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Our Better Natures by Sophie Ward review – reimagining Andrea Dworkin | Books

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À travers les destins croisés de trois femmes dans l’Amérique des années 1970, l’écrivaine Sophie Ward explore les questions complexes de justice, de liberté et de pouvoir, interrogeant la possibilité même d’une justice équitable dans un monde dominé par les rapports de force.

Le nouveau roman de Sophie Ward, après Love and Other Thought Experiments (nommé pour le Booker Prize) et The Schoolhouse, tisse une toile narrative autour de trois figures féminines : Andrea Dworkin, l’essayiste et féministe radicale ; Muriel Rukeyser, la poétesse engagée ; et Phyllis Patterson, une femme du Midwest dont l’histoire est inspirée du vécu familial de l’épouse de l’auteure.

L’année 1971 sert de point de départ. Les membres de la « Famille Manson » viennent d’être reconnus coupables, et des centaines de milliers de personnes manifestent contre la guerre du Vietnam. Dans ce contexte, Andrea Dworkin, âgée de 25 ans, fuit un mariage abusif et assiste aux Pays-Bas à un débat entre Michel Foucault et Noam Chomsky sur la justice et le pouvoir. Parallèlement, aux États-Unis, Muriel Rukeyser reprend ses activités militantes, malgré les inquiétudes de Monica McCall, son agente littéraire, quant à sa santé fragile. Enfin, dans l’Illinois rural, Phyllis Patterson accueille son fils de retour de Corée du Sud et tente de tisser des liens avec sa nouvelle belle-fille coréenne et ses petits-enfants.

L’originalité du roman réside dans sa structure tripartite, qui utilise les liens entre ces femmes comme pivots narratifs. Andrea devient l’assistante de Muriel, bien que leur relation ne se développe jamais pleinement. En arrière-plan, la figure du poète sud-coréen Kim Chi-ha, emprisonné, émerge. Muriel milite pour sa libération et découvre un lien entre lui et June, la belle-fille de Phyllis, ce qui permet à Ward de rapprocher les histoires de Phyllis et Muriel dans un dénouement à la fois brillant et précipité.

Cette structure narrative, bien que novatrice, pose des défis à l’auteure. Les changements de perspective peuvent parfois donner l’impression de simples mises à jour annuelles entre amis, plutôt que de l’intimité de la vie quotidienne partagée, surtout à mesure que les années passent et que l’action se situe en 1975. Il devient plus difficile de s’attacher à Andrea, dont on aperçoit la carrière florissante et l’engagement révolutionnaire de loin. Combiner des personnages réels et imaginaires représente également un défi. Ward réussit admirablement à donner la parole à Andrea Dworkin, mais ses pensées, exprimées en phrases déclaratives abruptes, peuvent paraître artificielles, ce qui ne serait pas aussi frappant avec un personnage entièrement fictif. « Elle pensa : « C’est le moment. C’est mon heure. Je suis vivante et j’ai du travail à faire. Je dois commencer maintenant. » »

Le véritable atout du roman réside dans le personnage de Phyllis : une femme au foyer généreuse mais bougonne, qui s’est épanouie pendant la guerre et qui partage désormais sa chambre avec une poule nommée Dolly. Lorsque le mari de Phyllis, Boyd, meurt dans un acte de sacrifice pour le bien de June, elle ressent une « colère comme une pierre dans le ventre », qui rend le pardon difficile.

Phyllis parvient finalement à contempler son champ de maïs dans l’Illinois rural à travers les yeux de June, comprenant que celle-ci le fixe avec tant d’intensité parce qu’elle aspire à son paysage d’origine. Ward rend cette prise de conscience particulièrement poignante, montrant Phyllis se libérer de sa « pierre » et réaliser que sa belle-fille est aussi brillante, libre d’esprit et idéaliste qu’elle-même. C’est Soozie, la petite-fille de Phyllis, qui les rapproche et qui héritera du flambeau des deux femmes dans la prochaine génération. L’acceptation nécessaire pour reculer et laisser la prochaine génération faire mieux se retrouve également dans l’histoire de Muriel, qui accepte qu’elle puisse échouer et que le monde puisse l’échouer, mais que le travail sera fait quoi qu’il en soit.

Le roman ne laisse entrevoir que peu d’espoir quant à la justice dans le monde, pas plus que dans le nôtre actuel. Ward semble consciemment écrire d’un monde à l’autre. Andrea Dworkin apprend de Foucault et Chomsky que la justice est toujours un instrument de pouvoir. Ward semble interroger son propre sentiment ambivalent quant à la nécessité de raviver l’activisme révolutionnaire ou d’accepter sa perte et de se concentrer sur la justice dans nos vies personnelles. Les répercussions de la révolution se font sentir chez Phyllis, qui réalise « comment sa vie faisait partie de ces vies, qu’elle existait dans tous ces moments », et apprend à être à la fois plus puissante et plus juste. Et, dans la mesure où la révélation de la force de l’engagement empathique est ce que le roman fait de mieux, Ward démontre avec émotion la nécessité de l’utiliser pour continuer à nous libérer, jour après jour.

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