Home International Ours polaires se dirigeant vers le sud : la Russie aide la Chine à se préparer à l’invasion de Taiwan et renforce l’interaction politique et économique avec l’Asie de l’Est | Lutte politique et économique | Corner International et Global

Ours polaires se dirigeant vers le sud : la Russie aide la Chine à se préparer à l’invasion de Taiwan et renforce l’interaction politique et économique avec l’Asie de l’Est | Lutte politique et économique | Corner International et Global

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Publié le 15 octobre 2025. Alors que la guerre en Ukraine se poursuit, la Russie renforce discrètement ses liens avec la Chine et l’Asie du Sud-Est. Une analyse du RUSI suggère que Moscou joue un rôle clé dans la préparation d’une éventuelle invasion taïwanaise par la Chine, tandis que les pays de l’ASEAN naviguent une « neutralité amicale » complexe face aux sanctions internationales.

  • La Russie vendrait du matériel militaire et entraînerait des forces spéciales chinoises pour soutenir un scénario d’invasion de Taïwan.
  • Moscou chercherait à accroître son influence sur Pékin en devenant un fournisseur stratégique, tout en étendant sa propre portée géopolitique en Asie.
  • Les pays de l’ASEAN maintiennent des relations diplomatiques et commerciales avec la Russie, malgré les votes de condamnation à l’ONU, adoptant une posture de « neutralité amicale ».

Selon une analyse du Royal United Military Institute (RUSI), un groupe de réflexion britannique sur la défense et la sécurité, la Russie aurait accepté en octobre 2024 de fournir à la Chine du matériel militaire destiné à des hélicoptères capables de projeter des équipements blindés et stratégiques. Ce rapport, intitulé « Comment la Russie aide la Chine à se préparer à s’emparer de Taïwan », détaille comment la technologie russe, notamment dans le domaine des véhicules blindés, serait essentielle à une offensive chinoise sur Taïwan. L’entraînement des forces spéciales chinoises par des instructeurs russes pour des opérations furtives est également mentionné, suggérant une préparation à des actions impliquant Taïwan, les Philippines et d’autres îles de la région, potentiellement Guam et Yonaguni au Japon.

Les motivations de Moscou seraient doubles : non seulement renforcer son influence auprès de Pékin en devenant un fournisseur militaire et de matières premières cruciales, mais aussi accroître sa propre portée géopolitique mondiale. Cette coopération sino-russe suscite des préoccupations en Europe, où des dirigeants comme Mette Frederiksen, Première ministre du Danemark, ont souligné l’interdépendance entre la Chine et la Russie dans la guerre en Ukraine. Friedrich Merz, chancelier allemand, a quant à lui critiqué l’idée d’une Chine comme acteur de stabilisation ou garante des intérêts de sécurité européens face à Moscou.

L’ASEAN et la Russie : une « neutralité amicale » face à la crise

Dans le voisinage de Taïwan, les pays de l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est (ASEAN) adoptent une approche distincte de celle des démocraties européennes. Bien que la majorité des membres de l’ASEAN aient voté en faveur de résolutions condamnant l’agression russe à l’Assemblée générale des Nations Unies, cette position diplomatique masque une réalité plus nuancée. En dehors de Singapour, aucun pays de l’ASEAN n’a imposé de sanctions économiques à la Russie, et la plupart maintiennent des liens commerciaux, économiques et d’armement avec Moscou.

Cette dichotomie entre les votes de condamnation et l’absence de sanctions concrètes conduit à qualifier l’attitude générale de l’ASEAN envers la Russie de « neutralité amicale ». Les politiques étrangères des États membres de l’ASEAN sont façonnées par leurs intérêts nationaux, leurs histoires et leur géopolitique. Ils privilégient une voie diplomatique indépendante, cherchant à préserver leurs intérêts tout en évitant de prendre parti dans un monde de plus en plus fragmenté. La tendance observée entre 2022 et 2025 montre une évolution de la simple condamnation vers une « neutralité prudente » ou une posture de « défenseur de la paix ».

Les interactions entre Vladimir Poutine et les dirigeants de l’ASEAN révèlent une attitude de communication positive de la part de ces pays, malgré les sanctions internationales visant la Russie. Ces échanges, souvent initiés par les dirigeants de l’ASEAN se rendant en Russie ou en Chine, permettent à Moscou de maintenir son influence et de consolider sa position auprès des pays du Sud. La fréquence de ces rencontres a augmenté, témoignant d’un réchauffement des relations entre la Russie et certains pays de l’ASEAN.

La Russie et l’Asie du Sud-Est : une présence croissante malgré une influence économique limitée

L’importance de l’Asie du Sud-Est pour la Russie est paradoxale : selon Ian Storey, chercheur principal à l’ISEAS de Singapour, la Russie y possède la plus petite empreinte économique et la moindre influence géopolitique. Cependant, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, la Russie conserve un poids diplomatique significatif. De plus, ses entreprises de défense sont des exportateurs d’armes importants dans la région, et Moscou est un fournisseur majeur de céréales et d’engrais. L’absence de conflits territoriaux avec certains pays de l’ASEAN fait de la Russie une option « sûre » pour des partenariats.

Les intérêts énergétiques russes en Asie du Sud-Est, y compris en mer de Chine méridionale, sont notables. Moscou participe à la construction de centrales nucléaires en Indonésie et exporte du gaz naturel. Bien que l’Indonésie soit elle-même un exportateur de gaz, elle a besoin de technologies avancées pour l’exploration et la liquéfaction, que la Russie peut fournir. La coopération énergétique russe en mer de Chine méridionale, bien que source de tensions avec Pékin, confère à Moscou un rôle dans la géopolitique régionale.

La Russie utilise également les plateformes multilatérales, telles que le dialogue avec l’ASEAN et le Sommet de l’Asie de l’Est, pour promouvoir un ordre mondial « multipolaire » et non-aligné. Cette approche encourage les pays de l’ASEAN à privilégier le dialogue pacifique plutôt que la condamnation ferme de la Russie, s’alignant sur la tradition diplomatique de la région. Certains pays de l’ASEAN voient également la coopération avec la Russie comme un levier stratégique pour équilibrer leur relation avec la Chine ou les États-Unis. Le Vietnam, par exemple, s’appuie sur les armes russes pour contrebalancer la puissance de Pékin.

Comme le souligne Ian Storey, « Les tentatives des pays occidentaux de présenter la Russie comme un paria international ont clairement échoué en Asie du Sud-Est ». Les visites de dirigeants étrangers, selon des chercheurs américains, sont des indicateurs forts des priorités nationales et de l’importance accordée aux partenaires. La volonté de rencontrer Vladimir Poutine, même en période de conflit, témoigne de la volonté de ces pays de maintenir une « voie diplomatique » ouverte avec la Russie.

Cette politique étrangère, qualifiée de « à la fois… et… et », reflète l’essence du « Mouvement des non-alignés », permettant aux pays de l’ASEAN de conserver des liens institutionnels avec l’Occident, de bénéficier des avantages économiques de la Chine, tout en maintenant ouverts les canaux de communication avec la Russie.

〈À suivre dans la prochaine partie〉

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