Home Divertissement ‘Made my hair fly up’: the electrifying genius of Paris’s Gerhard Richter extravaganza – review | Gerhard Richter

‘Made my hair fly up’: the electrifying genius of Paris’s Gerhard Richter extravaganza – review | Gerhard Richter

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À 93 ans, Gerhard Richter défie les classifications avec une rétrospective magistrale à la Fondation Louis Vuitton à Paris, explorant la complexité d’une œuvre qui navigue entre le hasard et la maîtrise, le figuratif et l’abstrait.

L’artiste allemand, souvent insaisissable, est célébré dans une exposition d’une ampleur impressionnante, réunissant quelque 270 œuvres qui retracent l’évolution d’une carrière marquée par la remise en question constante. Des souvenirs d’enfance où il traçait des formes sur une assiette grasse aux toiles où la couleur est repoussée et mélangée avec une énergie brute, Richter a toujours fait preuve d’une approche singulière de la peinture. Ses méthodes ont oscillé entre l’application méticuleuse et l’excavation de couches picturales, créant des œuvres où le processus même devient un élément central.

Depuis 2017, l’artiste a délaissé la peinture pour se consacrer majoritairement au dessin, un choix qui souligne la plasticité de son parcours. Son œuvre, qu’elle soit qualifiée de « contrarienne », « capricieuse », « contrôlée » ou « intempérante », résiste aux interprétations univoques. Elle est peuplée de fugues, d’introspection et d’un regard objectif qui défient toute tentative de catégorisation rigide.

La rétrospective parisienne offre un aperçu chronologique et thématique de cette trajectoire. Formé comme peintre muraliste à Dresde avant de fuir en Allemagne de l’Ouest en 1961 avec sa femme Ema, Richter a rapidement développé un langage visuel puissant. Ses premières peintures en noir et blanc s’inspiraient de photographies issues de journaux, de magazines et de clichés familiaux. Ces images, souvent chargées d’histoire personnelle et collective, côtoient des sujets aussi divers que des paysages, des fleurs fanées, des scènes de rue, ou des portraits poignants. Des figures comme sa tante Marianne, victime du programme d’euthanasie nazi, ou son oncle Rudi, soldat de la Wehrmacht, témoignent de la manière dont Richter a intégré son histoire personnelle dans son œuvre, sans jamais éluder les aspects les plus sombres.

Fasciné et méfiant à l’égard de la photographie, qu’il a souvent utilisée comme point de départ pour ses peintures, Richter a exploré des thèmes aussi graves que l’Holocauste ou la mort de membres du groupe Baader-Meinhof en prison. Paradoxalement, cette exploration des profondeurs humaines se mêle à une fascination pour la banalité, le kitsch, et même la sentimentalité. Il a peint un rouleau de papier toilette, une chaise de cuisine, un couple de cygnes, mais aussi le moment où le second avion percutait les tours du World Trade Center le 11 septembre 2001. Son œuvre est une constante oscillation entre ces extrêmes, une exploration de ce qui constitue le sujet artistique.

L’exposition, bien que complète, reconnaît l’impossibilité de tout inclure, omettant délibérément certaines œuvres monumentales ou plus controversées, comme ses peintures érotiques ou certaines abstractions. L’artiste, amateur de listes et d’archives méticuleuses, comme en témoigne son monumental « Atlas d’images », a fait l’objet de nombreuses rétrospectives, chacune offrant une perspective unique sur son parcours. La présentation actuelle permet de s’attarder autant que de suivre son développement au fil des décennies, offrant un parcours aussi sinueux et enrichissant que celui du personnage de Laurence Sterne, Tristram Shandy.

L’une des œuvres marquantes est un clin d’œil à Marcel Duchamp : une photographie de sa première épouse, Ema, descendante un escalier. Elle s’inscrit dans une série de paysages et de « cloudscapes » d’inspiration photographique, où les horizons basculent et les ciels s’assombrissent. Richter puise indifféremment dans des photos, des cartes postales ou dans le vide, créant des œuvres d’une richesse variable, allant de toiles presque trop denses à des surfaces grises méditatives.

La mise en scène de l’exposition, avec ses panneaux de verre transparents qui diffractent et reflètent les œuvres, invite le visiteur à une expérience visuelle complexe. Les miroirs et les peintures composées de multiples bandes horizontales créent une sensation de vitesse et de mouvement perpétuel, évoquant le passage fulgurant du temps et de l’image.

Au milieu de ces expérimentations, des moments de quiétude émergent, comme dans les abstractions épaisses et blanches, ou dans la représentation d’une façade de maison rappelant Vermeer, animée par un arbre fouetté par le vent. Les abstractions noires et blanches, nommées d’après les mois d’hiver, évoquent un silence assourdissant, tandis que d’autres, inspirées par John Cage, explorent la relation entre le son et la vision. Les 4 900 carrés de couleur laquée, créés pour la fenêtre de la cathédrale de Cologne, témoignent de la diversité de ses approches.

Richter revisite sans cesse ses propres thèmes, complexifiant son œuvre même dans ses moments d’épuration. Il a ainsi retravaillé une carte postale de l’Annonciation du Titien à cinq reprises en 1973, rendant l’image de plus en plus informe, la lumière sacrée se diffusant jusqu’à la dissolution. Ce processus de dilution se retrouve dans ses peintures d’icebergs ou dans le film qu’il a utilisé pour son cycle sur le groupe Baader-Meinhof, où les figures deviennent un flou grisâtre, une évocation de l’impossibilité de saisir pleinement certains événements.

En 2014, Richter a tenté de travailler à partir de photographies saisies au péril de leur vie par un prisonnier du camp d’Auschwitz-Birkenau. Ces images, documentant la crémation de victimes gazées, ont été esquissées sur ses toiles. Cependant, l’impossibilité de transcrire la réalité de ces événements a conduit l’artiste à les expurger. Ces images ne sont pas tant effacées qu’enfouies sous des couches de noir, de gris et de rouge, rendant toute référence à l’origine impossible à discerner. Le visiteur ne peut pas « plisser les yeux pour les retrouver ».

Cependant, c’est précisément cette tension, cette quête de visibilité dans l’obscurité, que la scénographie finale de l’exposition met en lumière. La juxtaposition de photographies, de peintures abstraites et de miroirs grisâtres place le spectateur face à son propre reflet, l’impliquant dans la contemplation. En se détournant des œuvres pour regarder le miroir, chacun est invité à chercher une compréhension plus profonde, à vouloir « voir plus loin ».

La rétrospective Gerhard Richter se tient à la Fondation Louis Vuitton, Paris, jusqu’au 2 mars.

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