Publié le 2025-10-17 06:21:00. Le programme Starship de SpaceX franchit une nouvelle étape avec la réussite de sa onzième mission de test, IFT-11. Ce vol, qui marquait la fin de la série de tests pour la version Block 2, a vu des avancées notables en matière de réutilisation et de performance, se rapprochant d’un succès total.
- IFT-11, onzième essai du Starship, a décollé le 13 octobre 2025, marquant la dernière mission de la version Block 2.
- Le lanceur Super Heavy B15, déjà utilisé lors d’une mission précédente, et le vaisseau Starship S38 ont participé à ce vol test depuis Starbase, au Texas.
- La mission est considérée comme un succès quasi-total, consolidant les progrès réalisés par SpaceX dans le développement de son lanceur révolutionnaire.
Le 13 octobre 2025, à 23h23 UTC (18h23 heure locale), le lanceur Starship a pris son envol depuis le pas de tir OLP-1 de Starbase, au Texas, pour ce qui s’avère être le dernier test de la configuration Block 2. Cette 11ème mission, baptisée IFT-11 (Integrated Flight Test 11), a vu la participation du Super Heavy B15, effectuant sa deuxième sortie après avoir été récupéré lors de la mission IFT-8 le 6 mars, aux côtés du Starship S38. Les objectifs et les résultats d’IFT-11 étaient, à l’exception notable de la réutilisation du B15, quasi identiques à ceux d’IFT-10. Cette nouvelle mission s’inscrit donc comme un succès retentissant, se joignant à IFT-10 pour former le duo le plus performant du programme à ce jour.
Le succès de cette mission repose en grande partie sur la performance des 33 moteurs Raptor 2 du Super Heavy B15. Vingt-quatre de ces moteurs étaient des exemplaires déjà utilisés lors de vols antérieurs, et tous ont fonctionné de manière optimale durant la phase d’ascension, une amélioration significative par rapport à IFT-10 où un moteur s’était arrêté en plein vol. La séparation entre le Super Heavy B15 et le Starship S38 s’est déroulée avec une précision remarquable à 2 minutes et 50 secondes de vol. Lors de la phase de retour, un des dix moteurs Raptor de l’anneau intermédiaire a connu une défaillance, sans pour autant compromettre la mission. L’éjection de l’anneau de séparation s’est produite 3 minutes et 55 secondes après le décollage.
Pour la manœuvre d’atterrissage, les 13 moteurs centraux du Super Heavy ont été activés, une première pour un Starship v2. Huit des moteurs de l’anneau intermédiaire ont ensuite été désactivés, maintenant deux en fonctionnement pour assurer un contrôle optimal en cas de défaillance des trois moteurs centraux. Ces derniers ont finalement été coupés, suivis par les trois moteurs centraux. Une fois sa mission achevée, le B15 a été intentionnellement détruit à environ 100 mètres au-dessus du golfe du Mexique, afin d’éviter qu’un objet de grande taille ne représente un danger pour la navigation maritime.
De son côté, le Starship S38 a atteint l’orbite suborbitale visée, avec une inclinaison de 26 degrés, et un apogée de 192 kilomètres. Dans l’espace, la trappe de chargement s’est ouverte, permettant le déploiement de huit simulateurs de satellites Starlink v3 environ 20 minutes après le décollage. Ce processus, plus fluide que lors d’IFT-10, s’est étalé sur près de 5 minutes, sans aucun contact entre les simulateurs et le fuselage. Le S38 a ensuite rallumé l’un de ses trois moteurs Raptor 2 adaptés au niveau de la mer – une troisième réussite pour le programme et la deuxième pour un Starship v2 – augmentant sa vitesse et relevant son périgée d’environ 50 kilomètres. La rentrée atmosphérique s’est conclue par un amerrissage dans l’océan Indien. Après un bref allumage des trois moteurs centraux et une manœuvre de « saut périlleux » pour se positionner verticalement, le Starship a touché la surface. Cependant, 13 secondes après l’amerrissage, le S38 a basculé sur le côté et a été détruit au contact de l’eau.
