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Pourquoi un chercheur de renom date la fin de l’humanité à 2026

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Publié le 17 février 2026 à 19h48. En 1960, un cybernéticien a avancé une date butoir pour la fin du monde, non pas comme une prédiction, mais comme une invitation à la réflexion sur les limites de la croissance humaine.

  • En 1960, Heinz von Foerster a calculé que la population mondiale atteindrait un point critique le 13 novembre 2026.
  • Cette « équation apocalyptique » repose sur l’idée que la croissance humaine, si elle n’est pas freinée, conduira à une saturation des ressources.
  • Bien que la date approche, les tendances démographiques actuelles semblent contredire cette prédiction, grâce à des changements sociaux et économiques.

Francfort – Le 4 novembre 1960, la prestigieuse revue Science publiait un article au titre pour le moins sensationnel : « Jour du Jugement dernier : vendredi 13 novembre 2026 ». L’auteur, le physicien et cybernéticien autrichien Heinz von Foerster, était loin d’être un alarmiste cherchant à faire sensation. Il était au contraire considéré comme l’un des scientifiques les plus sérieux et les plus influents de son époque. Mais alors, quel raisonnement l’a conduit à cette conclusion ?

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La fin de l’humanité est-elle imminente ? En 1960, Heinz von Foerster, cybernéticien, fixait mathématiquement la fin du monde au 13 novembre 2026. © IMAGO/Mikel Ponce

En collaboration avec Patricia M. Mora et Lawrence W. Amiot, ces scientifiques ont développé ce qu’ils ont appelé l’« Équation apocalyptique » : si la croissance démographique humaine continue sur la même trajectoire que celle observée au cours des deux derniers millénaires, la population mondiale atteindrait mathématiquement l’infini le vendredi 13 novembre 2026. À neuf mois de cette date, il est temps de faire le point.

Un cycle auto-accéléré créé par l’humanité

Le point de départ de la réflexion de von Foerster était une observation simple issue de la biologie : plus une population est dense, plus la concurrence est forte, et plus la croissance tend à ralentir. Qu’il s’agisse de bactéries dans une boîte de Pétri ou de mouches des fruits dans une bouteille, toutes les populations atteignent, à terme, une limite naturelle. Dans toute l’histoire de l’évolution, aucune espèce animale n’a durablement dépassé cette limite de capacité de son environnement. L’humanité est la première à utiliser la communication et la coopération pour repousser sans cesse cette barrière.

Selon la théorie des jeux, les êtres humains ne se comportent pas comme des bactéries. Ils échangent des idées, travaillent ensemble et forment des alliances. Plus ces alliances s’étendent, plus l’environnement peut être transformé efficacement. Une population plus importante ne signifie pas forcément plus de concurrence : elle peut aussi conduire à une meilleure collaboration et donc à une croissance encore plus rapide. Un cercle vertueux, ou plutôt un cycle auto-accéléré, se met en place.

Une croissance démographique hyperbolique

Von Foerster a analysé 24 estimations de la population mondiale, remontant au début de notre ère, et a constaté que la croissance n’était pas simplement exponentielle, mais hyperbolique. Le temps de doublement de la population humaine s’est considérablement raccourci : au début du christianisme, il fallait plus de mille ans pour doubler, alors qu’au milieu du XXe siècle, il ne fallait plus que quarante ans.

Sa formule reflétait cette évolution avec une précision de seulement sept pour cent sur deux millénaires. La date de singularité, où le temps de doublement devient nul, était fixée au 2026,87, plus ou moins 5,5 ans. Le fait que cette date coïncidât avec le 115e anniversaire de von Foerster, un vendredi 13, a sans doute amusé le scientifique, connu pour son sens de l’humour.

Un calcul scientifique pour lancer un débat social

L’intérêt de von Foerster résidait dans l’exagération rhétorique. Il s’est adressé au débat entre optimistes et pessimistes : certains craignaient la famine, d’autres misaient sur le progrès technologique. Von Foerster semblait pencher pour les optimistes – les données montraient que la technologie avait effectivement suivi le rythme sur cent générations – et en tirait une conclusion troublante : « Nos arrière-arrière-petits-enfants ne mourront pas de faim. Ils seront écrasés à mort. »

Selon lui, si aucun frein naturel n’existe, l’humanité a besoin d’un mécanisme artificiel de régulation, qu’il a appelé « Peoplo-Stat », en référence à un thermostat. Concrètement, cela signifiait réduire de moitié le taux de natalité et limiter la taille moyenne des familles à un peu plus de deux enfants.

En février 2026, la Terre compte environ 8,3 milliards d’habitants. Le taux de croissance est d’environ 0,84 % par an et continue de diminuer. Les Nations Unies prévoient que la population mondiale atteindra un pic d’environ 10,3 milliards d’habitants au milieu des années 2080, avant de commencer à décliner. La croissance hyperbolique capturée par la formule de Foerster a été brisée depuis les années 1970, grâce à la transition démographique – meilleure éducation, accès à la contraception, urbanisation – qui a entraîné une baisse des taux de natalité dans le monde entier.

La théorie de la fin du monde : une source de réflexion, pas une prédiction

Il serait toutefois erroné de juger von Foerster à l’aune de la réalité de ses prévisions. Contrairement à d’autres prophètes autoproclamés, il a toujours souligné que sa formule était une invitation à la réflexion, et non une prophétie. Dans ce rôle, elle s’est avérée remarquablement efficace : le New York Times titrait à l’époque « Un physicien propose une date apocalyptique », ce qui a donné un nouvel élan au débat sur la politique démographique, bien au-delà des cercles universitaires.

L’idée centrale du travail de von Foerster reste pertinente : les modèles mathématiques peuvent représenter le passé avec une grande précision, mais échouent souvent à prédire l’avenir, car les comportements humains évoluent. C’est précisément ce qu’il voulait souligner. Il est fort probable que le 13 novembre 2026 sera un jour d’automne ordinaire. Et en même temps, un rappel que l’avenir n’est pas prédéterminé, mais façonné par nos choix. La véritable fin de l’univers, quant à elle, semble relever d’autres forces.

La théorie de la catastrophe comme guide face à la crise climatique ?

La théorie de la catastrophe pourrait également donner du courage aux militants pour le climat – ou à ceux qui ont perdu espoir. Car le raisonnement est transposable : en matière de changement climatique, les courbes – émissions, températures, consommation de ressources – s’orientent également fortement vers le haut, alimentées par la capacité humaine à coopérer décrite par von Foerster.

Et là aussi, une simple mise à jour des paramètres pourrait conduire à la catastrophe. Von Foerster soulignait cependant qu’aucune loi naturelle n’oblige l’humanité à suivre cette trajectoire, mais qu’elle doit consciemment s’y opposer. Cela a partiellement réussi en matière de croissance démographique. Pas encore en matière de climat. Sources : science.com, bioinfo.rpi.edu, nytimes.com, recherches personnelles (bk)

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