Publié le 7 février 2024 à 00:10:00. L’Union européenne accuse TikTok de concevoir une application addictive, notamment par le biais de fonctionnalités comme le défilement infini, et demande à l’entreprise de modifier en profondeur son fonctionnement pour protéger ses utilisateurs, en particulier les enfants.
- La Commission européenne estime que TikTok n’a pas suffisamment évalué les risques pour la santé physique et mentale de ses utilisateurs.
- TikTok pourrait devoir revoir la « conception de base » de son service, sous peine d’une amende pouvant atteindre 6 % de son chiffre d’affaires annuel.
- Plusieurs pays européens envisagent des mesures similaires pour limiter l’accès des mineurs aux réseaux sociaux.
Bruxelles s’attaque frontalement au modèle opérationnel de TikTok, l’application de partage de vidéos ultra-populaire. La Commission européenne a annoncé ce vendredi avoir des doutes sérieux quant au respect par TikTok des règles numériques européennes, en particulier concernant la protection des utilisateurs. L’enquête préliminaire pointe du doigt des fonctionnalités jugées addictives, comme la lecture automatique de vidéos et le défilement infini, qui inciteraient à une utilisation excessive de l’application.
Selon les régulateurs européens, TikTok n’a pas suffisamment pris en compte les conséquences potentiellement néfastes de ces fonctionnalités sur la santé physique et mentale de ses utilisateurs, notamment celle des enfants et des personnes vulnérables. La Commission estime que l’entreprise doit modifier en profondeur la conception de son service pour y remédier.
Cette action s’inscrit dans le cadre de la Loi sur les services numériques (DSA), un règlement européen qui impose aux plateformes de médias sociaux de modérer leurs contenus et de protéger leurs utilisateurs, sous peine de sanctions financières importantes.
TikTok a immédiatement réagi en niant les accusations.
« Les conclusions préliminaires de la Commission présentent une description catégoriquement fausse et totalement infondée de notre plateforme, et nous prendrons toutes les mesures nécessaires pour contester ces conclusions par tous les moyens à notre disposition. »
TikTok, dans un communiqué
L’entreprise a désormais la possibilité de répondre aux griefs formulés par la Commission. À l’issue de cette phase, une décision de non-conformité pourrait être prise, entraînant une amende potentielle pouvant atteindre 6 % de son chiffre d’affaires annuel total.
Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée de la souveraineté technologique, de la sécurité et de la démocratie, a souligné l’importance de protéger les jeunes utilisateurs :
« La dépendance aux médias sociaux peut avoir des effets néfastes sur le développement mental des enfants et des adolescents. La Loi sur les services numériques rend les plateformes responsables des effets qu’elles peuvent avoir sur leurs utilisateurs. En Europe, nous appliquons notre législation pour protéger nos enfants et nos citoyens en ligne. »
Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission européenne
Cette enquête européenne intervient dans un contexte de pression croissante sur TikTok et les autres plateformes de médias sociaux concernant l’addiction des jeunes. L’Australie a déjà interdit l’accès aux réseaux sociaux aux moins de 16 ans. L’Espagne, la France et le Danemark envisagent des mesures similaires.
Aux États-Unis, TikTok a récemment réglé un procès historique concernant la dépendance aux médias sociaux. Meta (maison mère d’Instagram) et Google (maison mère de YouTube), également citées dans la poursuite, sont toujours confrontées à des accusations similaires.
La Commission européenne reproche à TikTok de stimuler le désir de continuer à faire défiler les contenus en récompensant constamment les utilisateurs avec de nouvelles vidéos, ce qui réduit leur capacité à se contrôler. L’application ignorerait également les signaux indiquant une utilisation compulsive, comme le temps passé par les mineurs sur la plateforme la nuit ou la fréquence à laquelle elle est ouverte.
Selon la Commission, les outils de gestion du temps proposés par TikTok sont facilement contournables et les outils parentaux nécessitent un investissement en temps et en compétences de la part des parents.
Parmi les changements demandés par la Commission figurent la désactivation de fonctionnalités comme le défilement infini, la mise en place de pauses plus efficaces pour limiter le temps d’écran, notamment la nuit, et la modification du système de recommandation personnalisé qui alimente les utilisateurs en vidéos en fonction de leurs préférences.
TikTok assure disposer de nombreux outils, tels que des limites de temps d’écran personnalisées et des rappels de sommeil, permettant aux utilisateurs de faire des « choix éclairés » quant à leur utilisation de l’application.