La série événement « Love Story », qui retrace la romance tragique entre John F. Kennedy Jr. et Carolyn Bessette-Kennedy, suscite déjà la polémique, non pas tant pour son récit que pour la fidélité de sa représentation de l’icône de mode des années 1990. Une armée de fans dévoués, gardiens de la mémoire de Bessette-Kennedy, scrute chaque détail de la production, de la couleur des cheveux de l’actrice principale aux proportions de ses vêtements.
La série, dont la première a eu lieu à New York en début février, a été l’occasion d’un événement mondain organisé au Pool, un restaurant de fruits de mer en plein cœur de Manhattan. Des reproductions du magazine George, fondé par John F. Kennedy Jr., ornaient les tables, un clin d’œil à l’époque où la famille Kennedy était au centre de la culture populaire et de la politique. Cependant, l’atmosphère de nostalgie a été rapidement perturbée par les critiques acerbes des puristes de la mode.
Le principal reproche visait Sarah Pidgeon, l’actrice interprétant Carolyn Bessette-Kennedy. Les fans ont jugé sa chevelure trop jaune, loin de la blondeur glaciale caractéristique de l’originale. Sous la pression, la production a finalement contraint l’actrice, initialement brune, à se décolorer les cheveux. « Bessette est aimée comme une muse silencieuse », a confié un proche à un journaliste, résumant l’importance accordée à l’image de la jeune femme.
Cette obsession pour l’esthétique de Carolyn Bessette-Kennedy dépasse largement le cadre de la série. Depuis sa mort prématurée, elle est devenue une figure culte, analysée et imitée par une communauté en ligne de blogueurs, de passionnés de mode et de pseudo-analystes. Ses tenues minimalistes des années 1990, même celles capturées en paparazzi lors de disputes avec John F. Kennedy Jr. dans Washington Square Park, sont disséquées à la recherche d’indices sur son intelligence et son sens du style.
Plus anachroniquement, certains voient en elle une précurseure des tendances actuelles du « quiet luxury » et de l’esthétique « clean girl », des courants qui mettent l’accent sur le discernement et la discipline plutôt que sur l’expression de la personnalité. Cette ferveur a rendu les critiques particulièrement virulentes lorsque des photos de Sarah Pidgeon sur le tournage ont révélé une interprétation jugée infidèle.
La série explore les débuts de la relation entre Kennedy et Bessette-Kennedy, en se concentrant sur l’ascension de cette dernière au sein de Calvin Klein, où elle est présentée comme une étoile montante sous la direction d’Alessandro Nivola, qui incarne le célèbre créateur. La production s’attache à recréer l’atmosphère de l’époque, marquée par un mélange de glamour et de marginalité, une époque difficile à retrouver dans le Manhattan actuel, dominé par les marques et les réseaux sociaux.
L’un des défis majeurs de la série sera de traiter de la tragédie du crash d’avion qui a coûté la vie à John F. Kennedy Jr. et à Carolyn Bessette-Kennedy le 16 juillet 1999. Certains évoquent une arrogance héritée comme facteur aggravant, au-delà des conditions météorologiques défavorables. Les créateurs de la série devront faire preuve de tact pour aborder ce sujet sensible.
Au-delà de la tragédie, la série se veut un hommage à une génération, celle du « Génération X », et à une époque révolue. L’intrigue débute d’ailleurs par un flash-forward vers les dernières heures du couple, les montrant sur le tarmac, se pressant le front l’un contre l’autre, comme conscients de leur destin funeste. Cependant, certains critiques regrettent que la série se concentre trop sur les aspects superficiels de la romance, négligeant le contexte politique et culturel de l’époque, notamment les scandales qui ont affecté la famille Kennedy et les figures influentes comme Ted Kennedy.
En fin de compte, c’est l’interprétation de Carolyn Bessette-Kennedy par Sarah Pidgeon qui semble marquer les esprits. Loin d’être une simple imitation, elle propose une réinvention du personnage, lui donnant une chorégraphie propre, un mouvement de tête caractéristique, une silhouette affinée et une voix rauque. C’est cette originalité qui, selon certains, permet de ressentir plus intensément la tragédie de sa vie, brisée par un mariage malheureux.