Cette mission peut être vue comme une répétition presque à l’identique du dixième vol et des manœuvres du Starship S37. Le S38 devient ainsi le deuxième Starship v2 à réussir une rentrée et un amerrissage contrôlés. Pour tester la résistance de son bouclier thermique, le S38 présentait plusieurs zones dépourvues de tuiles, la majorité se situant sur le flanc droit, avec environ 88 tuiles retirées (contre 81 pour le S37). À l’instar du S37, le S38 intégrait également des dalles de test constituées de matériaux variés, dont certains dotés d’un système de refroidissement actif. Une nouveauté notable résidait dans la présence de nombreuses tuiles isolées équipées de capteurs internes, non exposés au plasma de rentrée, ainsi qu’autour des surfaces aérodynamiques arrière. De plus, une nouvelle configuration a vu la plupart des tuiles entourées d’un matériau flexible résistant à la chaleur pour combler les espaces.
Une autre innovation observée lors de ce vol a été la réalisation de manœuvres hypersoniques à 50 kilomètres d’altitude et à 15 000 km/h. Ces manœuvres visaient à modifier l’inclinaison du vaisseau pour descendre sous un angle différent par rapport à la direction orbitale, une étape cruciale pour permettre sa future capture par les bras de la nouvelle tour de lancement de Starbase. Le S38 a améri le 1 heure et 6 minutes après son décollage. Le bouclier thermique présentait de larges zones rouillées, dues à l’oxydation de certaines tuiles de test au contact de l’oxygène atomique atmosphérique lors de la rentrée, bien que l’effet fût moins marqué que sur le S37. Contrairement à S38, aucun incident de type explosion dans le compartiment moteur n’a été relevé, et les surfaces aérodynamiques ont subi moins de dommages. Le S38 est donc le Starship à avoir atteint l’océan dans les meilleures conditions jusqu’à présent. Néanmoins, malgré ces améliorations et le fait que le bouclier thermique ait été poussé à ses limites, des dommages structurels importants étaient visibles sur le S38 et son bouclier. Des gaz s’échappant du côté du bouclier dans les zones sans tuiles ont été observés durant la descente, suggérant la présence de fissures ou de trous – une démonstration de la résilience du Starship. Si SpaceX ambitionne de réutiliser rapidement les Starship après leur capture par la tour, des travaux d’amélioration restent indispensables.
Cette mission marquait la fin du développement pour la version que SpaceX nomme désormais « v2 » ou « Block 2 ». Il s’agit en réalité d’une configuration que l’on pourrait qualifier de « v1.5 », combinant un Super Heavy de première génération avec un Starship v2. Le 12ème vol du Starship sera le premier à inaugurer la version 3 ou « Block 3 », avec très probablement le Super Heavy B18 et le Starship S39. Ces nouveaux véhicules devraient reprendre le profil suborbital des vols précédents, afin de valider la nouvelle conception. Le Super Heavy Block 3 intégrera des améliorations de conception majeures, telles qu’un anneau de séparation chaud intégré à l’étage (remplaçant le système actuel qui est abandonné), et trois ailerons aérodynamiques au lieu de quatre, qui serviront également de supports pour la capture de la fusée par la tour. Les Starship et Super Heavy Block 3 seront équipés de moteurs Raptor 3, reconnus pour leur efficacité accrue, leur légèreté et leur bouclier thermique intégré. Ce vol est également le dernier à utiliser le pas de tir OLP-1. Le prochain décollage s’effectuera depuis la nouvelle rampe OLP-2 (Pad B), dont la conception s’inspire davantage des méthodes traditionnelles, avec une fosse d’éjection au lieu du système improvisé de « douche inversée » de l’OLP-1, mis en place après les dommages considérables subis par cette dernière lors de la première mission. L’OLP-1 sera démantelé pour faire place à une nouvelle rampe conçue selon le même modèle que la nouvelle. Il faudra patienter plusieurs mois, potentiellement jusqu’en 2026, pour observer les nouvelles rampes OLP-2 et la version 3 en action.