Publié le 22 février 2026 à 00:27:00. Le film allemand Lettres jaunes, une œuvre poignante sur la répression politique, a été couronné Ours d’or lors de la 76e Berlinale, tandis que la cérémonie de clôture a été marquée par des prises de position fortes sur le conflit israélo-palestinien.
- Le réalisateur Ilker Çatak a reçu l’Ours d’or pour son film Lettres jaunes, un drame centré sur un couple d’artistes turcs persécutés par leur gouvernement.
- Sandra Hüller a été récompensée par un Ours d’argent pour sa performance dans le film Rose.
- La cérémonie de remise des prix a été le théâtre de déclarations politiques directes, notamment de la part de réalisateurs palestiniens dénonçant la situation à Gaza.
Le film Lettres jaunes, cinquième long métrage d’Ilker Çatak après sa nomination aux Oscars pour Le salon des professeurs, suit le destin d’une actrice et de son mari, un professeur de théâtre, dont la vie bascule lorsqu’ils deviennent la cible d’un régime autoritaire en Turquie. Bien que l’histoire se déroule en Turquie, le film a été entièrement tourné en Allemagne, une démarche voulue par le réalisateur pour souligner la pertinence universelle de son message.
Wim Wenders, président du jury, a salué le film pour sa capacité à dépeindre la vie sous un régime totalitaire, affirmant que son histoire résonnerait et servirait d’avertissement pour le monde entier.
« Le film parle très clairement du langage politique du totalitarisme, par opposition au langage empathique du cinéma. »
Wim Wenders, président du jury
Cette récompense marque un tournant pour le cinéma allemand, puisque Çatak est le premier réalisateur allemand à remporter l’Ours d’or depuis Fatih Akin en 2004 avec Gegen die Wand. Comme Akin, Çatak est un réalisateur germano-turc, né de parents immigrés.
La cérémonie de remise des prix a également vu Sandra Hüller, déjà récompensée en 2006, recevoir un Ours d’argent pour sa performance dans Rose, un film historique audacieux où elle incarne une femme se faisant passer pour un homme au XVIIe siècle. Grant Gee a quant à lui été honoré pour sa réalisation du documentaire Tout le monde aime Bill Evans, tandis que Lance Hammer et les acteurs Anna Calder-Marshall et Tom Courtenay ont été récompensés pour Reine en mer.
Au-delà des récompenses cinématographiques, la 76e Berlinale a été marquée par des débats politiques intenses, notamment après les déclarations initiales de Wim Wenders suggérant que les cinéastes devraient s’abstenir de politique. La directrice du festival, Tricia Tuttle, a reconnu l’atmosphère polarisée lors de son discours de clôture.
« Nous avons été publiquement contestés cette année, et c’est bien, cela ne fait pas toujours du bien, mais c’est bien parce que cela signifie que la Berlinale compte pour les gens… Nous vivons dans un moment polarisé et devons embrasser la communauté que nous construisons ensemble, car critiquer et s’exprimer font partie de la démocratie. »
Tricia Tuttle, directrice du festival
La cérémonie de remise des prix a également été l’occasion pour des cinéastes palestiniens de dénoncer la situation à Gaza. Abdallah Al-Khatib, réalisateur du film Chroniques du siège, a utilisé son discours pour accuser le gouvernement allemand de complicité dans la campagne militaire israélienne, une prise de position qui pourrait avoir des conséquences sur son statut de réfugié en Allemagne.
« Mon dernier mot au gouvernement allemand : Vous êtes partenaires du génocide israélien à Gaza. »
Abdallah Al-Khatib, réalisateur
D’autres prix ont été décernés dans les sections Génération et Panorama, notamment l’Ours de Cristal de la Génération KPlus pour Le monde de Gugu et le Prix Panorama du Public pour Poursuite de Faraz Shariat.
Prix du Jury International
Ours d’or — Lettres jaunes d’Ilker Çatak
Grand Prix du Jury Ours d’Argent – Kurtuluş d’Emin Alper
Prix du jury Ours d’argent — Reine en mer de Lance Hammer
Meilleur réalisateur — Grant Gee pour Tout le monde aime Bill Evans
Meilleure performance principale — Sandra Hüller pour Rose
Meilleure performance dans un second rôle — Anna Calder-Marshall et Tom Courtenay pour Reine en mer
Ours d’argent du meilleur scénario — Geneviève Dulude-de Celles pour Nina Roza
Ours d’argent pour contribution artistique exceptionnelle — Yo (L’amour est un oiseau rebelle) par Anna Fitch et Banker White (États-Unis)
Perspectives
Prix du premier long métrage du GFF — Chroniques du siège par Abdallah Alkhatib
Mention spéciale – Forest High (Forêt Ivre) by Manon Coubia
Prix du documentaire de la Berlinale
Si les pigeons se transformaient en or – Pepa Lubojacki (République tchèque)
Shorts
Ours d’or du meilleur court métrage – Un jour un enfant de Marie-Rose Osta (Liban)
Prix du jury Ours d’argent (court métrage) — La place d’une femme est partout par Fanny Texier (États-Unis)