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Pourquoi le leadership de la majorité mondiale est important pour la politique technologique et migratoire aujourd’hui

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Publié le 19 février 2026 16h00:00. Un nouveau manifeste, élaboré par des personnes migrantes et touchées par les technologies frontalières, propose une voie alternative à la gouvernance technologique, plaçant dignité, consentement et responsabilité au cœur des politiques migratoires.

  • En novembre 2025, à Nairobi, au Kenya, des personnes ayant vécu la migration et l’occupation ont rédigé le Manifeste MTM, un document fondateur pour une approche plus juste de la technologie et de la mobilité humaine.
  • Ce manifeste s’inscrit dans la continuité de la Conférence Asie-Afrique de Bandung (1955), qui avait posé les bases d’une pensée politique indépendante des puissances coloniales.
  • L’Observatoire des migrations et des technologies (MTM) souligne la nécessité d’une participation significative des communautés affectées dans la conception et l’évaluation des technologies de migration.

Soixante-dix ans après la Conférence de Bandung, qui rassemblait des nations émergentes d’Asie et d’Afrique pour affirmer leur autodétermination face à l’impérialisme, une nouvelle initiative prend forme à Nairobi. En novembre 2025, des réfugiés, des personnes déplacées et des chercheurs ont participé à une mini-conférence organisée par l’Observatoire des migrations et des technologies (MTM), un rassemblement inédit visant à définir une approche alternative à la gestion des flux migratoires à l’ère numérique.

Le contexte actuel est marqué par une recrudescence de l’autoritarisme, de la militarisation et, surtout, par l’expansion rapide des technologies de surveillance et de l’intelligence artificielle. Les frontières sont devenues des terrains d’expérimentation pour des technologies à haut risque : bases de données biométriques, analyses prédictives, drones, surveillance des réseaux sociaux et logiciels espions. Ces outils, souvent développés par des États puissants et des entreprises privées, sont déployés dans des zones où les protections juridiques sont faibles, comme les frontières ou les territoires occupés, notamment en Cisjordanie et à Gaza.

L’initiative de Nairobi, délibérément organisée dans un espace où les voix du Sud sont prédominantes, a permis aux personnes les plus touchées par ces technologies de se positionner non pas comme des sujets de recherche, mais comme des producteurs de connaissances, des acteurs politiques et des experts à part entière. Pendant trois jours, les participants ont partagé leurs expériences, leurs recherches et ont collectivement formulé des principes pour une gouvernance technologique plus respectueuse des droits humains.

Le fruit de ces échanges est le Manifeste MTM, un document vivant qui s’enrichit continuellement des contributions des personnes concernées. Ce manifeste, basé sur les principes de la bienveillance, de la responsabilité et de la résistance aux dommages technologiques, est le résultat d’une méthodologie participative ancrée dans une longue tradition de pensée décoloniale.

Cette approche participative s’oppose aux pratiques de recherche extractives qui ont longtemps prévalu, où les communautés marginalisées étaient traitées comme des objets d’étude plutôt que comme des partenaires égaux. Inspirée des mouvements sociaux d’Amérique latine, d’Afrique et d’Asie, elle affirme que ceux qui subissent directement les conséquences des technologies doivent être au cœur de la définition des solutions. Comme le souligne le principe fondamental : « Rien sur nous sans nous », aucune politique, technologie ou recherche ne doit être conçue sans la participation et le leadership significatifs des communautés concernées.

Des penseurs tels que Linda Tuhiwai Smith et Boaventura de Sousa Santos insistent sur la nécessité de démanteler les hiérarchies qui dévalorisent les connaissances issues du « monde majoritaire ». L’expertise vécue, fruit de l’expérience directe des préjudices sociaux et technologiques, est reconnue comme une source de savoir légitime et irremplaçable.

Le Manifeste MTM énonce dix principes de gouvernance technologique, fondés sur la dignité, le consentement, la responsabilité et le leadership communautaire. Il rejette la normalisation des expérimentations sur les populations marginalisées et appelle à des garanties contraignantes, à la transparence et au droit de refuser les technologies nuisibles. Il souligne également l’universalité de la migration et du mouvement humain, et dénonce l’exploitation technologique au profit d’une industrie lucrative de la surveillance aux frontières.

Pour les décideurs politiques, les implications sont claires : les communautés affectées doivent être impliquées de manière significative dans la conception, l’évaluation et la surveillance des technologies de migration. Les évaluations d’impact doivent prendre en compte les préjudices racialisés et géopolitiques, et les institutions publiques doivent résister à une dépendance excessive à l’égard de fournisseurs privés dont les intérêts ne sont pas alignés sur les droits de l’homme. La production participative de connaissances doit être reconnue comme une forme d’expertise politique à part entière.

À une époque où la politique technologique est souvent guidée par la rapidité, la concurrence et le profit, l’Observatoire des migrations et des technologies propose une alternative : une approche fondée sur l’expérience vécue, l’éthique collective et la conviction que les personnes en mouvement ne sont pas des problèmes à résoudre, mais des partenaires essentiels dans la construction d’un avenir plus juste.

Nouveau rapport par le Migration and Technology Monitor, février 2025.

Premières versions du Manifeste MTM, Nairobi, Kenya 2025.

Rassemblement MTM, Nairobi, Kenya 2025.

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