Publié le 27 août 2025. L’analyse d’échantillons de l’astéroïde Bennu, ramenés sur Terre par la NASA, révèle la présence d’acides aminés vieux de 4,6 milliards d’années, remettant en question les théories sur l’origine des composants essentiels à la vie.
- Des acides aminés, les éléments constitutifs des protéines, ont été découverts dans des roches de l’astéroïde Bennu.
- Ces molécules se seraient formées dans des conditions bien plus froides que prévu, grâce à la glace exposée aux radiations cosmiques.
- Cette découverte élargit les scénarios possibles pour l’apparition de la vie, suggérant que ses ingrédients pourraient être plus répandus dans l’univers qu’on ne le pensait.
Pendant des décennies, la communauté scientifique a considéré que les acides aminés, molécules indispensables à la formation des protéines et donc à l’existence de la vie, se développaient dans des environnements tempérés où l’eau liquide facilitait les réactions chimiques nécessaires. Cependant, les résultats de l’analyse des échantillons de l’astéroïde Bennu, rapportés sur Terre en 2023 par la mission OSIRIS-REx de la NASA, bouleversent cette conception.
L’étude de minuscules particules provenant de Bennu a confirmé la présence de glycine et d’autres acides aminés dans des roches datant de 4,6 milliards d’années. Ce qui a véritablement marqué les esprits, c’est la manière dont ces molécules se sont formées.

Les chercheurs ont identifié des signaux chimiques qui ne correspondent pas à l’explication traditionnelle. Contrairement à ce que l’on pensait, certains acides aminés de Bennu semblent s’être formés à partir de glace exposée aux radiations cosmiques, dans les régions les plus froides du système solaire primitif.
Ce résultat remet en question l’un des fondements de la chimie prébiotique. La glycine, l’acide aminé le plus simple et l’un des plus importants pour retracer l’origine de la vie, présente une signature isotopique qui indique des conditions très différentes de celles que l’on observe sur Terre.
« Nos résultats révolutionnent l’idée que nous avions sur la formation des acides aminés dans les astéroïdes. »
Allison Baczynski, professeure adjointe de géosciences à Penn State et co-auteure principale de l’article publié dans Proceedings of the National Academy of Sciences (PNAS)

Cette découverte élargit considérablement les conditions dans lesquelles les éléments constitutifs de la vie peuvent se former. Les scientifiques ont travaillé avec une quantité infime de matière, équivalente à une cuillère à café, et ont utilisé des instruments capables de détecter des variations minimes dans la masse des atomes pour analyser la composition chimique au niveau microscopique.
La glycine a joué un rôle central dans ce processus. Sa structure simple permet de reconstituer les conditions chimiques de sa formation. Les résultats indiquent que tous les acides aminés n’ont pas besoin d’eau liquide pour se former, ce qui suggère que les ingrédients de la vie pourraient apparaître dans des environnements beaucoup plus hostiles qu’on ne le pensait auparavant.
L’étude de Bennu a permis de comparer ses acides aminés avec ceux de la météorite Murchison, tombée en Australie en 1969 et riche en composés organiques. Cette dernière a longtemps servi de modèle pour comprendre l’origine chimique de la vie. Cependant, la glycine de Murchison présente des signes de formation en présence d’eau liquide et à des températures modérées, contrairement à celle de Bennu. Ce contraste suggère que les deux objets se sont formés dans des régions différentes du système solaire et dans des conditions radicalement différentes.
« Il apparaît désormais qu’il existe de nombreuses conditions dans lesquelles ces éléments constitutifs de la vie peuvent se former, et pas seulement lorsqu’il y a de l’eau liquide chaude. Notre analyse a montré qu’il existe une bien plus grande diversité dans les voies et conditions dans lesquelles ces acides aminés peuvent être formés. »
Allison Baczynski, co-auteure de l’étude

Cette découverte répond également à un mystère de longue date. Lorsque les échantillons de Bennu sont arrivés en laboratoire, les scientifiques ont confirmé que l’astéroïde contenait des molécules essentielles à la vie, même s’il s’était formé loin de la chaleur solaire et sans lacs ni océans. Le modèle classique, connu sous le nom de synthèse de Strecker, suggère que les acides aminés proviennent de réactions chimiques dans l’eau liquide. Bennu ne correspond pas à ce schéma.
La nouvelle analyse propose une autre explication : les acides aminés pourraient s’être formés dans la glace irradiée dans l’espace profond.
Cette découverte ouvre également de nouvelles questions. Les chercheurs ont également identifié d’autres composés essentiels, notamment le ribose, le glucose, les bases nucléiques et les phosphates, qui sont des éléments clés de l’ARN. L’ensemble de ces substances montre que les ingrédients fondamentaux de la vie ne sont pas rares, mais sont répartis dans tout le système solaire, renforçant l’idée que la Terre aurait pu recevoir une partie de ses composants chimiques de l’espace, transportés par des astéroïdes et des comètes au cours de son premier million d’années.
