Publié le 2026-02-11 00:55:00. Une étude numérique controversée sur le Suaire de Turin, suggérant une origine médiévale par bas-relief, est vivement contestée par trois spécialistes dans la revue Archaeometry, relançant le débat sur l’authenticité de ce linceul énigmatique.
- Des chercheurs remettent en question une théorie récente affirmant que le Suaire de Turin pourrait avoir été créé à l’aide d’un bas-relief médiéval.
- La critique, publiée dans la même revue scientifique que l’étude initiale, pointe des faiblesses méthodologiques et des erreurs d’interprétation.
- Le cardinal Roberto Repole, archevêque de Turin et gardien du Suaire, avait déjà exprimé des réserves sur les conclusions de l’étude.
Le débat autour de l’authenticité du Suaire de Turin, ce tissu conservant l’image d’un homme crucifié, est loin d’être clos. Récemment, une nouvelle hypothèse a fait surface, proposée par le chercheur brésilien Cicero Moraes. Publiée dans la revue Archaeometry, son étude présentait une reconstruction numérique suggérant que l’image du Suaire pourrait être le résultat d’un contact avec un bas-relief médiéval. Cette théorie, qui avait suscité l’attention, est aujourd’hui remise en cause par une réponse détaillée de trois spécialistes : Tristan Casabianca, Emanuela Marinelli et Alessandro Piana.
Dans leur analyse, les chercheurs critiquent l’étude de Moraes sur plusieurs points. Ils dénoncent des objectifs ambigus, des défauts méthodologiques et des raisonnements fallacieux. Selon eux, la modélisation anatomique est imprécise, ne reproduisant qu’une vue frontale et inversant la position des pieds et des mains. De plus, la hauteur utilisée pour la modélisation (180 cm) s’écarte du consensus scientifique (173-177 cm). Les auteurs soulignent également l’utilisation de termes vagues et le manque de mesures précises pour étayer les affirmations de similitude, ainsi que le choix d’une seule image de référence datant de 1931, alors que des images plus récentes sont disponibles. Un autre point critiqué est l’utilisation de coton pour la modélisation, au lieu du lin qui compose le Suaire.
Au-delà de ces aspects techniques, les spécialistes insistent sur le fait que l’étude de Moraes néglige des caractéristiques essentielles du Suaire, notamment la superficialité extrême de l’image (d’une profondeur d’un cinquième de millième de millimètre) et la présence de traces de sang, incompatibles avec les techniques artistiques médiévales. Ils s’interrogent sur l’intérêt d’un modèle qui ne reproduit pas fidèlement les propriétés physico-chimiques du linceul.
Les commentateurs soulignent que l’hypothèse du bas-relief n’est pas nouvelle et a déjà été étudiée et rejetée par la communauté scientifique dans les années 1980. Ils rappellent également les travaux du scientifique français Paul Vignon, qui avait approfondi la question de la déformation anatomique d’un corps sur un tissu dès 1902.
L’étude de Moraes est également critiquée pour ses fondements historiques fragiles. Pour expliquer la création de l’image, le chercheur brésilien se tourne vers des époques et des lieux éloignés, sans fournir d’explication convaincante sur la manière dont un artiste médiéval aurait pu concevoir et réaliser une telle œuvre. Les auteurs de la critique dénoncent un sophisme de composition, une méthode explicative qui, si elle était généralisée, remettrait en question les fondements de l’histoire de l’art.
Dans sa réponse, également publiée dans Archaeometry, Cicero Moraes maintient ses conclusions, tout en précisant que son article propose une approche « strictement méthodologique », axée sur l’évaluation des déformations morphologiques lors de la projection d’un corps sur un tissu. Il évoque également quatre œuvres d’art médiévales qui auraient pu inspirer le créateur du Suaire, mais aucune d’entre elles ne représente un Christ nu dans une scène post-crucifixion, ce qui ne permet pas d’expliquer l’apparition de l’image sur le linceul.
Depuis le début du XXe siècle, le Suaire de Turin a fait l’objet d’innombrables investigations scientifiques. Cette nouvelle controverse académique rappelle que, malgré les outils modernes, notamment numériques, l’étude de cet objet unique exige une rigueur particulière, tant sur le plan méthodologique qu’historique.