Le Venezuela a débuté une nouvelle phase économique après avoir reçu 500 millions de dollars suite à la vente de 30 à 50 millions de barils de pétrole aux États-Unis. Cet accord, négocié sous l’égide américaine, offre un répit financier au pays, mais sous un contrôle strict de Washington.
Les fonds ne sont pas directement versés au gouvernement vénézuélien. Ils sont déposés sur un compte séquestre au Qatar, soumis à l’approbation des États-Unis, et destinés à financer les salaires et les services essentiels du secteur public. Cette situation intervient après l’opération militaire américaine, baptisée « Opération Absolute Resolve », qui a conduit à la capture du président Nicolás Maduro et de son épouse, Cilia Flores, le 3 janvier 2026.
Delcy Rodriguez, nommée présidente par intérim suite à cette intervention, a annoncé des réformes de la loi vénézuélienne sur les hydrocarbures, visant à attirer les investissements étrangers en assouplissant les restrictions sur les nationalisations mises en place au cours des 25 dernières années. Elle a également présenté un projet de loi d’amnistie massive pour les prisonniers politiques et envisagé la transformation de la prison d’El Helicoide en centre communautaire.
Le secrétaire américain à l’Énergie, Chris Wright, prévoit de se rendre prochainement au Venezuela pour rencontrer « tous les dirigeants » et évaluer les opérations pétrolières et gazières. Washington entend ainsi superviser de près le secteur pétrolier vénézuélien.
Selon le ministère vénézuélien de la Défense, l’opération militaire a causé au moins 83 décès. Le Tribunal suprême de justice a qualifié la capture de Maduro d’« absence forcée » et a nommé Rodriguez à la présidence par intérim. Malgré sa condamnation de l’action américaine comme un « enlèvement illégal », Rodriguez a manifesté sa volonté de coopérer avec Washington.
Le pouvoir au Venezuela reste concentré au sein d’une alliance « civico-militaire ». Si Delcy Rodriguez détient le pouvoir exécutif formel, des analystes estiment que le pouvoir réel réside dans une coalition gouvernementale. Parmi les figures clés, on retrouve Jorge Rodriguez, président de l’Assemblée nationale, qui contrôle le programme législatif, Diosdado Cabello, ministre de l’Intérieur, sous pression en raison d’accusations de narcoterrorisme et d’une prime de 25 millions de dollars offerte par les États-Unis pour sa capture, et Vladimir Padrino, ministre de la Défense, également visé par des accusations américaines et une prime de 15 millions de dollars.
Par ailleurs, un groupe d’entreprises opérant au Venezuela se positionne comme un pouvoir d’influence, soutenant Rodriguez avant même son accession à la présidence par intérim.
Le Venezuela possède les plus grandes réserves prouvées de pétrole au monde, estimées à 303 milliards de barils (plus de cinq fois celles des États-Unis). Le pétrole reste donc la principale source de revenus du pays. Le mécanisme de contrôle financier actuel implique que les paiements ne soient pas envoyés directement au Venezuela, mais via des canaux supervisés par les États-Unis et déposés sur un compte au Qatar pour éviter la saisie des fonds par les créanciers, la dette extérieure du Venezuela s’élevant à 170 milliards de dollars.
« Le Venezuela présentera chaque mois un budget indiquant ‘c’est ce dont nous avons besoin de financement’. Nous leur fournirons dès le départ ce que cela signifie [oil] l’argent peut être utilisé », a détaillé le sénateur Marco Rubio lors d’une audition devant la commission sénatoriale des relations étrangères en janvier.
Cependant, des experts s’inquiètent de cet arrangement, estimant que les États-Unis exercent un contrôle de facto sur l’économie vénézuélienne. José Manuel Puente, professeur à l’Instituto de Estudios Superiores de Administracion de Caracas, affirme que « le Venezuela est actuellement un État sous tutelle des États-Unis. Les États-Unis ont pris le contrôle de tous ses revenus ». Certains responsables américains, comme le démocrate Lloyd Doggett, ont également exprimé des réserves quant à la transparence de ce système.
Le gouvernement vénézuélien tente de diversifier ses sources de revenus au-delà du pétrole. Le pays possède également d’importantes réserves d’or, estimées à 161,2 tonnes métriques (valeur actuelle de plus de 23 milliards de dollars), ainsi que des ressources aurifères inexploitées considérables. En 2025, le Venezuela a produit 9,5 tonnes d’or. D’autres secteurs, comme l’exportation de fruits tropicaux et de crevettes, contribuent également, mais de manière marginale, aux revenus du pays.
La situation humanitaire au Venezuela reste préoccupante, avec plus de 7,9 millions de personnes nécessitant une aide d’urgence et environ 56 % de la population vivant dans l’extrême pauvreté. Les habitants sont confrontés à des salaires insuffisants pour couvrir les besoins de base. Zulma Clavo, une habitante de Petare à Caracas, témoigne : « Je suis femme au foyer. Je ne travaille pas. Mes deux enfants plus âgés travaillent, mais ils gagnent des salaires qui ne suffisent pas. »
Les experts prévoient un certain soulagement économique grâce à l’augmentation de la production pétrolière, mais soulignent que les États-Unis auront le dernier mot quant à l’utilisation des fonds.