.
« Il faut que cela cesse. Mes trois enfants et moi souffrons d’asthme, mon mari et ma mère sont morts d’un cancer à cause de cette usine », a confié à l’AFP Lamia Ben Mohamed, une habitante de 52 ans. « Nous voulons respirer ! », scandaient les protestataires, accompagnés par le klaxon des dizaines de motos ouvrant le défilé.
L’Arrêt Pollution collectif, à l’origine de ce rassemblement, réclame la fermeture de cette usine d’engrais vétuste, dont les rejets dans la Méditerranée exaspèrent depuis longtemps la population locale. Les habitants lui reprochent la diminution des stocks de poissons, la contamination des plages, ainsi que les maladies respiratoires et les cancers qu’elle engendre. Cette indignation a culminé au cours du mois passé, d’autant qu’un responsable local a indiqué que 122 personnes avaient dû être prises en charge ou hospitalisées la veille, suite à des cas imputés à l’usine.
« Je souhaite vivre sans la pollution du complexe, qui ne nous a rien apporté », a déclaré Marwa Salah, 33 ans, cardiologue à l’hôpital régional de Gabès. Certains manifestants arboraient le drapeau tunisien ou brandissaient des banderoles jaunes ornées d’une tête de mort, affichant des slogans tels que « Stop au génocide », « Gabès sans oxygène » ou encore « Le complexe nous tue sous le regard de l’État ».
Selon Slah Ben Hamed, responsable régional du syndicat UGTT, les récentes vagues d’intoxications seraient dues à des « équipements obsolètes » et des « fuites de gaz ». La production d’engrais implique le traitement des phosphates par de l’acide sulfurique et de l’ammoniac. Bien que l’État tunisien ait promis en 2017 une fermeture progressive du site, les autorités ont annoncé début 2024 une augmentation de la production. Des experts émettent des doutes quant à la faisabilité d’un assainissement du complexe, dont la construction remonte à 1972.