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Miser sur les petits exploitants : planter les prochaines graines d’un avenir de sécurité alimentaire en Afrique

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Publié le 2025-10-31 15:36:00. L’Afrique, où la faim progresse paradoxalement, cherche à combler un déficit de financement colossal pour ses petits exploitants agricoles. Une nouvelle approche d’investissement, alliant fonds concessionnels et capitaux privés, promet de débloquer des ressources essentielles pour sécuriser l’avenir alimentaire du continent.

  • Les petits exploitants agricoles, qui produisent jusqu’à 80 % de l’alimentation africaine, font face à un manque criant de financements, estimé à 170 milliards de dollars américains annuellement.
  • Malgré leur vulnérabilité accrue face au changement climatique, ils ne reçoivent qu’une infime fraction du financement climatique mondial.
  • Un nouveau modèle, le « Business Investment Financing Track » (BIFT), vise à mutualiser les risques pour attirer les capitaux privés vers ce secteur vital.

Malgré leur rôle central dans la sécurité alimentaire du continent, les petits exploitants africains restent parmi les acteurs les moins financés. Durant des décennies, l’accès à des fonds abordables et adaptés à leurs besoins a constitué le principal frein à une agriculture productive et résiliente face aux aléas climatiques. Aujourd’hui, un nouveau modèle d’investissement fait surface, combinant fonds concessionnels et capitaux privés afin de partager les risques et de mobiliser des fonds supplémentaires pour ceux qui nourrissent l’Afrique. Si elle est déployée à grande échelle, cette initiative pourrait transformer la vie de millions d’agriculteurs et inverser la courbe croissante de la faim sur le continent.

Le déficit de financement annuel pour les petits exploitants est estimé à 170 milliards de dollars américains. Parallèlement, ces agriculteurs, parmi les plus exposés aux impacts du changement climatique, bénéficient de moins de 1 % du financement climatique mondial. Alors que les températures grimpent et que les chocs climatiques s’intensifient, l’Afrique demeure la seule région du monde où la faim ne cesse de progresser. Sans action urgente pour orienter les investissements là où ils sont le plus nécessaires, cet écart risque de s’accentuer davantage.

Les obstacles proviennent à la fois de l’offre et de la demande. Les prêteurs et les donateurs considèrent souvent les petits exploitants comme des risques élevés, en raison de leur exposition aux chocs climatiques, d’une infrastructure financière limitée et d’une faible capacité institutionnelle. Peu d’entre eux sont en mesure de proposer les prêts flexibles et de petite taille, adaptés aux cycles agricoles, dont les agriculteurs ont besoin. De nombreux exploitants, quant à eux, manquent de garanties, d’historique de crédit, de connaissances financières, voire d’un compte bancaire, ce qui complique leur approche auprès des institutions financières formelles. L’écosystème agro-industriel sous-financé aggrave la situation, les petites entreprises manquant des semences, des engrais, des machines et des débouchés nécessaires aux agriculteurs pour s’adapter aux événements météorologiques extrêmes.

De nombreux partenaires ont déjà tenté de combler ces lacunes. Alors que le financement commercial de l’agriculture ne couvre qu’environ 5 % de la demande, les programmes nationaux et les initiatives des bailleurs de fonds ont cherché à améliorer l’accès aux intrants, au crédit et à l’assurance. Bien que ces efforts contribuent à jeter des bases solides, beaucoup restent fragmentés, limitant leur potentiel d’échelle et d’impact. Le défi actuel n’est pas l’absence de modèles pertinents, mais la nécessité de mobiliser des financements à un niveau et une rapidité qui correspondent au vaste potentiel transformateur de l’Afrique.

C’est dans ce contexte qu’intervient le « Business Investment Financing Track » (BIFT), la plateforme de financement du secteur privé de deuxième génération du Programme mondial pour l’agriculture et la sécurité alimentaire (GAFSP). S’appuyant sur les succès et les leçons tirées du Guichet du secteur privé du GAFSP, le BIFT propose des financements concessionnels qui absorbent les risques (des prêts à des taux inférieurs à ceux du marché), en combinaison avec des financements de banques de développement, afin de débloquer les investissements du secteur privé. Sa première allocation, destinée à la Banque africaine de développement, contribuera à la création du Mécanisme de partage des risques liés aux intrants agricoles (ARSF), une initiative conçue pour acheminer les financements là où ils sont le plus indispensables.

Grâce à un investissement initial de 10 millions de dollars, complété par 4 millions de dollars d’assistance technique du BIFT, l’ARSF réduit les risques pour les prêteurs commerciaux. Cela ouvre la voie à des prêts pouvant atteindre 200 millions de dollars pour les petites et moyennes entreprises agricoles en Éthiopie, en Ouganda, en Tanzanie, au Malawi et en Zambie. Cette initiative bénéficiera à plus de 500 intermédiaires commerciaux de produits agricoles et coopératives, améliorant ainsi l’accès aux semences certifiées, aux engrais organiques, aux amendements du sol, à la mécanisation et à d’autres intrants vitaux pour plus de 1,5 million de petits exploitants agricoles. En renforçant les chaînes de valeur et en dotant les agriculteurs des outils nécessaires, elle contribuera à bâtir une économie de petits exploitants plus robuste et durable.

Les mécanismes de partage des risques ont déjà fait leurs preuves, notamment grâce à l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) au Nigeria et au Ghana. Le BIFT s’inscrit dans la continuité de ces efforts passés, avec le potentiel de débloquer des financements commerciaux à grande échelle grâce au réseau mondial de partenaires de financement du développement du GAFSP. Cette approche est en parfaite adéquation avec les ambitions du Programme global de développement de l’agriculture africaine (PDDAA) et la Déclaration de Kampala sur la transformation des systèmes alimentaires à l’horizon 2025. Ensemble, ces cadres définissent un programme ambitieux, piloté par l’Afrique, visant à stimuler les investissements agricoles, à améliorer la nutrition et à renforcer la résilience face aux chocs climatiques. Si elle est encore élargie, cette initiative pourrait apporter une contribution significative au financement de la prochaine phase du PDDAA.

Le BIFT pourrait également appuyer ou contribuer à la mise en œuvre de la vision ambitieuse du programme récemment lancé par le Groupe de la Banque mondiale, AgriConnect. Cette initiative mobilise le secteur privé, les donateurs, les gouvernements et les innovateurs pour soutenir les petits exploitants et créer des emplois dans l’agro-industrie. À l’heure où les budgets d’aide mondiaux sont en contraction, cette approche est plus que jamais opportune. Le BIFT démontre comment chaque dollar consacré au développement peut être plus efficace, produisant un impact disproportionné en libérant des capitaux privés, en construisant des marchés durables et en favorisant le progrès vers une Afrique plus sûre sur le plan alimentaire.

En donnant aux agriculteurs et aux entreprises locales les moyens de prendre les rênes et en veillant à ce que chaque dollar de développement soit investi de manière plus efficiente, les petits exploitants africains pourront nourrir leurs communautés, stimuler la croissance et entretenir l’espoir pour les générations futures. En misant sur les petits exploitants et sur l’écosystème d’entreprises qui les soutiennent, nous pouvons planter les prochaines graines de l’avenir de la sécurité alimentaire en Afrique.

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