Publié le 25 février 2026 à 08h00. La mort de Nemesio Oseguera Cervantes, alias « El Mencho », chef du puissant Cartel de Jalisco Nouvelle Génération (CJNG), marque un tournant dans la lutte contre le narcotrafic au Mexique, mais ne présage pas la fin d’un conflit qui perdure depuis plus d’un siècle.
La disparition du chef du CJNG, tué lors d’une opération militaire, représente un coup majeur porté aux organisations criminelles mexicaines. Cette opération, menée avec le soutien de renseignements américains, intervient alors que le Mexique se prépare à accueillir la Coupe du monde de football en juin prochain.
L’histoire du narcotrafic au Mexique remonte au début du XXe siècle, avec l’adoption de la loi Harrison sur les produits stupéfiants aux États-Unis en 1914. Cette loi, qui restreignait l’importation, la fabrication et la distribution d’opiacés et de produits à base de cocaïne, n’a fait qu’alimenter la demande américaine et, par conséquent, le commerce illégal de drogues au Mexique. Initialement, le Mexique servait de simple point de transit, acheminant des stupéfiants en provenance d’Europe vers les États-Unis.
Dans les années 1930, le Mexique a commencé à cultiver ses propres drogues, devenant ainsi un pays producteur, selon l’historien Benjamin Smith, professeur à l’Université de Warwick au Royaume-Uni.
Les années 1970 ont marqué une escalade de la violence. L’État mexicain, sous la pression des États-Unis, a intensifié sa lutte contre les trafiquants de drogue, recourant à des méthodes de plus en plus brutales, notamment la torture pour obtenir des informations. Cette répression a engendré une crise de confiance au sein des réseaux de trafic de drogue.
Les années 1980 et 1990 ont vu l’émergence des cartels, définis par l’expert comme des « systèmes gouvernementaux parallèles à l’État mexicain, qui contrôlent tout commerce illicite dans une zone ». Le cartel de Tijuana, fondé par les frères Arellano Félix en Basse-Californie, a été le premier du genre. D’autres organisations criminelles majeures se sont ensuite consolidées, notamment le cartel de Sinaloa, le cartel du Golfe et le cartel de Juárez.
À partir de 1989, les cartels ont progressivement pris le contrôle des économies illicites du pays, absorbant le trafic de drogue et contestant le pouvoir du Parti révolutionnaire institutionnel (PRI), alors au pouvoir.
Bien que certains observateurs pointent du doigt une corruption généralisée au sein de l’État mexicain, l’historien Smith nuance cette affirmation.
« Une grande partie de l’État mexicain n’a pas de liens avec le crime organisé, surtout par rapport à d’autres pays d’Amérique latine. Il existe de nombreux endroits au Mexique où il n’y a pas beaucoup de corruption au niveau municipal ou régional. »
Benjamin Smith, professeur d’histoire de l’Amérique latine à l’Université de Warwick
En 2006, le gouvernement du président Felipe Calderón a lancé une « guerre contre la drogue », mobilisant l’armée et d’autres forces de sécurité, dont la Garde nationale, pour affaiblir les cartels. Les arrestations de Joaquín « Chapo » Guzmán (2018) et de Ismael « Mayo » Zambada (2024), figures emblématiques du cartel de Sinaloa, et leurs extraditions vers les États-Unis, ont porté un coup à cette organisation criminelle. Cependant, la lutte pour le contrôle du cartel a entraîné une recrudescence de la violence dans l’État de Sinaloa.
La récente capture de Nemesio Oseguera Cervantes, « El Mencho », pourrait également déclencher une nouvelle vague de violence. Certains experts craignent une crise similaire à celle observée après l’arrestation de « Chapo » Guzmán.
Néanmoins, l’historien Smith suggère l’existence d’un accord tacite entre l’État et les cartels, dans le cadre duquel les autorités mexicaines demanderaient aux criminels de maintenir un profil bas, notamment à l’approche de la Coupe du monde de football 2026.
« Cela ne veut pas dire que le gouvernement soutient les cartels, mais il leur dit que s’ils veulent continuer leurs affaires et leurs meurtres, ils doivent le faire sans causer autant de problèmes. »
Benjamin Smith, professeur à l’Université de Warwick
La « guerre contre la drogue » au Mexique en est désormais à sa vingtième année, et sa fin n’est pas en vue.
(orme)