Publié le 3 novembre 2025. Trente ans après la sortie de son premier album, Molotov continue de marquer les esprits, notamment grâce à des titres engagés comme « Donne-moi le pouvoir ». Le groupe mexicain, dont le parcours est jalonné de critiques sociales et de contestations, revient sur les origines de ce morceau emblématique et les défis rencontrés lors de ses débuts.
- « Donne-moi le pouvoir », titre phare de Molotov, est né d’une colère face aux injustices policières vécues au Mexique dans les années 1990.
- L’écriture du morceau et la genèse de l’album ont été marquées par des incidents, dont la perte des paroles originales et la censure.
- Le premier album de Molotov, paru en 1995, contenait déjà des chansons au contenu « critique, politique et intemporel », certaines devenant des hymnes pour leurs fans.
Le premier opus de Molotov, intitulé « Où joueront les filles ? », a posé les bases d’une carrière solide pour le groupe mexicain. Trente ans plus tard, certaines de ses chansons, notamment « Donne-moi le pouvoir », restent incontournables dans le répertoire du quatuor formé de Miky Huidobro, Tito Fuentes, Randy Ebright et Paco Ayala. En 1995, au moment de la formation du groupe et de l’enregistrement d’une première démo incluant des titres comme « Ching* tu madre », « Más vale cholo » et « Cerdo », la création de « Donne-moi le pouvoir » était déjà en cours.
Ce titre emblématique a vu le jour sous la plume de Miky Huidobro. Son inspiration s’est nourrie du contexte sociopolitique du Mexique, à l’aube de la fin du mandat d’Ernesto Zedillo et peu après la crise économique de 1994. Le bassiste a relaté l’anecdote à l’origine de la chanson lors d’une intervention dans « Politico MX ». Il a été témoin de l’arrestation d’un jeune homme par la police, simplement en raison de son apparence physique, alors qu’il prenait un café. Cette scène a ravivé chez Huidobro le sentiment de colère face à un pouvoir potentiellement répressif, comme il l’a expliqué :
« Cela a été écrit après la crise de 94, après la bonne détente qu’il y avait, il n’y avait pas de chef du gouvernement, à cette époque, j’étais régent, il y avait une loi par laquelle on pouvait être arrêté, même à cause de son apparence ; je prenais un café à La hija del cuervo, avec un ami, et il y avait un gars qui jouait de la guitare comme moi maintenant, des grenadiers sont arrivés et lui ont grimpé dessus, alors je jouais, même s’ils disent que ce ne sont pas des gouvernements répressifs, (la chanson) vient de cette colère, j’aurais pu être cette personne ».
L’enregistrement de « Donne-moi le pouvoir » n’a pas été un long fleuve tranquille. Avant la version finale, une première mouture a été perdue lorsque Tito Fuentes a égaré la feuille contenant les paroles écrites par Miky. C’est finalement le cousin du guitariste qui a composé le second couplet, celui qui contient la célèbre phrase « Viva México, cabron*s », chanté par Fuentes lui-même. Miky Huidobro a confié :
« J’ai écrit les chansons sur papier et avec un stylo ; Tito venait répéter les chansons, parfois, avec l’original des paroles, je lui ai donné l’original du deuxième couplet et il l’a perdu, et c’était un bijou, je lui ai dit ‘maintenant tu l’écris’, ce deuxième couplet a été écrit par un de ses cousins ».
À cette époque, être musicien et exprimer des idées politiquement engagées représentait un risque constant. La sortie de leur premier album a d’ailleurs été marquée par la censure dans les magasins. Face à cette interdiction, Molotov a choisi de vendre sa production directement dans la rue, de main en main. Paradoxalement, cette interdiction a accru la demande, attisant la curiosité du public jeune pour leur musique audacieuse.