Publié le 25 février 2026 13:25:00. L’ancien Premier ministre tchèque et gouverneur de la Banque nationale, Jiří Rusnok, plaide pour une refonte de l’Union européenne face à la concurrence mondiale, évoquant la possibilité d’un noyau dur de six grandes économies et les conséquences potentielles pour la République tchèque.
Jiří Rusnok estime que l’Europe est confrontée à un déclin de sa compétitivité et doit envisager des solutions pragmatiques, même si cela implique de s’écarter des mécanismes traditionnels de l’UE qui requièrent l’unanimité des vingt-sept États membres. Il cite l’exemple de l’ancien Premier ministre italien et ancien président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi, qui a préconisé un « fédéralisme pragmatique et une coalition des volontaires ».
« L’Europe est à bout de souffle dans la compétition mondiale, et si les mécanismes traditionnels de l’UE se heurtent à la nécessité d’un accord unanime des vingt-sept États, elle doit intervenir, comme le dit l’ancien Premier ministre italien et chef de la Banque centrale européenne Mario Draghi, par un fédéralisme pragmatique et une coalition des volontaires »
Jiří Rusnok
Selon Rusnok, la formation d’un noyau européen de facto, composé des six plus grandes économies, permettrait d’établir des règles pour l’ensemble du continent. Cela aurait des répercussions directes sur la République tchèque, notamment en raison du fait que plus de la moitié de ses exportations sont destinées à ces six pays. Les entreprises tchèques devraient ainsi s’adapter à une éventuelle unification des règles des chaînes d’approvisionnement pour ne pas perdre en compétitivité.
L’ancien gouverneur de la Banque nationale tchèque attire également l’attention sur les intentions de l’Allemagne et d’autres États de renforcer le rôle de l’euro, ce qui pourrait isoler la République tchèque d’une intégration financière plus poussée. Cependant, il considère que la participation de la République tchèque à ce nouveau noyau européen pourrait offrir des opportunités en matière de défense ou d’approvisionnement en matières premières, où elle pourrait jouer un rôle décisionnel.
Cette implication pourrait également impliquer la participation à d’éventuelles garanties financières ou dettes communes, ainsi qu’une perte partielle de souveraineté au profit d’une « fédération pragmatique ». Rusnok tempère toutefois en soulignant que l’intégration de ce groupe E6 ne se fera pas rapidement, en raison des divergences d’intérêts entre les pays concernés. Il souligne néanmoins une « grande volonté de changement ».
Selon lui, l’Europe doit fondamentalement changer son mode de fonctionnement face à la concurrence économique des États-Unis, à la pression géopolitique et technologique de la Chine, et aux menaces sécuritaires en provenance de l’Est. Il propose par exemple qu’un groupe d’États puisse financer des investissements massifs dans l’intelligence artificielle ou la défense sans avoir besoin du veto des autres.
L’économiste Richard Hindls met en garde contre le risque de polarisation de l’UE lié à cette initiative, évoquant une division entre « eux et nous ». Vít Dostál, directeur de l’Association pour les affaires internationales, considère ce format plus étroit comme un possible « laboratoire » d’intégration, soulignant l’importance pour la République tchèque de ne pas rester un simple observateur. Jan Kovář, politologue à l’Institut des relations internationales, souligne la contradiction entre la volonté d’une Europe plus compétitive et la réticence à accepter les changements nécessaires.
Enfin, Pavel Mertlík, économiste et ancien ministre des Finances, perçoit cette initiative comme une réaction au changement de l’environnement géopolitique, estimant que le choix pour la République tchèque est de rester dans le cercle des civilisations de l’Europe occidentale ou de risquer de redevenir une sphère d’influence russe. L’Islande accélère également son processus d’adhésion à l’UE.
Tous les experts interrogés s’accordent sur la nécessité pour l’Europe d’accélérer, de mobiliser davantage de capitaux et de renforcer sa défense et sa compétitivité. La question de savoir si cela peut être réalisé dans son ensemble ou uniquement à travers un « noyau de volontaires » reste ouverte.