Publié le 2025-10-15 08:18:00. Les répercussions des attaques ukrainiennes sur les raffineries russes se font sentir au-delà des frontières de la Fédération de Russie, provoquant des pénuries et des hausses de prix dans plusieurs pays d’Asie centrale fortement dépendants de l’approvisionnement énergétique russe.
- La Russie restreint ses exportations de carburant pour sécuriser son marché intérieur face à une baisse de sa capacité de raffinage.
- Les pays d’Asie centrale, en particulier le Tadjikistan et le Kirghizistan, subissent de plein fouet ces restrictions, entraînant une flambée des prix et des retards d’approvisionnement.
- L’Ouzbékistan et le Kazakhstan cherchent à diversifier leurs sources d’approvisionnement, tandis que le Turkménistan, largement autosuffisant, voit son rôle régional se renforcer.
Depuis l’été, la Russie est confrontée à une situation de pénurie de carburant et à une augmentation des prix de l’essence et du diesel, conséquence directe d’une série d’attaques menées par l’Ukraine contre ses installations de raffinage. Afin de garantir l’approvisionnement de son propre marché, où des files d’attente s’allongent devant les stations-service dans certaines régions, Moscou a opté pour des mesures drastiques : l’interdiction ou la restriction des exportations de ces produits pétroliers. Cette décision unilatérale a rapidement eu des répercussions sur ses voisins, notamment les anciennes républiques soviétiques d’Asie centrale, dont l’économie dépend largement de l’énergie russe.
Le Tadjikistan, un allié durement touché
Parmi les nations les plus affectées figure le Tadjikistan, pays le plus pauvre d’Asie centrale, qui importe la quasi-totalité de son carburant, majoritairement de Russie. Bien que partenaire stratégique et allié de Moscou, bénéficiant d’accords d’importation bilatéraux, le pays a vu les prix flamber depuis l’instauration des restrictions d’exportation russes cet été. Un litre d’essence ordinaire atteint désormais jusqu’à 1,30 dollar, un prix record dans la région. Face à cette incertitude, les autorités tadjikes encouragent la diversification des modes de consommation énergétique. À Douchanbé, nombreux sont les taxis et les véhicules de transport public qui délaissent l’essence au profit du gaz naturel liquéfié ou de l’électricité. Néanmoins, les importations annuelles d’essence en provenance de Russie devraient encore s’élever à 500 000 tonnes d’ici la fin de l’année, marquant une augmentation par rapport aux 451 000 tonnes enregistrées en 2024.
Le Kirghizistan face à sa vulnérabilité
Le Kirghizistan, pour sa part, importe plus de 90 % de l’essence et du diesel qu’il consomme de Russie. En tant que membre de l’Union économique eurasienne dirigée par Moscou, le pays est, en théorie, exempté de l’interdiction d’exportation russe. Malgré ce statut, le Kirghizistan connaît depuis l’été des hausses de prix, des retards de livraison et des pénuries temporaires. Les experts soulignent la vulnérabilité du pays, due à sa dépendance quasi-totale vis-à-vis des importations russes. Comme le Tadjikistan, le Kirghizistan dispose de réserves énergétiques mais ne possède pas les capacités de raffinage nécessaires. « Il y a peu de véritables alternatives », constate un analyste, rappelant que toute diversification nécessiterait « des investissements importants dans les infrastructures et serait plus coûteuse que les approvisionnements russes actuels ».
L’Ouzbékistan cherche de nouveaux partenaires
L’Ouzbékistan, pays le plus peuplé d’Asie centrale, continue d’importer essence et diesel russes via des contrats gouvernementaux. Cependant, soucieux de réduire sa dépendance excessive vis-à-vis de Moscou, Tachkent a intensifié ses importations auprès du Kazakhstan et du Turkménistan, les deux plus grands exportateurs de la région. Bien que l’Ouzbékistan dispose d’importantes réserves de pétrole, son infrastructure insuffisante limite sa capacité de production, qui s’élevait à seulement environ 63 000 barils par jour en 2024. Le gouvernement ouzbek prévoit de moderniser ses infrastructures énergétiques vieillissantes et d’attirer les investissements étrangers afin d’augmenter sa production.
Le Kazakhstan, un acteur clé
Contrairement à nombre de ses voisins, le Kazakhstan jouit d’une large autosuffisance énergétique. Le pays dispose d’importantes réserves et de la technologie nécessaire au raffinage de son pétrole. Sa production annuelle de produits pétroliers, estimée à 14 millions de tonnes, est la plus élevée d’Asie centrale. Le Kazakhstan importe chaque année 1,2 million de tonnes supplémentaires de Russie. Cependant, le pays n’est pas épargné par les perturbations du réseau de raffinage russe. En mai, Astana a imposé une interdiction de six mois sur les exportations de produits pétroliers et a renforcé la lutte contre la contrebande transfrontalière afin de prévenir les pénuries sur son territoire. Ces restrictions devraient prendre fin en novembre. Le gouvernement kazakh a par ailleurs annoncé son intention d’accroître ses exportations de carburant vers les pays d’Asie centrale, ainsi que vers la Chine et l’Inde d’ici 2040.
Le Turkménistan, un marché stable et un exportateur émergent
Grâce à ses vastes réserves de pétrole et de gaz, et à un contrôle gouvernemental strict sur la production, le marché intérieur turkmène reste relativement stable. Les prix subventionnés à l’échelle nationale protègent largement les consommateurs des turbulences internationales. « Le Turkménistan est le seul pays de la région qui dispose d’un excédent de toutes sortes de ressources énergétiques », affirme l’économiste Marat Musuraliev. Le 3 octobre, le pays a déclaré avoir dépassé ses objectifs de production d’essence et de diesel pour les neuf premiers mois de 2025, une affirmation qui n’a pu être vérifiée de manière indépendante. Le Turkménistan produit environ 275 000 barils par jour de pétrole brut et de carburants liquides. À l’instar du Kazakhstan, il bénéficie de l’évolution du paysage énergétique régional en augmentant ses exportations de produits pétroliers, notamment vers ses voisins ouzbeks et afghans.