Publié le 17 février 2024. Lors de la Conférence de Munich sur la sécurité, des divergences profondes sont apparues entre le ministre tchèque des Affaires étrangères, Petr Macinka, et l’ancienne secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton, sur la guerre en Ukraine et les valeurs occidentales.
- Petr Macinka et Hillary Clinton ont eu un échange vif sur l’approche de Donald Trump face à la crise ukrainienne.
- Macinka a estimé que l’Ukraine défendait avant tout ses propres intérêts, tandis que Clinton a souligné l’importance de la défense des valeurs occidentales.
- Des désaccords ont également émergé sur la question des débats idéologiques internes en Occident et l’utilisation de termes comme « fascisme ».
La Conférence de Munich sur la sécurité a été le théâtre d’un débat passionné entre le ministre tchèque des Affaires étrangères, Petr Macinka, et l’ancienne secrétaire d’État américaine, Hillary Clinton. La discussion, qui s’est déroulée lors d’une table ronde prestigieuse en présence également du ministre polonais des Affaires étrangères Radosław Sikorski, du politologue bulgare Ivan Krastev et de la politologue Gladden Pappin de l’Institut hongrois des affaires internationales, portait sur la division de l’Occident et la préservation de ses valeurs communes.
La guerre en Ukraine a rapidement dominé les échanges. Hillary Clinton a vivement critiqué l’attitude de Donald Trump, la qualifiant de « trahison » des valeurs occidentales, des droits de l’homme et des engagements de l’OTAN. Elle a déclaré :
« La position de Trump à l’égard de l’Ukraine est honteuse, la tentative de Trump et Poutine de profiter des souffrances du peuple ukrainien est terrible. L’Ukraine se bat pour nos valeurs, pour la liberté de civilisation. Trump ne comprend pas ou est indifférent à ces souffrances. »
Hillary Clinton, ancienne secrétaire d’État américaine
En réponse, Petr Macinka a nuancé cette vision, affirmant que l’Ukraine défendait avant tout sa propre souveraineté. Il a ajouté :
« Nous devrions les aider, mais ce que je vois chez certaines personnes en Occident est une tentative d’abuser de cette aide. »
Petr Macinka, ministre tchèque des Affaires étrangères
Macinka a également souligné son désaccord personnel avec l’ancien président américain, suggérant que certaines de ses actions pourraient être une réaction à des politiques occidentales jugées trop radicales, notamment en matière de questions de genre, de climat ou de mouvements sociaux. Clinton a défendu la politique de l’administration républicaine en matière d’avortement, exprimant son inquiétude face à la suppression des droits des femmes :
« Qu’en est-il des femmes et de leurs droits ? La moitié d’entre nous, pouvons-nous avoir nos droits ? »
Hillary Clinton, ancienne secrétaire d’État américaine
Macinka a répliqué en affirmant que, selon lui, la distinction entre les sexes est biologique et que « le reste est une construction sociale ». Il a estimé que certains débats publics en Occident avaient dépassé les bornes.
La discussion a également porté sur l’utilisation de termes controversés tels que « fascisme » ou « nazisme » dans le débat politique actuel. Macinka a plaidé pour la prudence dans l’étiquetage des opposants politiques, tandis que Radosław Sikorski a rappelé que des mouvements fascistes existaient toujours en Europe. Macinka a par la suite déclaré qu’il considérait le fascisme comme une idéologie dépassée, suscitant des réactions désapprobatrices parmi les autres participants.
Enfin, le ministre tchèque a exprimé des doutes quant à la capacité de l’Ukraine à vaincre militairement la Russie, soulignant la nécessité d’un cessez-le-feu, sans pour autant indiquer comment y parvenir. Il a également évoqué une certaine lassitude face aux débats incessants sur l’Ukraine, tout en reconnaissant l’importance de la situation.
Outre Petr Macinka, la République tchèque était représentée à Munich par le ministre de la Défense Jaromír Zůna et le président Petr Pavel. Ce dernier a insisté sur la nécessité pour les États-Unis d’accroître la pression politique sur la Russie et de l’amener à négocier, tout en soulignant l’importance pour la République tchèque d’augmenter ses dépenses en matière de sécurité et de soutenir les sanctions européennes contre Moscou.
Il est à noter que les deux responsables tchèques ont mené leurs activités séparément à Munich, malgré une proposition du président Pavel de participer à certaines des réunions bilatérales du ministre Macinka, proposition qui n’a pas été suivie d’effet, selon des informations de Seznam Zpráv. Cette distance est liée aux tensions persistantes entre les deux hommes, notamment concernant la nomination de Filip Turk au poste de ministre de l’Environnement et les échanges de SMS qui ont suivi, perçus par le président Pavel comme une forme de chantage.