Après le triomphe de Barbie en 2023, Mattel tente de renouveler l’expérience avec Masters of the Universe. Mais là où le film de Greta Gerwig transcendait son sujet, cette nouvelle adaptation, réalisée par Travis Knight, semble s’égarer dans une stratégie de gestion de marque plutôt que dans une véritable démarche cinématographique.
L’intention derrière le projet est limpide : reproduire le succès financier de la poupée blonde en ciblant cette fois la nostalgie des hommes de la génération X. Le film s’appuie sur l’univers des figurines et de la série animée culte de l’ère Reagan, un monde peuplé de barbares blonds et de méchants au visage de crâne. Si le réalisateur Travis Knight revendique un attachement personnel à l’œuvre, ayant lui-même tourné des films amateurs de la franchise durant son enfance, le résultat final s’apparente davantage à un produit marketing qu’à une œuvre d’art.
Le récit nous transporte d’abord à Eternia, un univers mêlant épées, sorcellerie et vaisseaux spatiaux. On y suit le jeune prince Adam (interprété par Artie Wilkinson-Hunt), un adolescent qui préfère le dessin aux arts martiaux, mais qui est contraint de s’entraîner au combat sous la direction de Duncan (Idris Elba), le chef de la garde royale, malgré les humiliations de son père, le roi (James Purefoy). Soutenu par sa camarade Teela (Eire Farrell), Adam voit son monde basculer lorsque Skeletor lance son offensive pour s’emparer de l’Épée du Pouvoir.
L’intrigue prend un tournant inattendu lorsque le prince est projeté via un portail multicolore vers la Terre, plus précisément à Oklahoma City. On retrouve alors Adam devenu adulte (Nicholas Galitzine), désormais responsable des ressources humaines dans une entreprise locale, où il passe ses journées à chercher son épée disparue sur Internet, sous l’œil désapprobateur de sa patronne (Sasheer Zamata). Le film bascule alors dans la comédie de bureau, ponctuée de dialogues s’apparentant à une sitcom.
C’est après avoir retrouvé son arme que le protagoniste est ramené à Eternia par une Teela adulte (Camila Mendes) pour sauver sa famille et son peuple de l’emprise de Skeletor. Cependant, cette quête épique est plombée par un rythme fastidieux et un ton ambivalent. Sur un temps de jeu de 141 minutes, le film abuse des réparties sarcastiques, transformant presque chaque personnage — du héros au robot (Kristen Wiig) en passant par les antagonistes — en machine à lancer des plaisanteries.

Côté casting, les performances sont jugées inégales. Jared Leto, sous un crâne en images de synthèse, livre un Skeletor oscillant entre le jeu théâtral excessif et l’humour de cabaret. Morena Baccarin semble sous-exploitée dans le rôle d’une sorcière, tandis que Nicholas Galitzine est décrit comme une version masculine et musclée de Ken. Seule Alison Brie, dans le rôle d’Evil-Lyn, semble s’amuser véritablement.
En définitive, Masters of the Universe s’avère être un exercice de « fan-service » qui ne parvient pas à équilibrer sincérité et ironie. Malgré le slogan promotionnel :
« Les légendes ne naissent pas, elles sont forgées. »
Le film donne plutôt l’impression d’avoir été moulé dans le plastique, testé par des groupes de consommateurs et conçu pour stimuler la vente de produits dérivés, des sacs à dos aux céréales. En privilégiant la rentabilité financière à la narration, Mattel livre une œuvre vide, incapable de transformer un jouet en une histoire mémorable.