Publié le 2025-10-03 03:30:00. La Colombie traverse une crise de liquidités qui pèse lourdement sur le portefeuille des citoyens d’Antioquia, avec un déficit budgétaire record et des taux d’intérêt prohibitifs.
- Le gouvernement n’a que 1,8 milliard de dollars en caisse, suffisant pour couvrir une semaine de salaires des fonctionnaires.
- Cette situation est directement liée à un déficit budgétaire hors de contrôle et à des taux d’intérêt élevés.
- L’inflation galopante grignote le pouvoir d’achat, tandis que les crédits immobiliers et productifs deviennent plus coûteux.
La réalité économique est désormais palpable au quotidien dans le département d’Antioquia, bien au-delà des débats feutrés entre experts. Le gouvernement colombien se retrouve dans une position périlleuse avec seulement 1,8 milliard de dollars disponibles au 8 août 2025, un montant historiquement bas qui peine à couvrir les dépenses courantes, notamment une semaine de salaires pour ses 1,4 million de fonctionnaires. Cette fragilité financière met en péril des paiements et des engagements urgents de l’État.
Cette crise de liquidité, loin d’être anecdotique, trouve ses racines dans deux problèmes majeurs qui impactent directement le pouvoir d’achat des habitants de Medellín et de ses environs : un déficit budgétaire qui a atteint des niveaux alarmants et des taux d’intérêt qui ne cessent de grimper. Une analyse approfondie de la société internationale Crowe Co confirme l’ampleur des répercussions sur les finances des résidents de la métropole.
Selon Crowe, la Colombie a accumulé un déficit budgétaire de 3,7 % du PIB durant le premier semestre de l’année, équivalant à 69,4 milliards de dollars, selon le ministère des Finances. Ce chiffre représente le pire bilan des deux dernières décennies, surpassant même celui de la pandémie de 2020 où le déficit sur la même période s’élevait à 3,1 %. Parallèlement, l’inflation annuelle s’établit à 5,10 %, bien au-dessus de l’objectif de 3 % fixé par la Banque de la République. En d’autres termes, le coût de la vie dans la ville continue d’augmenter plus rapidement que les revenus des travailleurs.
Dans Medellín et l’ensemble d’Antioquia, les conséquences se font cruellement sentir. Les crédits immobiliers restent prohibitifs, les prêts destinés aux activités productives sont plus chers, et les banques dressent des obstacles toujours plus nombreux pour l’accès au financement, particulièrement pour les entrepreneurs.
Pourquoi le déficit budgétaire frappe-t-il votre portefeuille ?
Lorsque l’État se retrouve à court de fonds, il doit recourir à l’emprunt. Pour attirer les prêteurs, il est contraint d’offrir des taux d’intérêt plus élevés. Ce coût supplémentaire s’intensifie lorsque les marchés doutent de la capacité du gouvernement à rembourser sa dette : plus le risque perçu est grand, plus les intérêts exigés sont importants. Cet argent supplémentaire qui ne reste pas dans les caisses du ministère des Finances se répercute sur l’ensemble du système financier. Les banques, qui doivent elles aussi rémunérer davantage pour obtenir des fonds, répercutent ces surcoûts sur les taux d’intérêt de leurs clients. En conséquence, les cartes de crédit, les prêts hypothécaires ou les financements d’entreprise deviennent plus onéreux.
« Le déficit aujourd’hui signifie davantage d’impôts demain. La taxe cachée, c’est l’inflation, qui mesure le coût de la vie. Les gens ne s’en rendent parfois pas compte, mais ils la paient sur chaque relevé, sur chaque prêt et sur chaque achat qu’ils financent. »
Lia Heenan, directrice du conseil des entreprises mondiales chez Crowe Co
La situation est d’autant plus préoccupante que le déficit budgétaire a déjà alerté les agences de notation internationales. En juin, S&P a dégradé la note de la Colombie à « BB », et Moody’s a également revu sa notation à la baisse, invoquant des dépenses excessives et des revenus insuffisants. Chaque abaissement de note sape la crédibilité de la dette du pays et, par extension, celle des emprunteurs individuels.
À Antioquia, où l’industrie, la construction et le commerce dépendent fortement du crédit, cet « effet domino » se fait particulièrement sentir : des crédits plus chers entraînent moins d’investissements et un ralentissement de la reprise économique.
Sept conseils pour protéger votre portefeuille
Pour naviguer dans cette conjoncture délicate, Crowe Co propose une série de recommandations destinées à aider les particuliers à gérer leurs finances personnelles.
Il est ainsi conseillé de réduire le coût de vos dettes. Si vous payez plus de 20 % d’intérêt sur vos cartes de crédit ou vos crédits à la consommation, il est judicieux d’envisager un transfert vers un prêt à taux fixe moins élevé. Chaque point de pourcentage économisé compte.
Il est également recommandé de ne pas laisser votre prêt hypothécaire tel quel. Si celui-ci est indexé sur l’UVR (Unidad de Valor Real), évaluez la possibilité de le convertir en un prêt à taux fixe en pesos pour vous prémunir contre les fluctuations liées à l’inflation.
De plus, il est suggéré de constituer des réserves avant une éventuelle réforme fiscale. Face à la perspective d’une nouvelle réforme fiscale à l’horizon, il devient impératif d’ajuster vos dépenses et de veiller à conserver une bonne liquidité.
« Libérez des liquidités. Si vous détenez encore des titres, transformez-les en espèces pour pouvoir opérer ou régler vos dettes. Soyez prudent avec les nouveaux endettements. Si le dollar ou les taux d’intérêt venaient à remonter, mettez un frein aux crédits ou aux achats importants », préconisent d’autres recommandations.
Enfin, la discipline budgétaire est de mise. Des objectifs clairs et crédibles de la part du gouvernement sont essentiels pour contribuer à la baisse des taux d’intérêt.