Publié le 24 février 2026. Afin de lutter contre les souffrances animales liées à l’élevage sélectif, l’Union européenne s’apprête à encadrer plus strictement la reproduction des chiens et des chats, interdisant notamment les croisements favorisant des caractéristiques physiques extrêmes.
- Le Parlement et le Conseil européens ont récemment adopté un accord provisoire visant à établir des critères minimaux de bien-être pour les chiens et les chats.
- L’accord prévoit l’interdiction de la vente d’animaux de compagnie dans les animaleries et l’obligation d’identifier et d’enregistrer tous les chiens et chats par micropuce.
- Cette initiative s’inscrit dans une longue histoire de sélection animale, initialement motivée par des considérations religieuses, sociales ou économiques, mais qui s’est progressivement orientée vers des critères purement esthétiques.
Cette réglementation répond à une prise de conscience croissante de l’opinion publique et du corps vétérinaire face aux problèmes de santé causés par les races de chiens et de chats présentant des caractéristiques physiques exagérées, comme les difficultés respiratoires chez les brachycéphales (chiens au museau écrasé). Les mutilations, telles que la coupe de la queue ou des oreilles, seront également interdites dans la plupart des cas, de même que l’utilisation de colliers électriques.
L’histoire de la sélection animale remonte à l’Antiquité. Dans de nombreuses sociétés anciennes, les animaux destinés au sacrifice devaient répondre à des critères précis d’apparence et d’intégrité corporelle. Dans les cultes grecs et romains, seuls des animaux « sans défaut » étaient admis devant les divinités. En Chine, sous la dynastie Zhou, les sacrifices royaux exigeaient également des bêtes jugées parfaites, tant extérieurement qu’intérieurement. Cette sélection sur l’apparence était alors étroitement liée à des considérations religieuses, sociales et économiques.
C’est au XIXe siècle que l’apparence est devenue, dans certains cas, le critère central de la création des races, reflétant un goût pour la classification et la hiérarchisation. Cette passion pour les lignées « pures » n’est pas sans lien avec les théories raciales qui se développaient à la même époque. Pendant longtemps, les effets de la sélection ont été évalués principalement en termes de productivité ou de conformité à un standard, sans tenir suffisamment compte de la souffrance animale.
Les pratiques vétérinaires témoignent de cette indifférence passée. Des interventions lourdes étaient souvent pratiquées sans anesthésie, comme la stérilisation des chiennes. D’autres gestes, aujourd’hui reconnus comme inutiles et douloureux, étaient également courants, comme la section du frein de la langue chez les chiens, dans l’idée erronée de prévenir la rage.
La sensibilité au bien-être animal s’est développée plus tardivement, à partir de la seconde moitié du XXe siècle. Les inquiétudes actuelles concernant les chiens aux morphologies extrêmes – difficultés respiratoires, troubles locomoteurs, intolérance à l’effort – s’inscrivent dans cette histoire récente.
Si la nouvelle réglementation européenne concerne plus directement les chiens que les chats, cela reflète une réalité historique et sociologique. Les chiens de race sont proportionnellement plus nombreux que les chats de race, en raison d’une tradition d’élevage plus ancienne et structurée. Les premiers concours félins du XIXe siècle récompensaient des individus, souvent des chats de gouttière, et non des représentants de races standardisées. Le chat est resté plus longtemps un animal ordinaire, moins soumis aux impératifs de sélection morphologique.
Les croisements récents, comme le pomsky (issu du croisement entre le husky sibérien et le spitz-nain), témoignent d’une forte demande pour des animaux perçus comme originaux et attendrissants. Ces pratiques, souvent motivées par un effet de mode, sont dénoncées par les vétérinaires en raison des conséquences sur la santé des animaux. La nouvelle réglementation européenne pourrait contribuer à les freiner en rappelant que tout croisement n’est pas acceptable s’il compromet le bien-être animal.
L’exposition Domestique-moi si tu peux, présentée au Muséum de Toulouse jusqu’au 5 juillet 2026, retrace l’histoire des domestications animales et végétales et leurs conséquences sur la biodiversité. Elle a été conçue sous la direction scientifique de l’historienne Valérie Chansigaud.