Publié le 17 février 2026 à 20h33. La première en Allemagne de la pièce controversée « Catarina et la beauté de tuer des fascistes » a été perturbée par des huées, des insultes et une intrusion sur scène, révélant les tensions que suscite cette œuvre sur la montée des extrémismes.
- La pièce de Tiago Rodrigues a été interrompue à Bochum par des spectateurs hostiles qui ont invectivé l’acteur principal et tenté de l’agresser.
- Le théâtre et le metteur en scène ont condamné l’incident, dénonçant la « stupidité et la brutalité » des assaillants.
- L’œuvre, créée en 2020, explore les dangers du populisme d’extrême droite à travers l’histoire d’une famille pratiquant un rituel macabre.
La première représentation allemande de « Catarina et la beauté de tuer des fascistes », mise en scène par Mateja Koleznik, a viré au chaos samedi dans une salle de concert de Bochum, en Rhénanie-du-Nord-Westphalie. Selon le quotidien britannique The Guardian, l’acteur Ole Lagerpusch, interprétant un personnage de politicien d’extrême droite lors du monologue final, a été la cible de vives protestations.
Des spectateurs l’ont insulté et hué, lui ont jeté un fruit, et deux d’entre eux sont même parvenus à monter sur scène dans une tentative de l’interrompre. Le porte-parole du théâtre, Alexander Kruse, a qualifié l’attaque de « totalement inacceptable ». Mateja Koleznik, la metteur en scène, s’est dite quant à elle « choquée par la stupidité et la brutalité » de l’incident.
« J’ai été vraiment surpris par cette stupidité. Je n’aurais jamais pensé – personne n’aurait pensé – que quelqu’un du public sauterait sur scène et essaierait de frapper l’acteur. J’attendais cela de la part des personnes contre lesquelles nous avons voté, mais pas de celles qui devraient être de notre côté. »
Mateja Koleznik, metteur en scène
Écrite et interprétée par le dramaturge portugais Tiago Rodrigues, « Catarina et la beauté de tuer des fascistes » a été créée en 2020 à Guimarães. La pièce raconte l’histoire d’une famille dont la tradition consiste à éliminer les fascistes. L’intrigue se déroule dans une maison de campagne du sud du Portugal, où la plus jeune membre de la famille, Catarina, doit accomplir le rituel en tuant un fasciste kidnappé à cet effet. Cependant, Catarina se révèle incapable de commettre l’acte, refusant de s’initier à cette pratique familiale.
La pièce culmine avec un long discours prononcé par un membre du parti au pouvoir, évoquant une nouvelle République, une nouvelle Constitution et plus d’un demi-siècle de pays « gouverné par des bandits ». Ce personnage critique également « les minorités qui ne respectent pas les majorités ».
Lors de la première représentation portugaise en 2020, Tiago Rodrigues avait expliqué à la presse l’intention derrière ce monologue final :
« J’ai écrit un discours pour un personnage qui est dans cette pièce, un populiste d’extrême droite arrivé au pouvoir. Je ne donne pas de nom au mouvement, le plus important n’est pas le nom du mouvement, mais les idées de ce mouvement. »
Tiago Rodrigues, auteur de la pièce
Pour le dramaturge, il s’agit d’une « approche très claire de la menace de montée d’un populisme d’extrême droite, à tendance fasciste, sans pour autant le qualifier de fasciste ». La pièce a rencontré un succès critique et public depuis sa création, accumulant des récompenses et étant jouée dans de nombreux théâtres à travers le monde.
L’œuvre n’est pas exempte de controverses. À Rome, sa première représentation a été précédée de protestations de groupes d’extrême droite. Un député du parti Fratelli d’Italia (Frères d’Italie), actuellement au gouvernement, Federico Mollicone, avait même demandé l’annulation du spectacle.