Publié le 24 septembre 2025. Une percée scientifique canadienne dévoile les stratégies d’évasion du VIH, expliquant sa persistance dans le corps humain et ouvrant la voie à de nouvelles approches thérapeutiques.
- Le VIH s’intègre dans l’ADN des cellules hôtes en suivant des schémas spécifiques aux tissus, ce qui rend son éradication extrêmement complexe.
- Des chercheurs de Western University et de l’Université de Calgary ont identifié ces stratégies d’intégration différenciées dans le cerveau, le sang et le système digestif.
- Ces découvertes, basées sur l’étude d’échantillons de tissus anciens, pourraient mener à des traitements plus ciblés pour éliminer les réservoirs viraux.
Une avancée majeure dans la compréhension du VIH a été réalisée par une équipe de chercheurs canadiens issus de Western University et de l’Université de Calgary. Leurs travaux révèlent comment le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) parvient à se dissimuler dans l’ADN des cellules infectées, non pas de manière aléatoire, mais en adoptant des stratégies d’intégration propres à chaque type de tissu. Cette spécificité tissulaire, observée notamment dans le cerveau, le sang et les différentes parties du tube digestif, contribue à expliquer pourquoi le VIH est si résistant aux traitements et peut persister des décennies après l’infection, même sous thérapie antirétrovirale.
Publiée dans la prestigieuse revue Nature Communications Medicine, l’étude met en lumière le comportement unique du virus. Le professeur Stephen Barr de la Schulich School of Medicine & Dentistry de Western University, qui a codirigé l’étude avec Guido Van Marle de la Cumming School of Medicine de l’Université de Calgary, explique : « Nous avons découvert que le VIH ne s’intègre pas au hasard. Il suit plutôt des schémas uniques dans différents tissus, probablement façonnés par l’environnement local et les réponses immunitaires. Cela aide à expliquer comment le VIH parvient à persister dans le corps pendant des décennies et pourquoi certains tissus peuvent agir comme des réservoirs d’infection. »
« Notre étude est un puissant exemple de la façon dont nous pouvons apprendre des échantillons historiques pour mieux comprendre un virus qui continue d’affecter des dizaines de millions de personnes dans le monde. »
Stephen Barr, Professeur de microbiologie et immunologie à la Schulich School of Medicine & Dentistry de Western University
Pour mener à bien cette recherche, les scientifiques ont eu recours à des échantillons de tissus particulièrement rares, prélevés sur des personnes vivant avec le VIH au début de la pandémie, aux alentours de 1993, avant l’avènement des traitements antirétroviraux modernes. Cette période permettait d’observer le virus dans son état « naturel » et d’analyser son comportement sur différents organes au sein d’un même individu. Les chercheurs ont ainsi examiné des tissus provenant de l’œsophage, du sang, de l’estomac, de l’intestin grêle, du côlon et du cerveau, afin d’évaluer la fréquence et les zones spécifiques du génome où le virus s’intégrait, puis de comparer ces schémas entre les différents tissus et individus.
« Savoir où le virus se cache dans nos génomes nous aidera à identifier des moyens de cibler ces cellules et tissus avec des approches thérapeutiques ciblées – soit en éliminant ces cellules, soit en ‘intimider’ le virus », précise Guido Van Marle. Cette nouvelle compréhension pourrait ouvrir la voie à des stratégies innovantes pour neutraliser les réservoirs viraux persistants, offrant ainsi de nouvelles perspectives pour une guérison fonctionnelle du VIH.
L’équipe de recherche tient à saluer la contribution essentielle des personnes qui ont accepté de participer à ces études au cours des premières années incertaines de la pandémie. « Leur volonté de fournir des échantillons, à une époque marquée par la stigmatisation, la peur et des options de traitement limitées, fut un acte de bravoure, de clairvoyance et de générosité qui continue de faire progresser la compréhension scientifique du VIH et de sauver des vies aujourd’hui », a souligné Van Marle. Ce travail collaboratif a été soutenu par les Instituts de recherche en santé du Canada et le Programme national de recherche et de développement en santé, et repose sur de nombreuses années de coopération entre Western University, l’Université de Calgary, la Southern Alberta HIV Clinic et l’Université de l’Alberta.